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Les gestionnaires de flotte misent sur les systèmes de sécurité

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Préoccupation des gestionnaires de flotte, la sécurité - du conducteur comme du véhicule - devient un argument majeur dans la stratégie d'achat de berlines de fonction. Ce critère de choix peut-il néanmoins s'opposer à l'écrasante logique de réduction de coût? Comment arbitrer? Explications.

@ FOTOLIA/LD

Citroën Business, Audi Entreprises, Renault Business Eco2, Peugeot Business... ces dernières années, les constructeurs automobiles multiplient les signaux à l'attention des gestionnaires de flotte. Et se préoccupent enfin de leur proposer des véhicules adaptés aux besoins spécifiques des entreprises. Parmi ces offres, la berline occupe une place de choix. Attribut autant qu'outil de travail des cadres commerciaux et des membres de la direction cette voiture de fonction représente tout de même 15 % des flottes automobiles, selon Renault. Cela suffit à en faire, en soi, un marché!

Le véhicule, véritable «bureau mobile»

d'utilisation moyenne de 40 mois, la berline peut être considérée comme un «bureau mobile». Et logiquement, optimiser la sécurité du conducteur-collaborateur, de son «bureau» et de ses équipements n'est plus une option pour le gestionnaire de flotte. Rien d'étonnant dès lors à ce que la sécurité se place en deuxième position - entre le prix et le respect de l'environnement - dans la liste des critères d'achats retenus pour une berline. Rappelons qu'en France, selon l'observatoire ministériel sur la sécurité routière, 377 personnes ont perdu la vie sur la route au cours du seul mois de novembre 2010, tous véhicules confondus. Ce même mois, le nombre de blessés sur la route s'élevait à 7 250. Combien de victimes dans le cadre de déplacements professionnels? Pour se fixer un ordre de grandeur, citons les chiffres de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés qui, pour l'année 2007, faisait état d'un nombre d'accidents de travail sur la route à peine inférieur à 1 000 tués...

La sécurité, une priorité «verte»?

Hormis l'accidentologie, les gestionnaires de flotte motivent leur volonté d'équiper les berlines avec des systèmes de sécurité performants par la réglementation en matière de développement durable. Il s'agit surtout de ne pas trop s'exposer à la coûteuse fiscalité environnementale basée sur les émissions carbone des véhicules de fonction. Et pourtant, cela suffit à amorcer une demande «vertueuse» en équipements intelligents de contrôle, maîtrise, assistance, sécurité... Autre motif de modernisation, «la politique répressive actuelle à l'égard des automobilistes accentue le besoin de doter les flottes automobiles d'équipements de sécurité», souligne Raphaël Almerge, responsable du marketing de la société de location longue durée LeasePlan. « Les gestionnaires se préoccupent de plus en plus des problèmes de contravention liés en particulier aux excès de vitesse des berlines de l'entreprise», précise-t-il.

Du côté des constructeurs, on remarque l'apparition d'équipements novateurs par vagues successives de trois à cinq ans. Un hasard? Ren n'est moins sûr, car cette fréquence correspond à la durée moyenne d'utilisation des berlines ainsi équipées, d'abord en option puis en standard. Ces dernières années, on a pu constater que les systèmes électroniques de protection du conducteur tels que l'ABS, les multiples airbags, le contrôle de trajectoire dit ESP étaient désormais montés en série sur les berlines, même dans la catégorie moyen de gamme. Cela répond parfaitement à une demande type des sociétés clientes, comme le confirme Baudouin de Mégille, directeur de Veolia Environnement Gestion Automobile (Vega): «Aujourd'hui le pack minimal d'équipements de sécurité auquel nous avons recours comprend airbag ABS, système antipatinage, ESP. »

Génération «systèmes embarqués»

