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Mesurer la performance environnementale de ses fournisseurs

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Dans un grand groupe comme dans une PME, s'assurer du caractère éco-responsable de ses fournisseurs se révèle compliqué. Si labels et certifications procurent un gage de crédibilité, certaines entreprises font appel à des cabinets spécialisés pour évaluer leurs prestataires.

Fort d'une politique d'achats responsables mise en place depuis deux ans, le groupe Alstom, spécialisé dans les infrastructures d'énergie et le transport ferroviaire, s'est très vite fixé comme objectif d'évaluer la performance sociétale et environnementale (RSE) de ses fournisseurs, en majorité des industriels implantés dans le monde entier. «Nous avons tout d abord envoyé des questionnaires - réalisés par nos soins - à nos partenaires mais cette démarche s'est avérée infructueuse, le taux de réponses atteignant à peine 40%», raconte Sylvie Margueret, manager achats responsables. Aussi, pour gagner en efficacité, le groupe a fait appel à un cabinet extérieur spécialisé: EcoVadis. «Grâce à son expertise, ce cabinet a mis en place des questionnaires bien plus performants que les nôtres, adaptés au profil et à l activité de chaque destinataire. Dans le cadre d'une étude pilote qui portait sur 92 fournisseurs, nous avons ainsi obtenu un taux de réponses de 92%», indique la manager.

Autre point positif généré par ce process: la mutualisation des évaluations. «L'analyse de la peformance d'un même fournisseur est réalisée pour le compte de plusieurs clients. Ainsi, le partenaire n'est pas assailli en permanence de divers questionnaires et dispose donc du temps nécessaire pour répondre». Au vu des avantages de cette solution, le groupe a étendu cette évaluation à 400 prestataires: «Nous ciblons pour l'instant surtout nos fournisseurs déjà référencés mais nous pourrons élargir plus tard cette évaluation auprès de nouveaux prestataires.»

Jean-Louis Haie, Factea Durable

«La collaboration avec un prestataire aux pratiques peu écologiques peut fortement nuire à l'image et à la crédibilité d'une entreprise.»

Image et crédibilité

Comme au sein d'Alstom, l'évaluation de la performance environnementale et sociétale des fournisseurs préoccupe de plus en plus les responsables achats. Et pour cause! «A l'heure où le développement durable est sur toutes les lèvres, la collaboration avec un prestataire aux pratiques peu écologiques ou allant à l'encontre des droits élémentaires des salariés peut fortement nuire à l'image et à la crédibilité d'une entreprise», insiste Jean-Louis Haie, consultant chez Factea Durable, cabinet de conseil en achats responsables. Et de rappeler: «La notion de RSE ne se limite pas au périmètre d'intervention d'une entreprise. Elle couvre aussi l'analyse des engagements de ses fournisseurs sur leurs propres sites.» Une tâche complexe qui relève souvent de la gageure. Pour Isabelle Catry, directrice associée au sein du cabinet Kyu Associés, s'assurer de l'engagement sociétal et environnemental des fournisseurs aussi bien en termes de pratiques managériales que de performance des produits repose, en effet, sur une démarche bien spécifique. «Lors des appels d'offres, par exemple, l'entreprise doit éviter de définir des critères trop généralistes ou peu adaptés au secteur d'activité», explique-t-elle. C'est pourquoi l'acheteur doit bien spécifier ses exigences afin qu'elles soient en adéquation avec la politique de développement durable de son entreprise et avec la politique achats de la famille concernée. «Soumis à des critères d'exigence précis, le prestataire devra fournir des réponses concrètes, peu sujettes à interprétation», renchérit Isabelle Catry.

Pour faciliter cette évaluation, l'acheteur peut compter sur des outils non négligeables: les normes internationales (ISO 9001, 14 001...), les référentiels officiels (Eco label européen, marque NF Environnement) ou certains logos (PEFC, FSC, Energy Star...) qui attestent soit du management environnemental mené par l'entreprise, soit du caractère éco-conçu de ses produits. «Les acheteurs peuvent faire confiance à ces labels et logos car ils sont délivrés par une tierce partie indépendante comme l'Afnor», indique Emilie Machefaux, responsable du département éco-conception et consommation durable de l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Seuls les labels maison, issus d'autodéclarations, doivent être appréhendés prudemment, car ils ne revêtent aucun caractère officiel. «Dans ce cas, l'acheteur ne doit pas hésiter à demander diverses preuves, comme des tests en laboratoire pour s'assurer de la performance écologique des produits», rappelle Emilie Machefaux.

