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Les véhicules électriques tiendront-ils la route?

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L'avenir semble promis au véhicule électrique comme en témoigne un appel d'offres national mutualisé entre plusieurs grandes entreprises et organisations publiques. Cependant, beaucoup d'étapes restent à franchir. Les gestionnaires de flotte sont intéressés, mais un certain nombre restent sceptiques. Enquête.

Après plusieurs tentatives infructueuses, le véhicule électrique pourrait enfin faire son apparition dans les flottes des entreprises et des collectivités publiques. A l'origine de cet accès d'optimisme: le groupement de commandes piloté par La Poste et coordonné par l'Ugap, la centrale d'achat public. La vingtaine de grands groupes publics et privés qui le compose (Air France, Bouygues, EDF, France Télécom Orange, GDF Suez, La Poste, SNCF...) a en effet envoyé un signal fort aux industriels, avec une promesse de commandes de 23 000 véhicules électriques d'ici à 2015. Un premier engagement qui pourrait en appeler d'autres puisque le besoin global est estimé à 50 000 unités, soit un montant d'achats d'un milliard d'euros. «Fin avril nous avons publié une procédure de dialogue compétitif en trois lots à laquelle ont répondu un grand nombre de candidats français et étrangers, précise Marc Thiercelin, directeur adjoint des achats de l'Ugap. Nous avons engagé en septembre avec les postulants présélectionnés la phase de dialogue qui devrait se poursuivre jusqu'à la fin de Vannée. » Le choix final interviendra mi-2011, les premières livraisons devant se dérouler pendant le deuxième semestre.

La future Opel Ampera, l'une des rares familiales tout-électrique.

La future Opel Ampera, l'une des rares familiales tout-électrique.

La Toyota Prius, symbole de l'hybride aujourd'hui.

La Toyota Prius, symbole de l'hybride aujourd'hui.

Encore des zones d'ombre

Les engagements pris par le groupement sont toutefois assortis de conditions suspensives qui mettent en lumière les incertitudes qui entourent encore le véhicule électrique. Car si ses avantages sont séduisants (zéro émission de CO2, un moteur silencieux, un plein d'essence à 2 euros, des pannes moins nombreuses, des dépenses d'entretien réduites... ), des zones d'ombre continuent d'obscurcir le tableau. «Il y a encore très peu de modèles commercialisés, peu ou pas de bornes publiques de rechargement. Et de nombreuses questions restent en suspens par rapport à l'autonomie ou aux garanties sur les batteries, constate Pascal Dupont, gérant de MO +, une société spécialisée dans la gestion de parcs. Comme nous avons beaucoup de mal à obtenir des données techniques et financières sur ces véhicules, tout cela ne nous incite pas à les recommander à nos clients. ».

Les gestionnaires de parcs sont sensiblement sur la même longueur d'ondes, comme l'explique Philippe Brendel, président de l'Observatoire du véhicule d'entreprise (OVE), qui vient de publier un Livre Blanc sur le sujet. «Dans leurs têtes, les entreprises sont prêtes, mais pour qu'elles franchissent le pas, il faudra aussi régler la question du coût d'usage qui se révèle aujourd'hui 30 % supérieur à celui d'un véhicule thermique. » Pour obtenir un TCO (Total cost of ownership, ou coût total de la possession) équivalant à celui d'un diesel, Renault a pris le parti de dissocier le véhicule proprement dit des batteries. «Les entreprises pourront acheter ou louer leur véhicule, elles souscriront en parallèle à un abonnement pour la batterie, explique Christophe Chevreton, General Manager Development Business véhicules électriques chez Renault. Cet abonnement devrait être amorti à partir de 50 km par jour. Au-delà, rouler électrique deviendra extrêmement intéressant. »

Une autonomie moyenne de 150 km

L'avènement du véhicule électrique devrait aussi être contrarié par des freins culturels très puissants. «Avec le thermique, nous avons tous pris l'habitude de rouler sans contrainte de distance», souligne le président de l'OVE. Or aujourd'hui, l'autonomie d'un véhicule électrique est en moyenne de 150 km, ce qui change la donne, sachant que 70 % des trajets quotidiens ne dépassent pas les 40 km. «Les entreprises devront certainement repenser leur stratégie en matière de mobilité en associant le véhicule électrique à d'autres modes de transport : le thermique, l'auto partage, le train, l'avion.», indique Philippe Brendel (OVE).