Si côté sécurité «passive», on semble avoir atteint - momentanément? - un palier (matériaux nouveaux, structures renforcées de l'habitacle, installation d'appuis-tête anticoup du lapin, etc.), c'est dans le domaine de la sécurité «active» que les choses bougent. En effet, la révolution des systèmes de sécurité se fait grâce à l'électronique et à l'informatique embarquées (on compte couramment plusieurs dizaines de calculateurs temps réel dans les berlines). Sur le marché, on trouve actuellement des radars, caméras et applications de visualisation prédictive de recul, des limiteurs et régulateurs de vitesse, des systèmes d'affichage de données prioritaires en mode «tête haute», d'alertes visuelles en cas de présence dans les angles morts, des réglages automatiques des phares au Xénon, des dispositifs de signalisation de franchissement d'une ligne blanche, d'analyses de comportement du conducteur, de prévention d'endormissement, la fonction de conduite «en convoi», la prise en charge automatique de certains freinages de sécurité en ville, etc. Ces systèmes restent toutefois optionnels pour les berlines d'entrée et moyen de gamme. Mais ils servent de différenciant pour le haut de gamme. Ainsi, le prix du véhicule s'en ressent nettement: «Il faut ajouter entre 100 et 1 000 euros par option choisie», selon Raphaël Almerge (LeasePlan). Dès lors, l'intégration de nouveaux systèmes de sécurité serait-elle en contradiction avec l'objectif de baisse de coût qui s'impose à tous les gestionnaires de flotte?

Coût/sécurité, un binôme paradoxal

Paradoxalement, l'amélioration de la sécurité des conducteurs de berline semble participer de la logique de réduction des dépenses! «Notre mission est de faire en sorte que le parc automobile coûte le moins cher possible, mais sans rogner sur la sécurité. Nous favorisons donc les systèmes de sécurité qui peuvent générer une réduction de coût», explique Baudouin de Mégille (Veolia Environnement). Voici bien une approche achat constructive, consistant à considérer ces équipements de prévention du risque d'accidents subis ou causés par le conducteur comme minimisant le coût total de possession! On comprend aisément que ces équipements dernière génération limitent au fil des mois les frais d'entretien et de réparation des véhicules. Par exemple, un radar de recul sur ces véhicules réduit considérablement le nombre d'accrochages arrière lors des créneaux. La facture de «frais de remise en état» du véhicule, en toute fin de location longue durée ou avant revente, n'en sera que plus digeste... Sur le plan comptable, le gestionnaire de flotte peut légitimer une montée en gamme des séries de berlines destinées aux collaborateurs. «Il ne faut pas avoir peur de monter en gamme pour obtenir un produit plus rentable», conseille le président de l'Arfa, Olivier Jouannic. En effet, lorsqu'ils sont montés en série, les systèmes de sécurité améliorent l'amortissement de la berline car leur prix est inclus dans celui de la voiture. Inversement, lorsqu'ils sont acquis en option, ils se déprécient fortement et n'accroissent pas la valeur de revente du véhicule.

Pour bien faire, une méthodologie d'achat s'impose. «Il s'agit d ' établir une typologie des risques de chaque direction métier concernée puis d'identifier les véhicules qui seront les plus à même de répondre aux problématiques sécuritaires à couvrir», recommande Olivier Jouannic (Arfa). Autre point: se fier aux publications de l'Euro NCAP L'organisme indépendant européen réalise des crash tests et des essais de systèmes de sécurité. Il attribue jusqu'à cinq étoiles aux différentes berlines de fonction. «Rien n'empêche néanmoins de sélectionner des véhicules selon le schéma hiérarchique de l'entreprise», ajoute Raphaël Almerge (LeasePlan). Et de citer quelques marques et modèles: «Les berlines Peugeot 308, Renault Scenic, C4 Picasso ou Mégane, etc. sont parfaitement adaptées à la conduite des cadres techniciens. Les Mégane, Audi A4, Peugeot 407, Volvo S40, Passat... répondent bien aux besoins des cadres commerciaux et directeurs de ventes. Enfin, pour les membres de la direction générale, on peut privilégier d'autres berlines telles que la Peugeot 307, la Citroën C6, les BMW Classe 3 et 5, l'Audi A8, les Volvo S60 et S80 ou encore la Mercedes Classe E. »

