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Mobilier urbain: le design s'impose

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Pour les réalisations urbaines d'envergure, les municipalités n'hésitent plus à faire appel à des designers afin de réinventer leur mobilier urbain. Le coût de ce type de produit le restreint cependant aux espaces emblématiques.

- La Ville de Cannes a opté pour des bancs en acier rouillé stabilisé évoquant du mobilier de jardin.

@ METALCO

- La Ville de Cannes a opté pour des bancs en acier rouillé stabilisé évoquant du mobilier de jardin.

A Niort, la Place de la Brèche offrira un visage très «design» une fois tous les travaux achevés. Ses espaces verts mettront notamment en valeur un mobilier urbain comprenant bancs, poubelles et arceaux à vélo à l'aspect très contemporain. Cet espace de cinq hectares est le poumon historique de la ville. Un poumon qui avait perdu de sa superbe entre un grand parking goudronné en surface et un rond-point à proximité. En 2002, dans le cadre de la requalification du site, la municipalité a lancé un marché de définition, c'est-à-dire une procédure de consultation d'architectes pour les programmes complexes, permettant de déterminer précisément la nature et l'étendue du contrat. Lors de cette phase «ouverte», trois cabinets d'architectes ont donc travaillé ensemble et consulté les différentes parties concernées: commerçants, équipes techniques... «Nous avons obtenu le marché de l'aménagement de l'espace public à l'issue d'une seconde phase, dite fermée, qui s'apparente à un concours», explique Bénédicte Meyniel, du cabinet Lancereau et Meyniel.

Objectif du projet: rendre ce lieu attractif. Les travaux pour enterrer le parking débutent et la circulation des voitures est restreinte. «Pour le mobilier, nous avons privilégié l'esthétique, sans doute au détriment du confort si l'on en croit les premiers retours des habitants, précise Amaury Breuillé, adjoint au maire en charge des espaces publics. Mais ce choix peut se comprendre car La Brèche est une place emblématique. C'est la raison pour laquelle le mobilier est très design, différent de notre gamme traditionnelle.» Mais La Brèche reste un cas à part. «Dans les années à venir, la tendance sera plutôt à l'homogénéisation du mobilier à Niort», reprend l'élu. La Brèche a représenté un chantier de toute première importance pour la ville: l'ensemble du projet a été chiffré à plus de 40 MEuros, dont 26 800 Euros HT pour le seul mobilier urbain.

Une signature pour les collectivités

L'exemple niortais se répète dans beaucoup de communes ayant lancé de grands travaux de réaménagement ces dernières années: construction de logements, de parkings, centres-villes rendus aux piétons, création de stations de vélos en libre service, etc. Sans oublier le grand retour du tramway dont les chantiers font bouillonner les réflexions autour d'un mobilier moderne et design. Le mobilier urbain est en effet devenu, en l'espace de quelques années, une signature pour les collectivités, un élément essentiel de leur image et de leur identité. Bancs, lampadaires, bornes de signalisation ou panneaux d'information... Le moindre objet devient un moyen d'améliorer de manière visible le cadre de vie en faisant preuve d'originalité. Ainsi, les élus veulent non seulement du confortable et du durable, mais aussi des créations originales. Et ils sont de plus en plus nombreux à souhaiter pour leur ville des aménagements sur mesure.

Pour qu'un projet portant une ambition esthétique voie le jour, la volonté forte des municipalités est un préalable nécessaire. «La question du design n'est pas toujours posée, tout dépend de la personnalité du maire et du contexte politique'», constate Marc Aurel, créateur de m. a studio, bureau d'études spécialisé dans les domaines de l'espace public, de l'éclairage et du design urbain. «Certains produits restent très basiques dans l'esprit du pouvoir adjudicateur, observe Philippe Bourachot, gérant de la filiale française de la société italienne Metalco, premier fabricant européen de mobilier urbain. Certains élus considèrent encore le banc comme un simple objet utilitaire et non comme un élément d architecture.» Selon lui, ce sont les réaménagements liés au tramway qui ont poussé de nombreux maires à changer d'avis sur ce point. «Dans tous les projets liés à ce mode de transport, nous constatons une grande prise en compte de l'esthétique et du design dans le mobilier», confirme-t-il.