Pour y parvenir, les gestionnaires de parc pourront compter sur les loueurs qui s'emparent doucement mais sûrement du sujet. Dans la catégorie voitures de société, Arval commercialise la Smart Fortwo ED et la Tesla Roadster Sport 2010. Sont également proposés au catalogue six utilitaires de chez Newteon et Piaggio, ainsi qu'une gamme complète de quadricycles. ALD Automotive a intégré, de son côté, quatre utilitaires de chez Newteon, ainsi que des petites voitures de chez Mega, Matra Gem, Piaggio Porter, Goupil et Tesla. «On se tient prêt, résume Marc Milewski, directeur des ressources et du développement d'ALD Automotive. Si demain, un de nos grands clients souhaite se doter de véhicules électriques, nous les achèterons immédiatement pour les mettre à sa disposition. » Mais d'ajouter immédiatement : « Encore faut-il que les modèles économiques et les visions des constructeurs soient clairement déterminés, ce qui n'est pas toujours le cas. »

La balle est dans le camp des constructeurs. Ces derniers devraient faire feu de tout bois dès la fin de l'année avec les sorties de la Citroën C-Zéro, de la Peugeot Ion, de la Volvo C 30 et de la Nissan Leaf dans la catégorie véhicule particulier. L'arrivée du Citroën Berlingo Venturi est, elle aussi, très attendue au rayon utilitaire. De son côté, Renault dévoilera lors du Mondial les quatre modèles de sa gamme. «Apartir de mi-2011, nous commercialiserons le Kangoo ZE et la Renault Fluence qui disposeront d'une autonomie de 160 km», détaille Christophe Chevreton. Fin 2011, le constructeur lancera Twizy, un quadricycle avec deux places en tandem et une autonomie de 100 km. Enfin, mi-2012, Renault proposera Zoé «qui se positionnera comme la Clio électrique avec ses cinq places, un coffre, une autonomie de 160 km, et tout le panel de recharge des batteries des véhicules électriques», précise Christophe Chevreton.

Renault commercialisera quatre modèles tout-électrique d'ici à 2012.

Renault commercialisera quatre modèles tout-électrique d'ici à 2012.

Trois modes de recharge

En effet, trois modes de recharge sont actuellement disponibles sur le marché : la charge standard en six à huit heures sur une prise sécurisée et intelligente (Wall Box), la charge semi-rapide et rapide en une heure et trente minutes, et des stations où les conducteurs pourront échanger leur batterie en moins de trois minutes. «La charge semi-rapide correspond typiquement aux usages des entreprises qui pourront recharger leurs batteries pendant leur temps de pause le midi, ce qui permet au passage de rouler 320 km par jour avec un même véhicule», assure Christophe Chevreton.

Mais en attendant le déploiement de toutes ces infrastructures de charge, la plupart des observateurs s'accordent à dire que le véhicule électrique devrait dans un premier temps être cantonné à un usage urbain et périurbain : livraisons du dernier kilomètre, dépannages, coursiers... «On ne peut pas prétendre aujourd'hui attribuer un véhicule de ce type à un technicien ou un commercial qui effectue plus de 150 km par jour, relativise Pascal Dupont (MO +). En revanche, il aura toute sa place pour des trajets de boucle ou dans des pools de voitures partagées. »

