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Le textile chahuté par la hausse du coton

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En 2010 et 2011, le secteur textile, habitué à des prix matières très stables a vu la domination de l'amont de la supply chain sur l'aval s'inverser. Pénuries et hausses constantes ont rythmé son quotidien, avec des offres de prix valables. Une histoire coton...

 

@ FOTOLIA / RGBSPACE

Resté relativement stable pendant plus de 20 ans (0,6 dollar la livre), le cours du coton s'est envolé avec près de 50 % de hausse sur le début de 201 1. Et, sur ce marché, les grands gagnants sont les fabricants de fils. Ils les vendent au plus haut, alors qu'ils payent le coton moins cher. Les premières ruptures, avec des tisseurs non livrés et des confectionneurs sans tissus, sont apparues fi n 2010 et début 2011.

Le tissu s'est fait rare et les prix ont grimpé. Les fournisseurs de textile ont donc dû négocier durant l'été 20 1 0 leurs approvisionnements 20 1 1 , et faire leur «pricing client» 20 1 1 sur la base d'un coton à 0,87-0,92 dollar la livre. Quelques mois plus tard, leurs plans d'approvisionnement ne tenaient plus, à cause de ruptures de stocks et des prix de revient qui se sont envolés, avec une valeur du coton multipliée par trois. Aujourd'hui, fabricants de textiles, confectionneurs et loueurs de linge ont répercuté au moins une partie de la hausse à leurs clients pour préserver la survie de leur entreprise.

Analyser les coûts

Une décomposition de prix des inducteurs montre que la matière première (coton et polyester1) constitue entre 85 % et 70 % de la valeur du fi l. Il contribue à environ 55 % - pour un tissu couleur - et à 70 % de la valeur d'un tissu. S'ajoutent main-d'oeuvre, accessoires et transport pour aboutir au prix de l'article textile. Entre un drap et un vêtement, la part de chacun de ces inducteurs est très variable. Une hausse de 100 % de la matière première entraîne une augmentation de l'ordre de 45 % sur une bobine essuie-main textile de 20 à 25 % sur un vêtement et de 32 % sur une serviette de bain.

Pour les gros acheteurs, une augmentation semble inévitable. Si leurs fournisseurs ont surengrangé des marges confortables dans le passé, il faudrait exiger d'eux en échange une décomposition de prix limitant la hausse. Ce qui servirait plus tard à re négocier les prix à la baisse quand la tendance des cours du coton s'inversera. Par ailleurs, les hausses non liées aux matières premières (coûts de main-d'oeuvre croissants, renversement du rapport de force pour les produits finis, etc.) doivent être refusées: c'est le problème des services achats de vos fournisseurs. Par leur sourcing, ils peuvent agir, alors qu'ils ne peuvent rien sur le coton. Pour les petits acheteurs, se lancer dans de telles négociations serait improductif, car les hausses se limitent souvent à quelques dizaines d'euros par an. Mieux vaut négocier une compensation: meilleure qualité de service, réactivité ou sécurité d'approvisionnement renforcées ou encore suivi commercial plus efficace.

Retrouvez nos Tribunes d'experts sur www.decision-achats.fr

Par Alexandra Augé, responsable du développement de Sérénia, cabinet de conseil spécialisé dans l'optimisation des achats directs et indirects, et de la recherche d'avoirs.

zoom: Les raisons de l'envol du coton

- Une explosion de la demande mondiale, tirée par le développement accéléré de l'Asie et un mode de consommation consumériste à l'occidentale.
- De mauvaises récoltes en 2010 ont tendu le marché, combinées à des cycles longs de culture, d'où une lenteur structurelle pour adapter l'offre à la demande.
- Absence de produits de substitution au coton, exception faite du polyester, produit alternatif et de complément, la plupart des articles étant des mélanges coton-polyester
- Une supply chain longue et lointaine, peu intégrée.

Les clés

Décomposer ses prix n'est pas une pratique courante dans le textile. Soyez ferme. Exigez-le - Passer en location pour transférer au loueur le financement du textile, donc l'avance de trésorerie - Gérer le risque sur sa durée de vie.

Mot clés : chain

Alexandra Augé