Amaury Breuillé, ville de Niort

«Nous avons choisi un mobilier design pour la Brèche, car c'est une place emblématique de la ville.»

Une affaire de spécialistes

L'aménagement urbain est néanmoins une affaire de spécialistes. A défaut de pouvoir faire appel à des architectes, les élus peuvent au moins suivre l'avis des fabricants. A l'image de Sineu Graff, certaines sociétés proposent, en plus de leur activité de concepteur de mobilier, un accompagnement en termes de marketing urbain et d'aménagement. Si la municipalité décide de recourir à des architectes urbanistes ou paysagistes, elle doit alors lancer un concours de maîtrise d'oeuvre, conformément au code des marchés publics. Ce sont ces experts qui imposent une dimension «design» à travers les propositions contenues dans leur cahier des charges. Une fois le projet choisi, la municipalité lance un appel d'offres pour sélectionner les différentes entreprises, notamment celle qui assurera la fourniture du mobilier. Dans les faits, les bureaux d'études travaillent parfois avec les industriels, pour faire valider la faisabilité technique. Sans garantie toutefois de remporter le marché.

Les fournisseurs qui se portent candidats sont tenus de respecter le cahier des charges en proposant des produits similaires à ceux préconisés par le maître d'oeuvre, généralement à moindre coût. Dans les faits, le fournisseur recommandé emporte souvent le marché. «Les architectes sont nos principaux interlocuteurs, remarque Stéphanie Dreux, directrice de Concept urbain, société spécialisée dans la fourniture de produits d'aménagement urbain. Nous avons peu de contacts avec les villes et nous essayons d'être présents dès l'origine des projets en étant référencés dans les descriptifs des architectes et des bureaux d'études.» Selon cette dernière, les collectivités locales se laissent facilement porter par le maître d'oeuvre qu'elles ont choisi, même si certains élus ont leurs propres envies.

Des idées très précises, la Ville de Cannes en avait en 2005. La municipalité projetait de réaménager l'un de ses plus beaux espaces, la place du commandant Maria, tout en conservant son caractère, symbolisé notamment par un kiosque, qu'elle souhaitait faire reconstruire. Le concours a été remporté par l'architecte paysagiste Vincent Guillermin, associé au designer Marc Aurel. «Nous avons insisté pour que le vieux kiosque soit retravaillé dans un esprit plus moderne», précise ce dernier. L'ensemble du marché a été chiffré à 370 000 Euros, dont 150000 Euros facturés par Metalco pour la fourniture des bancs en acier rouillé stabilisé. «Nous étions en contact avec Marc Aurel dès l'origine», explique Philippe Bourachot (Metalco). Le prix du mobilier «designé» est plus élevé que celui des produits classiques. Chez Metalco, les prix d'un banc varient ainsi entre 350 Euros et 12 000 Euros. La moyenne se situe à environ 1000 Euros.

Un mobilier en verre

A Amiens, le designer Michel Tortel a imaginé un mobilier en verre exclusif pour l'esplanade de la gare. «Chaque banc coûte 4000 euros, mais c'est un projet unique, à forte valeur ajoutée en termes de notoriété et de prestige pour la commune», soutient-il. Les travaux sont en cours de réalisation. Le changement de majorité municipale, lors des élections de mars, n'a pas remis en cause cet aménagement, voté par l'équipe précédente. Au coeur de cet espace très typé années trente, l'objectif était de transformer ce «no man's land» en lieu de vie. Le concours a été remporté par l'architecte Claude Vasconi dont l'équipe comprenait notamment un paysagiste et Michel Tortel. «Nous avons une grande responsabilité, estime ce dernier. Nous devons sentir l'air du temps tout en réalisant des objets qui ont une pérennité. Ils doivent vieillir sans se démoder. Un échec peut participer à détériorer l'ambiance dans une cité.» L'esprit du projet de l'architecte renvoie à une métaphore de canopée, ce toit végétal en contact avec l'atmosphère, à travers lequel filtre la lumière du jour. A la fois coloré et transparent, le mobilier, réalisé par Metalco, devait rappeler cette idée de feuillage virtuel. Bancs, poubelles, garages à vélos: la facture s'élève à environ 200000 Euros. «Je ne choisis pas l'entreprise qui réalise les modèles, précise Michel Tortel. Je rends un rapport d'analyse à la mairie qui n'est pas tenue de suivre mes recommandations. Je monte au créneau uniquement si j'estime que le candidat retenu n'est pas à la hauteur.» Selon ce dernier, dans le domaine architectural, choisir l'option la moins onéreuse est rarement la bonne solution. «C'est souvent la source d'ennuis qui coûteront au final beaucoup plus cher à la municipalité», estime-t-il. Politiquement, le choix de l'esthétisme est désormais assumé dans les projets de grands travaux. L'électeur est avant tout un habitant de la ville et un usager du mobilier.

