Les achats responsables, entre bonnes intentions et réalité du terrain

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Le premier baromètre des achats responsables, réalisé par A2 Consulting et Mazars, révèle un certain nombre de résultats intéressants sur les pratiques des donneurs d'ordres du privé et du public. Et confirme qu'il existe une grande différence entre le discours et la réalité.

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Près de 75 % des entreprises et des organisations publiques déclarent avoir mis en place une politique d'achats responsables. Tel est le principal résultat du premier baromètre des achats responsables réalisé par A2 Consulting et Mazars, en collaboration avec la Compagnie des dirigeants et des acheteurs de France (Cdaf) et du Service des achats de l'Etat (SAE)Etude en ligne réalisée auprès de 153 personnes. «Il y a aujourd'hui une véritable prise de conscience chez les donneurs d'ordres alors qu'auparavant, la notion d'achats responsables était plutôt mise de côté», se félicite Jacques Schramm, p-dg de A2 Consulting. D'ailleurs, la mise en place de ces politiques est relativement récente puisqu'une majorité d'entre elles ont moins de trois ans (moins d'un an dans 20 % des cas). Sur ce point, le secteur public semble légèrement en avance sur le privé: 86 % des organisations publiques en sont dotées, contre 71 % pour les entreprises privées. «Les acheteurs publics doivent rendre des comptes aux élus qui sont, par définition, très sensibles à la dimension et aux conséquences notamment sociales de toutes décisions», explique Alain Chatenet, expert achats responsables chez A2 Consulting. A noter que la mise en place d'une politique d'achats responsables résulte majoritairement de la volonté de la direction générale, de la propre initiative du service achats ou des exigences réglementaires .

Cela dit, plusieurs résultats - et c'est là tout l'intérêt de ce baromètre - montrent un certain décalage entre les déclarations de bonnes intentions et la réalité du terrain. Ainsi, seuls 27 % des répondants déclarent que les achats responsables représentent une part «importante» voire «la totalité» de leurs achats globaux. « Tout le monde veut être ou se dit responsable, mais il existe un déséquilibre entre les politiques d'achats centrales et les réalités économiques et sociales locales», résume Alain Chatenet. Par exemple, seuls 28 % se déclarent «satisfaits» voire «très satisfaits» de la diffusion en interne des réglementations et des bonnes pratiques en matière d'achats responsables. De même, seuls 17 % estiment que les collaborateurs se sont appropriés de manière «satisfaisante» voire «très satisfaisante» ces pratiques. Autre résultat intéressant: plus de la moitié des personnes interrogées se déclarent «peu» ou «pas du tout satisfaits» des outils et des référentiels spécifiques aux achats responsables. «De nombreux indicateurs échappent aux acheteurs, notamment sur le plan social, souligne Alain Chatenet. En revanche, ils savent très bien mesurer la performance environnementale de leur organisation, tout simplement parce que certaines réglementations l'imposent. »

Par ailleurs, ce premier baromètre s'intéresse de près aux relations entre les donneurs d'ordres et les PME/ TPE. Et là encore, les résultats ne sont guère favorables aux acheteurs. Ainsi, 44 % des entreprises et des organisations publiques ne favorisent «pas du tout» les PME/TPE en création dans leur processus de référencement (22 % le font «un peu» et 16 % «moyennement»). «Pour favoriser les PME lors des appels d'offres, les acheteurs pourraient se démarquer un minimum des politiques de référencement qui consistent à ne s'adresser qu'à quelques fournisseurs par familles d'achats, conseille Jacques Schramm. Ces politiques de référencement sont souvent trop binaires. » D'ailleurs, une part significative des personnes interrogées (30 %) ne savent pas quelle proportion de leurs achats est confiée aux PME.

Réduire les délais de règlement

Autre sujet abordé: les délais de paiement. Les résultats du baromètre confirment que les délais réglementaires sont globalement bien respectés. Mais pour les auteurs de l'étude, ces plafonds ne doivent pas empêcher les donneurs d'ordres d'aller plus loin dans leur démarche. «Là encore, les acheteurs doivent apprendre à raisonner autrement, indique Jacques Schramm. Il ne faut pas hésiter à aller plus loin que la Loi de modernisation de l'économie qui fixe un délai maximum et proposer des règlements à 30 jours, voire à réception. L'effort de trésorerie que cela engendre n'est pas insurmontable alors que les conséquences sur la relation client! fournisseur sont autrement plus bénéfiques. »

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La diversité, l'insertion et l'action sociale sont enfin les derniers thèmes abordés par le baromètre. Les résultats montrent que plus de la moitié (54 %) des entreprises et des organisations interrogées reconnaissent ne pas favoriser de façon «satisfaisante» l'insertion dans leurs achats. 14 % avouent même ne pas du tout contribuer à l'insertion par le biais des achats. « On est toujours dans les déclarations de bonnes intentions, conclut Alain Chatenet. Les entreprises se comparent entre elles et restent dans une sorte de compétition nationale voire mondiale. Or ce n'est pas du tout l'esprit des achats responsables qui se fondent au contraire sur un partage des bonnes pratiques. »

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Jacques Schramm, A2 Consulting

"Les acheteurs doivent apprendre à raisonner autrement"

Sébastien de Boisfeury

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