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Les logiciels de géolocalisation passent à la vitesse supérieure

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Véritables outils de gestion de flottes automobiles, les systèmes de géolocalisation sont promis à un bel avenir. Mais si ces instruments permettent de réduire les coûts en optimisant les tournées, ils sont aussi accusés de «fliquer» les salariés.

@ MASTERNAUT

La société Socoldis vient d'équiper six véhicules de sa flotte d'un système de géolocalisation en temps réel. Cette PME du Nord de la France, spécialisée dans la distribution de produits d'entre tien et de matériel de nettoyage, a opté pour cet outil afin de gérer les déplacements de ses techniciens dans toute la région. «Lorsque nous recevons un appel pour une réparation d'urgence, nous savons qui envoyer», témoigne Ségolène Boulanger, chargée de la comptabilité et de la facturation chez Socoldis. Le principe est simple: un boîtier GPS embarqué transmet, toutes les deux minutes environ, la position de chaque véhicule sur la route. Les données transitent alors par un serveur informatique hébergé dans l'entreprise ou chez l'éditeur du logiciel. Elles sont retranscrites sous la forme d'une carte animée accessible depuis n'importe quel ordinateur. A tout moment, l'entreprise sait donc avec précision où se trouve chacun de ses salariés en déplacement, qu'ils soient commerciaux, techniciens ou chauffeurs.

Réservée à l'origine aux sociétés de dépannage, de taxis et de transport routier, la géolocalisation est devenue un outil de gestion de flotte et d'optimisation du temps de travail. Ce marché reste toutefois une niche. «Aujourd'hui, le nombre de véhicules d'entreprise en France est estimé à 6 millions, mais seulement 200 000 sont équipés d'un système de géolocalisation», affirme Jean-Marc Desbordes, directeur commercial de Masternaut, l'un des principaux éditeurs du secteur en Europe. Cependant, la plupart des entreprises ont entendu parler du système; elles viennent de plus en plus nous voir spontanément, sans avoir été démarchées.» De son côté, François Catagnia, directeur associé de l'éditeur Oktalogic, estime que «le contexte actuel de crise économique et financière est plutôt favorable à notre activité. Avec les solutions de géolocalisation, les entreprises ont un retour sur investissement immédiat. D'autant plus que le coût d'abonnement a été divisé par deux en trois ans». Celui-ci est aujourd'hui compris entre 30 et 50 euros TTC par véhicule et par mois, hors coût d'installation des boîtiers.

Un gain de temps pour l'employeur

«Les besoins varient selon les entreprises, explique William Da Silva, directeur commercial de Sedimap, l'un des principaux éditeurs de logiciels de géolocalisation français. Par exemple, pour une société qui envoie chaque jour des techniciens chez des particuliers ou des professionnels, il faut pouvoir répondre tout de suite à la demande du client.» Dès lors, le suivi en temps réel, mais aussi la possibilité de communiquer par messagerie ou par voix avec ses techniciens, s'avèrent utiles. Plutôt que de les appeler un à un, le gestionnaire de f lotte sait immédiatement qui est le plus proche et peut l'envoyer en mission. «En revanche, pour des commerciaux qui ont des rendez-vous prédéfinis et sont finalement assez autonomes, les entreprises sont moins intéressées par la localisation en temps réel que par la possibilité d'avoir des rapports d'activité hebdomadaires», observe William Da Silva.

La plupart des logiciels permettent, en effet, d'éditer des rapports d'activité détaillés sur le nombre de kilomètres parcourus, les temps de pause, le nombre de clients visités, les heures supplémentaires effectuées, etc. pour chaque salarié (lire encadré «Les fonctionnalités d'un logiciel de géolocalisation», page suivante). Un grand gain de temps pour l'employeur, qui évite la paperasse. «Quelques clics suffisent pour éditer les rapports de mission de nos techniciens et les transmettre à la comptabilité», témoigne Josian Queva, directeur de la maintenance chez Cuisine 3C, un installateur de cuisines professionnelles. Le logiciel permet également de calculer plus facilement les heures supplémentaires effectuées par les collaborateurs. «Certains ont des contrats de travail de 35 heures, d'autres de 36 heures ou de 39 heures, indique Josian Queva. Grâce à notre logiciel, nous pouvons mesurer, chaque mois, les heures supplémentaires effectuées par nos techniciens.» Enfin, un tel système permet d'optimiser les tournées et le kilo métrage de chacun. «La productivité de nos techniciens a augmenté de 10% à la suite de l'installation de ce système dans leurs véhicules», souligne le directeur de la maintenance.

