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Les politiques voyages entre économique et écologie

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Même si les entreprises cherchent avant tout à réduire les coûts en temps de crise, le développement durable s'inscrit toujours dans les politiques voyages. Deux facteurs qui se rejoignent parfois.

Lorsqu'un collaborateur de la Société Générale se connecte sur l'outil de réservation en ligne de la banque, hébergé par son agence de voyages, un éco-comparateur lui indique les émissions de CO2 en fonction du mode de déplacement choisi (rail, aérien) et de la compagnie retenue. Pour la direction achats de l'entreprise, l'objectif de cet éco-comparateur est de sensibiliser les utilisateurs à l'impact environnemental de leurs déplacements et de les aider à optimiser leur choix. Une initiative parmi d'autres. La Société Générale privilégie également des véhicules «verts» pour la location courte durée. Ainsi, lorsqu'ils sont à Paris, les collaborateurs de l'entreprise peuvent utiliser une flotte de véhicules hybrides au lieu de prendre un taxi. Chaque trajet effectué avec ces voitures fait par ailleurs l'objet d'un programme de compensation carbone auprès de l'organisation Climat Mundi, qui sélectionne et soutient des projets de développement durable. Enfin, la banque a déployé plus de 150 salles de visioconférence dans le monde pour réduire les déplacements professionnels. L'exemple de la Société Générale n'est pas une exception. Selon les nombreuses études parues sur le sujet (American Express Voyages d'affaires, Acte-KDS), environ 30% des entreprises prennent en compte la problématique environnementale dans l'élaboration de leurs politiques voyages.

@ fotolia/ flucas/ld

Une priorité relative

« les mentalités sur le sujet ont beaucoup évolué et l'on ne peut que s'en féliciter, observe Christophe Drezet, consultant au sein du cabinet de conseil Epsa. Néanmoins, et c'est là où le bât blesse, l'environnement n'est que le quatrième ou cinquième critère régissant ces mêmes politiques.»

Dans les entreprises, la priorité reste en effet de contrôler les dépenses de voyages, voire de les limiter, particulièrement en période de crise. Susan Gurley, directrice exécutive de l'Association of Corporate Travel Executive (Acte), confirme: «Dans les conditions économiques actuelles, les choix de voyages plus respectueux de l'environnement se heurtent souvent à une logique de réduction des coûts et passent au second plan». Une enquête réalisée par Acte, en partenariat avec l'éditeur KDS, auprès de 329 travel managers dans le monde entier, l'atteste. Menée en décembre et janvier derniers, elle révèle que les entreprises placent la réduction des coûts comme le premier critère à prendre en compte en matière de déplacements professionnels.

Ainsi, la moitié des responsables voyages perçoit l'environnement comme une priorité moyenne, contre 17% comme une priorité haute. Résultat: les entreprises sont susceptibles de privilégier des modes de déplacement réputés plus polluants mais moins onéreux. «les voyages dictés par des critères environnementaux sont souvent plus chers. Payer un surcoût est difficile à justifier aujourd'hui et le voyage d'affaires écologiquement responsable risque de sortir perdant de la crise», analyse Yves Weisselberger, p-dg de KDS.

Le rail, premier de la classe

Cette tendance pourrait remettre en cause le recours au rail. «les entreprises européennes privilégient souvent les trains à grande vitesse, ce qui représente la meilleure solution en matière d'émissions de carbone mais qui, aujourd'hui, s'avère souvent plus chère qu'un vollow cost», note Yves Weisselberger. Privilégier le rail par rapport à l aérien reste néanmoins la mesure la plus répandue dans les entreprises qui intègrent des critères de développement durable dans leur politique voyages. Selon le dernier Baromètre American Express Voyages d'Afaires, 76% des organisations «vertes» appliquent désormais cette règle, à l'image de La Poste, Natixis ou encore Essilor. Et pour cause. Même s'il existe une bataille d'experts sur le sujet (lire Décision Achats n° 124), il est communément admis que le train rejette moins de CO2 que l'avion. Selon la SNCF, le rail ne représente que 0,63% des émissions de dioxyde de carbone du secteur des transports. Et l'entreprise ferroviaire affirme qu'un voyage en Eurostar génère dix fois moins de CO2 que le même trajet en avion, soit 16 kg par voyageur contre 160 pour un aller simple entre Paris et Londres. Bref, autant d'arguments qui ont su convaincre les entreprises de privilégier le train, mais uniquement pour les déplacements inférieurs à trois heures.

