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Moyen-Orient: une zone sensible?

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Le Moyen-Orient continue de susciter des inquiétudes chez les travel managers. Si depuis le «Printemps arabe«, certains ont procédé à des évacuations d'urgence de leurs collaborateurs, gare à ne pas tomber dans la psychose sécuritaire. Nombre de solutions de gestion du risque permettent de préparer ce type de voyage sans crainte.

Le Moyen-Orient région redoutée par les travel managers? C'est la question que l'on est en droit de se poser tant les révolutions arabes semblent avoir suscité l'inquiétude des professionnels du voyage d'affaires. Selon une étude réalisée, en mars 2011, par le GBTA (Global business travel association), 49 % des chargés de voyages interrogés -sur 472 participants-déclarent que leur société a été touchée par cette crise. 47 % ont constaté des perturbations dans les voyages de leurs salariés, y compris des évacuations. «Il est nécessaire de mettre en place des plans de prévention des risques pour être en mesure d'assurer la sécurité des collaborateurs en déplacement dans ces zones», explique Paul Tilstone, managing director du GBTA Europe. Ce dernier a d'ailleurs lancé un guide d'explication des bonnes pratiques à mettre en place en cas de crise.

Au-delà du printemps arabe -facteur de troubles géopolitiques- un éventail de risques d'ordre structurel peut être encouru par les voyageurs d'affaires se rendant au Moyen-Orient comme au Maghreb (criminalité, accidents de la route, enlèvements, etc.). «Pour anticiper ces dangers, nombre de travel managers s'appuient sur les services de sociétés de sécurité privée», indique Christophe Drezet, consultant chez Epsa. Mieux, certains recourent à l'expertise de professionnels reconnus du management du risque comme Géos et International SOS. Ces derniers mettent à disposition des entreprises des échelles du risque voyage, pays par pays, régulièrement actualisées ainsi qu'un système d'alertes. «Cette grille d'analyse, destinée aux travel managers et aux voyageurs, est un outil essentiel pour organiser des déplacements en toute sécurité dans des pays comme l ' Egypte, Israël, l'Algérie, etc., puisqu'ils comportent tous un risque potentiel», explique Xavier Carn, directeur sécurité régional Europe Continentale, Maghreb, Afrique chez International SOS & Control Risks.

Assistance médicale et sécuritaire

Ces experts fournissent une offre complète de services de protection du collaborateur en déplacement: actions de sensibilisation aux consignes de comportement à adopter, entre autres, au Moyen-Orient, services d'assistance 24h/24 et 7 j /7, etc. Pour procéder à des évacuations d'urgence, International SOS dispose d'un centre d'assistance à Daubai et d'un avion sanitaire à Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis). «En cas de problème, nous sommes à même de solliciter toutes les ressources locales: ambassade, avocat, médecin, etc. L'objectif est de garantir l'assistance du voyageur d'un point de vue sécuritaire et médical», développe Xavier Carn.

Pour les multinationales décentralisées nécessitant une vision consolidée des déplacements de leurs collaborateurs dans des pays sensibles, le recours à une solution de géolocalisation s'avère judicieux. Mais, ce système reste peu démocratisé. Selon une étude réalisée par AirPlus, au printemps dernier, seuls 27% des travel managers recourent aux solutions de tracking. Les répondants privilégient d'abord l'annulation des déplacements dans les pays à risque (81 %), puis les solutions individuelles au cas par cas (64 %) et la gestion organisée du risque, comme la mise en place de cellules de crise (37 %). « Quels que soient les outils mis en place, il est primordial que l'entreprise dispose d'une vraie politique de sûreté voyages allant du conseil à l'assistance, indique Xavier Carn (SOS & Control Risks). Les événements récents dans des pays habituellement stables, comme la Tunisie et l ' Egypte, ont fait prendre conscience aux sociétés que rien n'était jamais acquis. » Un avis partagé par Yann Barbizet, directeur de Concomitance, cabinet de conseil en gestion de voyages. « Il y a aujourd'hui une vraie prise de conscience de l'enjeu sécuritaire par les travel managers. Elle a été impulsée dès l'adoption de la jurisprudence Karachi en janvier 2004. » Celle-ci impose une responsabilité élargie de l'entreprise en matière de protection de ses salariés en mission pouvant aller jusqu'au pénal.