La sécurité des collaborateurs ne se limite pas au seul renforcement des équipements techniques des berlines. Ainsi, les stages d'éco-conduite proposés par les différents acteurs du marché des véhicules d'entreprise améliorent la sécurité routière des conducteurs. «Les conducteurs de berlines de fonction y prennent conscience de leur responsabilité en termes de consommation de carburant et de sécurité. Après une telle formation, les collaborateurs gagnent en souplesse et en sérénité au volant. Ce qui a déjà permis de réduire le taux de sinistralité de 15 % en moyenne! », conclut Olivier Jouannic (Arfa).

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Deux outils de simulation de coût des véhicules

Fiscalement, l'année 2011 promet d'être moins généreuse que la précédente. En effet, le gouvernement a décidé d'annualiser les allégements de cotisations patronales, réduisant les avantages d'environ 2 milliards d'euros. Il est également prévu une augmentation de 0,1 point du coût des cotisations patronales dues au titre des accidents du travail et des maladies professionnelles pour financer la branche des accidents de travail de la Sécurité sociale. Cette réforme devrait affecter la stratégie achats des gestionnaires de flotte puisqu'elle va rehausser le montant du coût total de possession de chaque véhicule. Afin de mieux maîtriser les charges fixes et variables relatives au parc automobile des entreprises, l'Observatoire des véhicules d'entreprises met donc à disposition des gestionnaires de flotte un simulateur de prix sur son site internet, appelé Car Costs Simulator. Celui-ci opère une sélection des véhicules adaptés aux besoins de l'entreprise en tenant compte de la catégorie socioprofessionnelle des collaborateurs à équiper, de la nature et du mode d'utilisation du véhicule, de son kilométrage, du type de contrat d'acquisition (achat ou LDD), ainsi que de la fiscalité à laquelle l'entreprise est soumise. De son côté, le service Fleet de GE Capital, la branche location longue durée du géant américain, propose un comparateur nommé Visiocost. Il permet au gestionnaire de flotte d'identifier l'impact sur le coût de possession de chaque poste de dépenses lié à l'utilisation d'un véhicule.

Témoignage
« Anticiper des campagnes de renouvellement des véhicules, pour optimiser la sécurité »

Le gestionnaire de flotte de Veolia Environnement, Baudouin de Megille, doit assurer le bon fonctionnement du parc automobile du groupe, notamment la sécurité de ses collaborateurs au volant de leurs véhicules de fonction. «Les dernières innovations que nous avons privilégiées sont les radars de recul, car ce sont des éléments de sécurité intéressants, en particulier pour réduire les réparations de carrosserie, explique-t-il. Comme il est quasi impossible d'ajouter des équipements de sécurité sur des véhicules déjà intégrés dans le parc automobile, il peut nous arriver d'anticiper des campagnes de renouvelle-ment de véhicules, lorsqu'il s'agit de mettre l'accent sur des systèmes de sécurité plus optimaux.» Ce responsable de flotte établit au préalable une liste des berlines dotées d'équipements de système de sécurité nécessaires aux besoins de l'entreprise, portant son attention sur ceux déjà compris dans les packs de série des constructeurs. «Les packs d'équipements ne sont pas tous adaptés aux besoins des entreprises, il peut y avoir des options qui ne sont pas primordiales pour les grands comptes. Mais récemment, les constructeurs ont redéfini la composition des packs business, proposant des versions plus compatibles avec nos besoins.» Si le fleet manager «n'a pas pu identifier les économies générées directement grâce l'acquisition de nouveaux systèmes de sécurité», il souhaite tout de même consolider ces coûts. «Nous avons commencé une étude début 2010 sur ce sujet, elle devrait s'achever fin 2012», précise-t-il.

Veolia Environnement

ACTIVITÉS
Services à l'environnement (eau, déchets, transport, énergie)


BUDGET GLOBAL VEHICULES
150 millions d'euros


PARC
30 000 véhicules dont 7 000 berlines