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Manager la mobilité de son entreprise sur le long terme avec un PDE

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Parlez-vous le PDE? Le PDE, ou plan de déplacements entreprise, bien qu'encore au stade des balbutiements, commence à faire des émules à travers l'Europe. Mais ses fruits se récoltent sur le long terme. Aperçu de ce nouvel outil de gestion de la mobilité.

Méconnu des entreprises, le PDE, ou plan de déplacements entreprise, permet non seulement de contribuer à la préservation de l'environnement en réduisant les émissions des gaz à effets de serre liées à l'utilisation des automobiles, mais aussi de faciliter l'existence des collaborateurs en leur proposant des solutions de mobilités adaptées. De plus, le PDE véhicule une image écoresponsable de l'entreprise qui peut être employée à des fins de communication. En France, selon l'Ademe, on recense plus de 350 projets en cours d'élaboration et la tendance s'accélère, tandis que le management de la mobilité en Europe est une notion qui commence à se structurer, notamment via l'Epommhttp://www.epomm.eu, qui oeuvre à promouvoir de tels projets dans toute l'Union.

Plus précisément, cet ensemble de dispositions et de préconisations sur un lieu d'activités professionnelles a pour objet d'inciter les salariés, mais aussi les visiteurs, les clients, ou même les fournisseurs, à réduire leur utilisation individuelle de la voiture au profit des autres modes ou usages: marche, vélo, transports collectifs, covoiturage, autopartage. Mais il faut surtout que ses effets se prolongent et se ressentent dans le temps... Et c'est souvent là que le bât blesse! L'intérêt, et le risque principal, du PDE est la nécessité de l'inscrire dans le temps. Pour ce faire, miser sur les collaborateurs, communiquer auprès de son réseau et anticiper le vieillissement du PDE sont les trois prérequis.

Des bénéfices pour l'entreprise et ses collaborateurs

« Il faut concevoir le PDE comme un véritable projet d'entreprise, déclare Jean-Yves Marie-Rose, responsable transports et mobilité au pôle management environnemental de la direction régionale de l'Ademe Ile-de-France. A ce titre, il faut commencer par constituer des groupes de travail qui se chargent d'animer et faire vivre le projet. » Pour concevoir un PDE qui pourra porter ses fruits dans le temps, le spécialiste conseille d'impliquer les collaborateurs dès le début du projet, en commençant par cerner leurs véritables besoins. « Il faut leur donner la parole, mesurer quelles sont leurs difficultés, comprendre pourquoi le transport est un stress qui nuit à la productivité de l'entreprise », explique Jean-Yves Marie-Rose.

La réussite d'un PDE passe par la réalisation d'un audit précis de la situation de l'entreprise en prenant en compte non seulement son activité et ses besoins, mais aussi son implantation géographique. « Il existe des prestataires agréés par l'Ademe qui pourront réaliser ces diagnostics et des soutiens financiers sont envisageables », indique Jean-Yves Marie-Rose. Selon la taille de l'entreprise, son effectif et son implantation géographique, ces audits peuvent durer de quelques jours à quelques semaines, pour un coût excédant rarement quelques dizaines de milliers d'euros. Les enjeux du PDE doivent être pleinement mesurés. En effet, si l'ambition première d'un tel plan consiste bien à réduire l'impact environnemental de l'entreprise, il ne faut pas non plus négliger les enjeux économiques qui y sont associés, aussi bien pour l'entreprise que pour les collaborateurs.

Jean-Yves Marie-Rose

Jean-Yves Marie-Rose

Du côté de l'entreprise, l'entretien d'une flotte est un budget considérable, qui, selon les cas, peut atteindre jusqu'à 7 % du CA de l'entreprise (selon l'OVE). Quant aux frais inhérents aux places de parking pour les collaborateurs financées par les entreprises, l'Ademe les a évalués à 900 euros par an, en moyenne, en centre-ville. Par ailleurs, la durée moyenne d'arrêt de travail pour un accident lié à un déplacement est de deux mois et cause des pertes de productivité bien réelles pour les entreprises. Surtout, « le budget transports représente aujourd'hui 15% du budget des ménages, rappelle Jean-Yves Marie-Rose. C'est le deuxième poste de dépense pour les Français! » Il faut donc que le PDE ait également un impact positif sur le budget des collaborateurs. Le PDE doit être une solution d'optimisation économique et même au-delà en améliorant le rythme de vie. Il suffit parfois d'effectuer un ajustement mineur pour que le dispositif porte ses fruits et pour convaincre les collaborateurs d'abandonner leur voiture. « En mettant en place des plages horaires pour l'arrivée au bureau, entre 7 heures et 10 heures, par exemple, on limite le stress des collaborateurs qui, ne connaissant plus de notion de retard au sens strict du terme, ne perdront pas de temps à exposer leurs problèmes de transports en arrivant au bureau! », indique l'expert.