Yo Kaminagai, responsable du design à la RATP

Yo Kaminagai, responsable du design à la RATP

Témoignage

«Il y a une excellence française en matière de mobilier urbain»


Responsable du design à la RATP, Yo Kaminagai constate un engouement pour le mobilier urbain design, notamment dans le cadre d'aménagements liés à l'installation de lignes de tramway en région parisienne. «Il y a une excellence française dans ce domaine, estime-t-il. Nos travaux sont très suivis à l'étranger» Depuis les lois de décentralisation de 1982, qui ont vu Nantes et Grenoble réintroduire le tramway, la province a montré l'exemple. «Les maires ont compris que les projets de tramway constituaient des leviers pour réinventer leur ville. Ils prennent conscience de la nécessité de repenser le mobilier urbain en intégrant une dimension design.» Après concours, la RATP a confié au bureau de Marc Aurel le pilotage de quatre nouvelles lignes de tramway en région parisienne et de quatre prolongements de lignes existantes. «L'idée était d'unifier le mobilier urbain de ces projets, pour des questions de maintenance, bien sûr, mais aussi d'image, poursuit Yo Kaminagai. Cette uniformité constitue également un enjeu social.» Le coût total du projet s'élève à 346 MEuros. La part du mobilier urbain représente entre 2 et 3% de cette somme, tandis que les honoraires du designer sont de l'ordre de 200000 à 300000 euros.


RATP
EFFECTIF 44800 salariés
CHIFFRE D'AFFAIRES 2007 3,7 milliards d'euros

Jean-René Bertin, directeur des services techniques de la ville de Sarlat

Jean-René Bertin, directeur des services techniques de la ville de Sarlat

Témoignage

«Nous avons souhaité faire cohabiter patrimoine historique et design»


La cité médiévale Sarlat-la-Canéda, dans le Périgord noir, est réputée pour avoir la plus forte densité de monuments classés au monde. Lors de la rénovation du centre-ville, l'objectif était donc de réhabiliter la rue principale qui coupe le secteur sauvegardé, ainsi que les deux places situées aux extrémités de cet axe, dans un esprit moderne et contemporain. Et ce, tout en préservant et en mettant en valeur l'aspect historique des lieux. «Nous avons lancé un concours d'architecture et retenu le projet de l'atelier de Poitiers Lancereau et Meyniel», indique Jean-René Bertin, directeur des services techniques de la mairie. L'équipe gagnante comprenait un bureau d'études, un paysagiste, un designer et un spécialiste de l'éclairage. Le dossier technique a ensuite fait l'objet d'un appel d'offres divisé en cinq lots: voirie, éclairage, feux tricolores, espaces verts et mobilier urbain. En ce qui concerne ce dernier lot, c'est la société Concept Urbain qui a remporté le marché comprenant des mats d'ombrage, avec des stores programmables, ainsi que des potelés de guidage et d'anti-stationnement. Ce mobilier a été conçu par Rénaté Eilert. «Pour la ville, il était essentiel d'apporter une touche design au projet, explique Jean-René Bertin. Cette rue et ces deux places constituent le coeur de Sarlat, sa vitrine.» Livré en 2006 après cinq ans de réalisation par étapes, afin de pouvoir être supporté par le budget municipal, l'ensemble a coûté un peu plus de 2,7 millions d'euros. En ce qui concerne le mobilier urbain, la facture s'est élevée à 225 527 euros.


Sarlat
NOMBRE D'HABITANTS 10000
BUDGET 2007 20,9 millions d'euros