Officiels ou non, les labels suffisent-ils à établir la performance RSE d'un fournisseur? «Certainement pas!», répond Nicolas Lepycouché, responsable du pôle achats au sein du cabinet Pro Conseil. Les acheteurs ne peuvent se cantonner aux certifications ou chartes existantes pour mener une démarche complète d'évaluation. «Ces labels ne portent en général que sur des points spécifiques du développement durable», estime Nicolas Lepycouché. Selon lui, la gestion du risque fournisseur - qui consiste notamment à vérifier que les conditions de production d'un fournisseur n'impactent pas l'image du donneur d'ordres - nécessite un plan d'actions plus large, impulsé directement par le client. «Pour ce faire, celui-ci doit redéfinir clairement en amont ses objectifs pour déterminer les risques fournisseurs potentiels et les opérations nécessaires pour les corriger.»

Témoignage
«L'objectif n'est pas de sanctionner les fournisseurs»

Pour évaluer la performance environnementale et sociétale de ses fournisseurs, SFR s'est s'appuyé sur l'expertise d'un cabinet de conseil extérieur, Factea Durable. Une première expérience pour l'opérateur télécoms qui n'a pas appliqué la démarche à l'ensemble de son panel fournisseurs. Seules six familles d'achats ont été testées, soit une cinquantaine de fournisseurs à auditer. Le résultat s'est visiblement révélé concluant. «Recourir à un cabinet de conseil nous a permis de mieux connaître ces prestataires et surtout de savoir si leur politique de développement durable était en adéquation avec la nôtre», témoigne Luc Jodry, responsable administration achats et approvisionnement chez SFR. La démarche entreprise par l'opérateur se voulait avant tout constructive. «Aucune note n'a été attribuée car l'objectif n'est pas de sanctionner les fournisseurs, assure Luc Jodry, mais plutôt d'établir avec eux une démarche constructive de progrès en identifiant des actions correctives et les pistes d'optimisation éventuelles.»


SFR
ACTIVITE
Opérateur télécoms
CHIFFRE D'AFFAIRES 2008
11,5 milliards d'euros
EFFECTIF GLOBAL
10 000 salariés
VOLUME D'ACHATS 2008
3 milliards d'euros

Luc Jodry, responsable administration achats et approvisionnement, SFR.

Luc Jodry, responsable administration achats et approvisionnement, SFR.

Accompagnement personnalisé

Or, ce travail très lourd requiert souvent l'expertise d'un cabinet de conseil extérieur. «Une entreprise n'a souvent pas les moyens en interne pour mener ce type d'actions. Aussi, pour les accompagner, il existe un panel de solutions efficaces et rapides à mettre en place», assure Jean-Louis Haie. Ainsi, Factea Durable propose, depuis octobre dernier, une plateforme logicielle en ligne (acheteurdurable.com) destinée à aider les entreprises à définir leurs critères «verts» et sociaux dans les appels d'offres. Cette base de données comprend 200 fiches méthodologiques adaptées à chaque famille d'achats.

Afin d'approfondir davantage l'évaluation des risques environnementaux et sociétaux, les cabinets de conseil proposent un accompagnement personnalisé lors de la rédaction des appels d'offres. «Pour fournir un diagnostic solide, il est nécessaire déposer des questions qui s'intègrent harmonieusement dans la politique de développement durable du client. C'est pourquoi, pour concevoir des questionnaires pointus, nous organisons des entretiens approfondis avec les acheteurs de la structure», détaille Jean-Louis Haie.