En effet, si l'avion est tant décrié, il n'en reste pas moins incontournable pour les déplacements à l'international. Dans ce domaine, les entreprises prennent également des mesures pour limiter leur impact sur l environnement, en référençant par exemple des compagnies aériennes dont les avions polluent moins.

«Cette mesure est complexe à mettre en oeuvre, note Régis Chambert, directeur général France-Benelux- Italie-Espagne d'American Express Voyages d'Afaires. Pour autant, certaines entreprises d'Europe du Nord sélectionnent d'ores et déjà les compagnies aériennes dont les avions consomment moins de carburant.» En outre, l'obligation de réserver en classe économique est aussi devenue un argument écologique avancé par certains travel managers. En effet, l'espace en classe éco étant plus petit, l'empreinte carbone du voyageur l'est également. Toutefois, personne n'est dupe: c'est bien l'argument économique qui prévaut dans la suppression de la classe afaires.

Christophe Drezet, Epsa

«Même si l'on observe un changement de mentalité, le développement durable n'est pas encore une priorité dans les politiques voyages des entreprises.»

@ Arnaudolszak

La LCD et l'hôtellerie concernées

Autre famille d achats dans l univers des voyages d'affaires concernée par des mesures en faveur de l'environnement: la location courte durée (LCD). Les entreprises privilégient ainsi, dans leur contrat-cadre avec les loueurs, des véhicules dont les émissions de CO2 sont inférieures à 130 voire 120 grammes par kilomètre. « En Europe, les principaux loueurs ont mis en place des flottes «vertes«avec des véhicules de petites cylindrées, rappelle Régis Chambert (American Express Voyages d'Afaires). En revanche, la location de voitures hybrides est encore peu répandue». Les directions achats cherchent également à référencer les modèles consommant moins de 4,5 litres aux 100 kilomètres, ce qui est le cas, par exemple, de la Citroën C4 ou de la Volkswagen Golf. En outre, certaines entreprises ne favorisent plus le surclassement. Auparavant, si le loueur ne remplissait pas son contrat, un collaborateur pouvait bénéfcier d'un véhicule de la catégorie supérieure, généralement plus puissant et donc souvent plus polluant.

Concernant l'hôtellerie, le critère environnemental s'impose peu à peu dans les politiques voyages. Les directions achats référencent notamment les établissements ou les chaînes d'hôtels ayant mis en place des programmes RSE (responsabilité sociale et environnementale). Par exemple, selon le Baromètre American Express, un quart des entreprises choisissent des chaînes d'hôtels dotées d'une politique de recyclage des déchets. C'est le cas du groupe Accor, dont la politique RSE, lancée en 2006, porte notamment sur ce point, de même que la maîtrise des consommations d'énergie ou encore la préservation de la biodiversité. A ce titre, le groupe hôtelier participe, depuis 2008, à un programme de reforestation, en association avec les Nations Unies, baptisé «Plantons pour la planète - la campagne pour un milliard d'arbres». Ainsi, 50% des économies de blanchisserie générées par le comportement responsable des hôteliers et des clients sont reversées pour financer sept projets de reforestation dans le monde. L'objectif du groupe Accor: planter trois millions d'arbres à l'horizon 2010. «Nos hôteliers et nos clients ont confirmé leur adhésion au projet. Ce résultat concluant nous conforte dans l'intérêt de le mener à plus grande échelle», précise Hélène Roques, directrice du développement durable du groupe Accor. Autre exemple de chaîne d'hôtels engagée: Best Western qui encourage ses établissements à acheter des produits labellisés Max Havelaar.

Régis Chambert, American Express Voyages d'Affaires

«Les petites cylindrées ont fait leur entrée sur le marché de la location, mais les voitures hybrides restent encore peu répandues.»

Lister les prestataires responsables

Quelles que soient les familles d'achats de voyages, il apparaît que 30% des directions achats choisissent des prestataires qui contribuent à la protection de l'environnement, selon le Baromètre American Express. Néanmoins, les entreprises prennent aussi des mesures en interne, à commencer par le déploiement de solutions de visioconférence. «le caractère fortement environnemental de la visio est en phase avec les préoccupations du moment. Ceprocess est notamment recommandé par l'Ademe», souligne Christophe Drezet (Epsa). D'autres mesures plus radicales sont prises en interne, particulièrement depuis la crise: réduction pure et simple du nombre de déplacements, restriction du nombre de collaborateurs autorisés à voyager, renforcement des autorisations pour se déplacer, etc. Des mesures avant tout économiques mais qui, au final, permettent également de réduire l'impact environnemental des entreprises.

Mot clés : Voyage |

Sébastien DE BOISFLEURY