Plan climat

Les réglementations applicables


Le plan climat 2004-2012, issu du protocole de Kyoto de 2000, a introduit le management de la mobilité notamment avec la disposition Facteur 4 qui prévoit la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2050 par rapport à 1990. Par ailleurs, la loi Grenelle I de 2009 prévoit que «l'Etat encouragera, dans le cadre des plans de déplacements urbains, la mise en place de plans de déplacements d'entreprises, d'administrations, d'écoles ou de zone d'activité». En complément, l'article L. 1231-8 du Code des transports impose, pour les agglomérations de plus de 100 000 habitants, que soit mis en place un service de conseil en mobilité à l'intention des employeurs et des gestionnaires d'activités générant des flux de déplacements importants. Enfin, le Code du travail prescrit aux employeurs de prendre en charge 50 % du prix des titres d'abonnements souscrits par ses salariés pour leurs déplacements entre leur résidence habituelle et leur lieu de travail accomplis au moyen de transports publics de personnes ou de services publics de location de vélos.

Anticiper le vieillissement du PDE

« Quand je pense aux premiers PDE sur lesquels j'ai travaillé, il m'arrive de sourire, confie Jean-Yves Marie-Rose. En 2005, lorsque nous évoquions le covoiturage, cela semblait révolutionnaire. Aujourd'hui, c'est une disposition de base! » Le PDE ne doit pas s'envisager comme un catalogue d'actions gravé dans le marbre. Il doit être à la fois réaliste, comporter un certain nombre d'incitations, mais il doit surtout, pour limiter le vieillissement, ne pas être fermé. « Nous travaillons sans cesse à explorer de nouvelles voies qui permettraient de limiter l'utilisation du véhicule individuel, explique l'expert. Aujourd'hui, nous misons beaucoup sur l'autopartage (qui consiste à mettre son véhicule à la disposition de la communauté lorsqu'il est inutilisé, NDLR). Mais cette mesure, novatrice à ce jour, deviendra rapidement habituelle. Il faut donc savoir faire évoluer le PDE avec l'évolution des solutions qui sont à notre disposition. »

Un PDE doit être régulièrement évalué, non seulement d'un point de vue chiffré, mais aussi en mesurant le ressenti des collaborateurs. Ainsi, les groupes de travail à l'origine du PDE doivent se réunir à intervalles réguliers et fonctionner comme un comité de pilotage qui mesure l'impact et la cohérence du plan d'action. « Ce n'est qu'en mesurant les retours effectifs du PDE que l'on peut effectuer les ajustements nécessaires en fonction des nouveaux besoins exprimés, de l'évolution des technologies, des outils et des infrastructures... », précise Jean-Yves Marie-Rose.

Projets exemplaires

Le centre anticancer de Villejuif et ST Microelectronics en pointe sur les PDE


L'institut Gustave-Rousssy de Villejuif est le premier centre européen de lutte contre le cancer. Et accueille chaque jour 2 200 salariés, 1 700 patients et 400 visiteurs. Après une enquête préalable auprès des salariés et un audit mené par un cabinet spécialisé et l'Ademe, un comité de pilotage réunissant le CHS-CT, des représentants du personnel, l'autorité organisatrice de transports (le Stif, Syndicat des transports d'Ile-de-France) et les collectivités locales a été constitué. Des initiatives, comme la création d'une navette reliant l'institut aux transports en commun, notamment au RER et au métro, ont été prises. En complément, un service de covoiturage géré par un logiciel dédié a été déployé, ainsi qu'une structure d'information appelée «Point Info transport». Avec une réduction de 17 % du nombre d'utilisateurs de voiture, 357 tonnes de CO2 évitées par an et des gains environnementaux estimés pour la collectivité à 45 000 euros par an et jusqu'à 600 euros par an et par salarié sur le coût des trajets domicile/travail, ce PDE fait figure d'exemple.
ST Microelectronics, basée à Grenoble, est le premier fournisseur européen de semi-conducteurs. Avec ses 2 000 salariés sur le site de Grenoble, dont 75 % d'ingénieurs et de cadres, l'entreprise est implantée sur une zone artisanale regroupant 7 000 emplois, située sur une presqu'île. Avant le PDE, neuf salariés sur dix venaient avec leur voiture personnelle. Un groupe de travail de 12 personnes a réalisé des enquêtes auprès des salariés. L'objectif du PDE consiste à favoriser notamment le covoiturage. Le budget alloué à la création du PDE a été fixé à 92 000 euros par an. Parmi les mesures-phares déployées, le doublement du nombre de places de stationnement vélo couvertes, l'installation de douches et la construction d'un abri à l'arrêt de bus desservant le site. Par ailleurs, l'entreprise a pris en charge 80 % du coût de l'abonnement au réseau de TC urbain, suburbain et ferroviaire et créé une piste cyclable desservant le site. Quant à la flotte de véhicule de l'entreprise, elle fonctionne désormais au gaz. En un an, 15 % des salariés ont abandonné leur voiture personnelle, ce qui représente une baisse des consommations d'énergie de 29,7 %.

Des aides financières non négligeables...

Dans le cadre du programme national d'amélioration de l'efficacité énergétique et du plan climat, l'Ademe prévoit un accompagnement financier concernant les études d'aides à la décision. Le soutien ainsi apporté est de 50 %, sur une assiette soumise à conditions et limitée à 75 000 euros.

Les délégations régionales sont habilitées à préciser les modalités d'accompagnement. Les aides sont attribuées en priorité aux établissements de plus de 300 salariés, sous réserve que celles-ci aient suivi un cahier des charges général fixé par l'Ademe, pouvant être adapté à chaque entreprise. Il faut, par ailleurs, une évaluation environnementale et un suivi du PDE.