Ce dernier point est néanmoins source de polémique. En effet, si les employeurs voient le système de géolocalisation comme un moyen de lutter contre certains abus, les salariés le perçoivent généralement comme un instrument de «flicage». A en croire les éditeurs, il s'agit plutôt de faire la chasse aux coûts cachés: gain de temps, optimisation des tournées, réduction des heures supplémentaires, économies de carburant, amélioration de la ponctualité, réduction des litiges et contentieux, etc. Autant de bénéfices qui motiveraient la décision d'achat . Masternaut propose , par exemple, un système baptisé «Eco-consommation» permettant de consolider toutes les données relatives à l'utilisation d'un véhicule, et ce en temps réel. «Il ne s'agit pas d'être derrière chaque salarié en permanence, mais d'améliorer l'organisation d'un service, assure Jean-Marc Desbordes (Masternaut). Le suivi en temps réel n'intéresse que 20% environ de nos clients.» Au final, l'interprétation des données doit permettre à l'entreprise de réduire, notamment , sa consommation de carburant . Par ailleurs, l'éditeur commercialise, depuis peu, en partenariat avec la Macif et la Maif, une solution d'assistance géolocalisée en cas de vol, de panne ou d'accident, doublée d'une aide à la navigation. Officiellement, on est donc loin du «flicage» dénoncé par certains.

Ces systèmes restent néanmoins soumis à une réglementation stricte liée au traitement des données personnelles. Ainsi, toute entreprise qui souhaite mettre en place une solution de géolocalisation doit au préalable en informer son personnel et déclarer le dispositif à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). Cette dernière a également imposé aux éditeurs d'intégrer une fonction «vie privée» à leur logiciel, permet tant d'interrompre la localisation lorsque le véhicule n'est plus utilisé pour un usage professionnel.

Jean-Marc Desbordes, Masternaut

«Il ne s'agit pas d'être derrière chaque salarié en permanence, mais d'améliorer l'organisation d'un service.»

William Da Silva, Sedimap

«Pour des commerciaux, les entreprises sont davantage intéressées par la possibilité d'avoir des rapports hebdomadaires.»

Témoignage

«Nous avons optimisé le temps de trajet de nos collaborateurs»


Dans le cadre du lancement de son activité Speedy Glass en mai 2006, l'enseigne a décidé d'équiper sa flotte de 60 véhicules-ateliers d'un système de géolocalisation. «Nous avions besoin de réactivité, c'est pourquoi nous avons choisi la société Dotmobil, qui nous a proposé une solution rapide à installer et correspondant à notre cahier des charges», explique Eric Mantelin, directeur du développement vitrage. Outre le système de géolocalisation en temps réel, l'entreprise dispose d'une option de traçabilité. Grâce à l'historique des déplacements, elle peut repositionner les bases de départ des unités mobiles en fonction des besoins de ses clients. «C'est une forme de géomarketing», commente Eric Mantelin.
L'abonnement mensuel à ce système coûte entre 40 et 50 euros par véhicule. «Il a été négocié en fonction du volume futur de notre flotte, précise Eric Mantelin. Au rythme d'un véhicule mis en circulation tous les quinze jours, nous espérons atteindre un parc de 200 véhicules d'ici à cinq ans.» Grâce à ce système, l'entreprise a optimisé les temps de trajet et gagné en productivité. «Nous savons à quelle heure un camion démarre, à quelle heure il s'arrête. Cela nous a permis de réduire de 20% le nombre d'heures supplémentaires déclarées», se félicite Eric Mantelin. Si des abus dans ce domaine ont été corrigés, cela a aussi permis de mieux rémunérer certains salariés. Au final, 80% des employés ont bien accepté le système.


Speedy
ACTIVITE
Entretien automobile
CHIFFRE D'AFFAIRES 2007
274 millions d'euros
EFFECTIF
2 600 collaborateurs

Eric Mantelin, directeur du développement vitrage, Speedy

Eric Mantelin, directeur du développement vitrage, Speedy

A savoir

Les fonctionnalités d'un logiciel de géolocalisation


Informations liées à un véhicule
- Localisation (jusqu'à trois mètres près)
- Vitesse
- Itinéraire emprunté depuis le début de la journée
- Arrêts effectués au cours de la journée
- Nombre de kilomètres parcourus en une journée


Gestion des équipes mobiles
- Classification de la flotte de véhicules par profil d'utilisateur ou par secteur
- Programmation des tournées
- Identification sur une carte de l'ensemble des clients et des prospects
- Localisation du ou des véhicules les plus proches d'une intervention
- Envoi de messages ou d'ordres d'intervention
- Système d'alerte (utilisation du véhicule en dehors des zones ou des plages horaires prédéfinies...)
- Information sur le trafic en temps réel


Edition de rapports d'activité et de tableaux de bord
- Par collaborateur, par véhicule, etc.
- Par jour, par semaine, par mois, etc.