Sylvain Fresnault, directeur achats de ta branche courrier, La Poste

Sylvain Fresnault, directeur achats de ta branche courrier, La Poste

Témoignage «Nous privilégions le mode électrique pour tous les trajets en ville inférieurs à 50 kilomètres par jour»

Si le véhicule électrique parvient à s'implanter dans les flottes des entreprises, elle devra en grande partie à La Poste. C'est en effet Jean-Paul Bailly, le p-dg du groupe, qui donne la première impulsion significative en 2007 en initiant une politique de développement du véhicule électrique sous toutes ses formes. «Nous avons d'abord acheté à la société Venturi près de 250 Bertingo Citroën de 3 m3 équipés de batteries Zebra, détaille Sylvain Fresnault, directeur achats de la branche courrier. Les premiers exemplaires viennent de nous être livrés, l'ensemble devant être remis aux facteurs d'ici Noël. » La Poste est également le principal contributeur du groupement de commandes piloté par l'Ugap, avec un engagement à hauteur de 10 000 exemplaires sur les 23 000 demandes recensées.
En parallèle, le groupe a fait développer, par les sociétés Matra et Ligier, deux véhicules électriques d'1 m3 avec une vitesse limitée à 45 km/h pour la distribution du courrier dans les hyper-centres. Dès 2007, La Poste a également investi dans les vélos à assistance électrique en partenariat avec Cycle Europe. Aujourd'hui, près de 8 000 bicyclettes de ce type sillonnent les routes. «Nous avons décidé de privilégier le mode électrique pour tous les trajets en ville inférieurs à 50 kilomètres par jour», résume Sylvain Fresnault. Si cette stratégie a pour objectif d'offrir «de meilleures conditions de travail à nos facteurs», elle permet également au groupe La Poste «de réduire notre empreinte carbone et de répondre aux attentes des agglomérations en matière de transport durable. »


La Poste Courrier
ACTIVITÉ
Acheminement du courrier
CHIFFRE D'AFFAIRES 2009
11 milliards d'euros
EFFECTIF TOTAL
160 000 salariés
VOLUME D'ACHATS 2009
2 milliards d'euro
EFFECTIFS ACHATS
150 collaboration

Fabrice Bonnifet, Bouygues

Fabrice Bonnifet, Bouygues

expérience Quand Bouygues joue la carte de l'électrique

Le Groupe Bouygues fait partie de la vingtaine de membres du groupement de commandes national piloté par l'Ugap. «Nous avons été contactés début 2009 par le président de La Poste pour participer à cette opération, raconte Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable au sein du groupe. Après avoir effectué un recensement en interne, nous avons précommandé 473 véhicules électriques de type utilitaire. Cet engagement est assorti de conditions suspensives : autonomie, poids total en charge, confort du conducteur, disponibilité d'infrastructures de charge...» En attendant les premières livraisons qui devraient intervenir à partir de 2012, le groupe a déjà les idées claires sur les usages à affecter à ces nouveaux véhicules. «Le bon sens nous incite à privilégier les utilisations urbaines, avec des arrêts fréquents, car c'est en ville que les véhicules thermiques consomment le plus.» Le groupe ne fixe pas de limite à son investissement. «Si ces véhicules tiennent leurs promesses, il n'y a pas de raison que l'on n'augmente pas progressivement les volumes». Aujourd'hui, les projections des constructeurs se situent entre 5 et 8 % du parc auto à l'horizon 2020. «On peut raisonnablement penser que ce sera aussi le cas au sein de notre flotte. Pour cela, il faudra valider les projections de rentabilité réelle de ces véhicules en coût complet et s'assurer des modalités de gestion globale des batteries, ce qui devrait prendre du temps», conclut Fabrice Bonnifet.


Groupe Bouygues
ACTIVITÉ
Construction, télécommunication et audiovisuel
CHIFFRE D'AFFAIRES MONDE 2009
31,4 milliards d'euros
EFFECTIF TOTAL
133 971 salariés