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Mobilier de bureau : une offre limitée pour les handicapés

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Si la plupart des gammes standard de mobilier de bureau s'adaptent aux handicapés, certains constructeurs développent aussi des modèles spécifiques ou font tout simplement du sur-mesure. Mais l'offre reste encore trop rare.

A l'occasion du déménagement de son siège social, le Groupe SOS, une structure constituée d'associations et d'entreprises spécialisées dans l'économie sociale, a souhaité référencer un fabricant de mobilier de bureau capable de proposer des produits adaptés à tous ses salariés, y compris handicapés. «Nous voulions créer un partenariat avec un fournisseur afin de pouvoir anticiper tous les besoins, dans une logique de responsabilité et de développement durable», explique Didier Bergeret, responsable achats et développement durable du Groupe SOS. Si l'appel d'offres exigeait que le mobilier soit durable, démontable, réparable ou encore recyclable, le critère de «l'adaptabilité aux handicaps» figurait aussi en bonne place. Sept fournisseurs ont répondu. «Mais nous avons été déçus par les propositions. Aucune des entreprises n'a répondu à l'ensemble de nos critères. Seuls deux fournisseurs se sont positionnés avec des tarifs abordables», regrette Didier Bergeret. L'objectif de constituer un catalogue global avec du mobilier adaptable et modulable en fonction des besoins n'a donc pas été atteint. «Finalement, nous serons contraints de prospecter au cas par cas, en nous adressant à des fabricants de matériel médicalisé, déplore le responsable achats et développement durable du Groupe SOS. Cela me semble être symptomatique des problèmes d'intégration que rencontrent encore les handicapés en milieu professionnel. » Et pourtant, favoriser leur insertion est une obligation légale.

La loi du 11 février 2005 précise les obligations des entreprises en matière d'emploi et d'intégration des salariés handicapés. Elle réaffirme notamment que les employeurs doivent assurer une égalité de traitement vis-à-vis d'eux, tant pour leur accès à l'emploi que leur maintien dans l'emploi et leur évolution de carrière. Or, l'ergonomie et l'adaptation des postes de travail sont des conditions sine qua non pour une intégration réussie. «L'ergonomie de l'espace de travail d'une personne porteuse d'un handicap ne se limite pas au choix d'un bureau et d'un siège adaptés. Elle doit être pensée d'une façon globale », résume Yannick Lebreton, consultant en ressources humaines au sein du cabinet Valdyl Conseil RH.

Réglables en hauteur, les bureaux Kinnarps s'adaptent à la morphologie de tous les collaborateurs, qu'ils soient valides ou non.

Réglables en hauteur, les bureaux Kinnarps s'adaptent à la morphologie de tous les collaborateurs, qu'ils soient valides ou non.

Le médecin du travail, premier interlocuteur

Le médecin du travail est le premier interlocuteur du salarié et de l'entreprise. La loi a, en effet, rendu obligatoire la visite médicale avant la signature du contrat pour toute personne reconnue comme handicapée par une maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Et c'est à l'issue de cette visite que le médecin pourra proposer des aménagements du poste de travail. Si ses préconisations se révèlent insuffisantes, il peut faire appel au Service d'aide au maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés (Sameth). Sa mission ? Accompagner l'entreprise dans ses démarches, notamment pour obtenir le financement d'une partie du surcoût lié à l'aménagement du poste de travail auprès de l'Association de gestion du fonds pour l'insertion des personnes handicapées (Agefiph). « Chaque cas doit faire l'objet d'une étude personnalisée, insiste Yannick Lebreton (Valdyl Conseil RH). Même si, dans l'immense majorité des cas, une solution satisfaisante d'un point de vue ergonomique peut être trouvée sur les catalogues des fournisseurs, dont les produits sont suffisamment modulables pour s'adapter à la plupart des handicaps. » Un avis confirmé par les fabricants de mobilier de bureau. «Nous n'avons pas de gamme estampillée «handicapés», précise Elise Trellu, chef de produit chez Steelcase. Mais tous nos produits sont modulaires et peuvent donc répondre aux besoins spécifiques de chacun. » Le fabricant assure aussi être en conformité avec la circulaire interministérielle (200753 DGUHC) du 30 novembre 2007 relative à l'accessibilité des établissements recevant du public, dont l'article 11 apporte des précisions sur les critères applicables aux équipements, mobiliers et dispositifs de commandes. Ainsi, les bureaux Movida de la gamme Fusion de Steelcase sont conçus sans structure sous le plan de travail, ce qui les rend accessibles à une personne en fauteuil roulant. «De même, la plupart de nos bureaux sont disponibles avec différentes formes de plans de travail et sont ajustables en hauteur», ajoute Elise Trellu.

Si Eurosit propose des sièges qui s'adaptent à tout type de handicap comme ici, avec une «gouttière» qui permet de tenir sa jambe droite

Si Eurosit propose des sièges qui s'adaptent à tout type de handicap comme ici, avec une «gouttière» qui permet de tenir sa jambe droite

S'adapter à la morphologie de chacun

Même positionnement commercial chez le fabricant suédois Kinnarps. «La position assise n'est pas naturelle pour l'homme, explique François Bures, directeur du marketing. Dans les pays Scandinaves, une table de travail vendue sur deux est un «bureau assis-debout" qui permet à la personne de changer de positions de travail plusieurs fois dans la journée. Cette préconisation des ergonomes est devenue une sorte de norme dans les pays nordiques. » Tous les bureaux Kinnarps sont ainsi réglables en hauteur, ce qui permet aussi de les adapter à chaque morphologie grâce à un réglage mécanique, ou plus facilement encore par le biais d'un mécanisme électrique. «Pour nous, le développement durable passe aussi par le bien-être au travail, insiste François Bures. Lorsque nous concevons des produits, nous pensons à chaque type d'utilisateur, valide ou non. »

Avec ses gammes de bureau Avoriaz et Bastille, France Bureau a, en revanche, opté pour une of re commerciale plus marquée en direction des personnes à mobilité réduite. Ces gammes sont conçues sans structures sous plateau et sans équerre au sol, afin de les rendre parfaitement accessibles à une personne dans un fauteuil roulant doté de cale-pieds. «Le mobilier standard répond à 95 % des besoins, reconnaît cependant Frédéric Viguier, son directeur commercial. Dans certains cas très précis, il ne suffit pas. C'est pourquoi nous avons développé cette gamme spécifique. Les différences de prix d'un modèle à l'autre sont surtout justifiées par les technologies utilisées pour les mécanismes d'élévation du plateau pour les bureaux, ou les matériaux utilisés pour les sièges. » Le thermoformage d'un dossier ou de l'assise d'un fauteuil, par exemple, entraîne logiquement un surcoût.

Eurosit, spécialiste du siège de bureau, propose quant à lui un service d'adaptation sur mesure. «Nos différents modèles répondent, bien entendu, à la plupart de problématiques posturales. Mais parfois, le sur-mesure est indispensable», indique Didier-Arnaud Boréa, le directeur commercial et marketing du fabricant. Dans ce cas, Eurosit travaille avec le médecin du travail, les ergonomes et, bien évidemment, le collaborateur à qui est destiné le siège. «Notre fil rouge est défaire en sorte que le fauteuil ne se distingue pas trop des autres après modifications, afin qu'il se fonde dans le décor. C'est aussi un gage d'intégration », conclut-il.

Mot clés : travail |

Annette Debéda