Corinne Gaborieau, Vallourec

Corinne Gaborieau, Vallourec

Témoignage
«Nous avons interdit tout déplacement en Libye»

«Nos déplacements au Moyen-Orient ont doublé depuis 2007. Ils ne représentent pas moins de 7 % de notre budget voyages total (5 % en nombre des déplacements)», explique Corinne Gaborieau, responsable achats chez Vallourec, leader mondial des solutions tubulaires premium destinées aux marchés de l'énergie notamment. Dans ce cadre, les voyageurs du groupe doivent effectuer nombre de déplacements aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, à Bahreïn et Oman. «Le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Amérique Latine demandent la plus grande vigilance au niveau de la sécurité», indique Corinne Gaborieau. Ainsi, un ensemble de règles de sécurité locale a été rédigé par la direction du Risk Management du groupe afin de sensibiliser les collaborateurs aux risques pouvant survenir lors de leurs déplacements. «Il s'agit surtout de consignes de comportement à adopter en cas de kidnapping, rassemblement de foules, etc. Celles-ci s'inspirent des recommandations édictées par le Quai d'Orsay», détaille la responsable achats. Elle rappelle d'ailleurs que le groupe dispense à ses collaborateurs diverses formations en la matière.
Le choc des révolutions arabes a conduit Vallourec à adopter des mesures plus drastiques. «Nous n'avons pas hésité à interdire tout déplacement à Barheïn et en Egypte durant les troubles. Cette interdiction est bien sûr encore de rigueur en Libye. » Pour garantir la sécurité du voyageur, le groupe travaille en étroite collaboration avec des prestataires spécialisés notamment avec Géos et Control Risks, pour sécuriser les déplacements dans les zones à très haut risque (convoi en hélicoptère, en camion militaire, etc.), sans oublier la jointventure Control Risks et International SOS qui fournit au groupe un outil de tracking des voyageurs. «Si cette solution permet de localiser nos collaborateurs en temps réel, elle est aussi dotée d'un système d'alertes permettant d'informer nos voyageurs sur l'évolution de la situation sécuritaire et sanitaire du pays où ils se trouvent». Pour rendre cet outil plus performant encore, celui-ci devrait être relié, à terme, à toutes les agences de voyages du groupe à travers le monde.

Vallourec

ACTIVITE
Produits tubulaires pour les marchés de l'énergie et autres secteurs industriels
CHIFFRE DAFFAIRES 2010 4,5 milliards d'euros
VOLUME D' ACHATS 2010
2,7 milliards d'euros
BUDGET VOYAGES FRANCE 2010
7,9 millions d'euros
BUDGET VOYAGES GROUPE 2010
entre 25 et 30 millions d'euros
EFFECTIF ACHATS FRANCE 2010
environ 60 personnes
EFFECTIF ACHATS GROUPE 2010
environ 170 personnes

Des compagnies régulières très sûres

Ne cédez pas pour autant à la psychose sécuritaire. «La réalité de tel ou tel pays, même sensible, est souvent différente de celle diffusée dans les médias. Et même au Moyen- Orient, frappé aujourd'hui par les révolutions arabes, nombre de travel managers n'hésitent pas à poursuivre sans crainte, mais avec prudence, l'organisation de déplacements dans la région», analyse Christophe Drezet (Epsa). D'autant que ces derniers peuvent largement faire confiance aux compagnies régulières desservant la région depuis l'Europe. «Ethihad airways, Emirates, Qatar airways, etc., toutes ces compagnies affichent les mêmes certifications en termes de sécurité que leurs homologues européennes, même si elles ne font pas partie d'alliances», souligne Christophe Drezet. Par exemple, Qatar airways a été l'une des premières compagnies à obtenir la certification IOSA (Iata Operational Safety Audit, label de sécurité de lAssociation internationale du transport aérien, Iata) en 2003. Un engagement similaire chez El Al, compagnie nationale israélienne, considérée comme une des plus sûres au monde. Du fait de la menace terroriste, elle a mis en oeuvre, bien avant les attentats du 11-Septembre, des mesures draconiennes de sécurité à l'embarquement et pendant le vol. «Au-delà du volet sécuritaire, ces compagnies offrent également un service en classe affaires très haut de gamme moyennant un tarif 20 % à 30 % moins cher qu'Air France», note Christophe Drezet. Un «service à l'oriental» qui peut aller jusqu'à la réception en limousine du voyageur à l'aéroport. De quoi rassurer les collaborateurs les plus craintifs...

Xavier Carn

Xavier Carn

Xavier Carn, SOS & Risks

« Les événements récents dans des pays habituellement stables, comme la Tunisie et l ' Egypte, ont fait prendre conscience aux sociétés que rien n'était acquis. »