Surfant sur la vague verte, de plus en plus de cabinets de conseil en achats responsables se spécialisent dans une démarche de «scoring environnemental et social», à l'instar d'EcoVadis qui a mis au point un outil de notation électronique. Le concept? Evaluer la performance des fournisseurs sur 23 critères environnementaux et sociaux, allant des émissions de dioxyde de carbone à la réglementation liée au travail des enfants. «Notre service permet de générer des questionnaires RSE adaptés au métier, au pays et à la taille du prestataire, en s'appuyant sur plus de 1 200 questions. Cette solution peut d'ailleurs passer au crible jusqu'à 150familles d'achats», explique Pierre-François Thaler, directeur général d'EcoVadis. Fait non négligeable, les données fournisseurs sont contrôlées via la surveillance de plus de 300 sources internationales d'informations électroniques spécialisées dans les questions environnementales ou sociales (ONG, syndicats, organisations internationales...). Plus encore, un module d'analyse et de benchmarking est intégré dans cette solution: «Il permet d'évaluer le niveau de risque d'un fournisseur, les possibilités de défaillance et les alertes-clés. Ce module propose également aux prestataires une analyse des axes d'amélioration afin de les aider à positionner leurs pratiques par rapport à celles de leurs concurrents», détaille Pierre-François Thaler.

Témoignage
«Nous avons élaboré notre propre méthode d'évaluation»

Pour s'assurer de la performance RSE de ses fournisseurs, Audiens, spécialiste de la protection sociale, ne recourt à aucun cabinet extérieur. «La plupart des entreprises spécialisées dans le scoring environnemental sont encore jeunes et manquent donc de crédibilité sur le marché», affirme Alexandra Cambournac, sa responsable des achats. Pour évaluer ses fournisseurs, le groupe a donc développé sa propre méthode. En premier lieu, il exige de chaque prestataire son bilan financier des trois dernières années, son attestation Agirc Arrco et une attestation sur l'honneur de travail non dissimulé. «Nous avons ainsi accès à une multitude d'informations: le paiement des impôts et cotisations retraite, le pourcentage d'employés handicapés, le taux de turnover et de sous-traitance...» Le groupe va parfois plus loin en vérifiant les informations fournies par le prestataire via des contrôles réguliers ou aléatoires. Par ailleurs, pour distinguer les prestataires «verts» de ceux qui le sont moins, le groupe se réfère aussi aux labels existants. «Dans le cadre de notre service de restauration collective, nous avons misé sur les produits certifiés agriculture biologique et commerce équitable.» Toutefois, la responsable convient qu'il est complexe de s'assurer à 100% du caractère éco-responsable d'un fournisseur. «On ne peut pas vérifier chaque information. Il est important, à un moment donné, de créer une véritable relation de confiance entre le client et le prestataire.»


Audiens
Activité
Groupe de protection sociale
Chiffre d'affaires 2008
1,4 milliard euros
Effectif global
650 salariés
Volume d'achats 2008
35 millions d'euros

Alexandra Cambournac, responsable des achats, Audiens

Alexandra Cambournac, responsable des achats, Audiens

Cartographier les risques

De son côté, Achats Concept Eco a mis au point Acesia, une plateforme dont l'objectif consiste à établir une cartographie simple des risques des fournisseurs en fonction de leur activité et de leur implantation géographique. «Le fournisseur doit répondre à un questionnaire complet et fournir, le cas échéant, des preuves attestant de sa politique environnementale et sociale», précise Bruno Frêl, gérant du cabinet. Au final, une note entre 1 et 4 est attribuée à partir de l'analyse de trois indicateurs: la pollution industrielle, le droit du travail et le taux d'accidents sur site.

De plus en plus plébiscitées par les grands groupes comme les PME, ces solutions d'évaluation procurent un avantage significatif: constituer un premier filtre d'analyse du risque fournisseur. Plus encore, les données obtenues peuvent être réutilisées de façon judicieuse dans le cadre d'évaluations ultérieures, voire d'audits menés chez les fournisseurs les plus «douteux». «La démarche que nous mettons en place est conçue pour être pérenne. Une fois notre mission terminée, le client doit être capable de procéder seul à l'évaluation de ses fournisseurs, sans avoir à recourir à un cabinet extérieur», explique Jean-Louis Haie (Factea Durable). Savoir poser les bonnes questions et les analyser à l'aune de ses propres objectifs, un travail lourd et complexe qui sera désormais à la portée de tout acheteur, fort d'une plus grande autonomie face à la problématique complexe du développement durable.