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Le recours aux enchères inversées, un procédé contesté pour des prestations humaines

Décision Achats N°117 - 01/09/2008 - Nathalie Costa

La pratique des enchères électroniques inversées dans les services généraux n'en est encore qu'à ses balbutiements. Cette méthode qui consiste à choisir le prestataire « moins-disant » ou « moins-coûtant » est loin de faire l'unanimité dans les services généraux. Éclairage sur un procédé qui fait toujours débat.

 

© FOTOLIA / KHZ / LDLe recours aux enchères inversées, un procédé contesté pour des prestations humainesPrisées par les donneurs d'ordres pour acheter des systèmes d'impression, des pièces mécaniques dans l'automobile ou des fournitures de bureau, les enchères électroniques inversées sont une pratique encore peu répandue dans les services généraux. Le fait qu'il s'agisse de prestations humaines conduit en effet les acheteurs à utiliser cette méthode avec précaution. D'ailleurs, de nombreuses entreprises comme Bouygues Telecom, Pfizer ou Eiffage, ne souhaitent pas recourir aux enchères en ligne pour acheter des prestations dans la sécurité, la propreté, le nettoyage ou l'accueil. Ce procédé permet, en effet, aux donneurs d'ordres de mettre en concurrence directe plusieurs prestataires via Internet et une plateforme servant d'inte rface entre les protagonistes. Ces derniers sont conviés à une séance d'enchères en ligne qui dure en moyenne deux heures. La date, l'heure, l'adresse internet à laquelle il faut se connecter ayant été préalablement communiquées aux différents participants. Le jour J, l'acheteur a le choix entre fixer un prix de départ ou laisser les enchères commencer au prix que souhaite le premier enchérisseur.

 

De leur côté, les prestataires de services généraux affichent un enthousiasme mesuré vis-à-vis des enchères en ligne. Phone Régie, société spécialisée dans les métiers de l'accueil en entreprise, y participe moins par conviction que pour se positionner sur le marché, en donnant une seule et unique enchère. Si Uniprotect et Vigimark, deux sociétés de sécurité, ont participé par le passé à ce type d'enchères, aujourd'hui elles ne souhaitent plus y prendre part. Ce procédé présente en effet certains inconvénients.

 

Contrairement aux enchères traditionnelles, les prestataires vont, à partir du prix de départ, enchérir à la baisse. «Une enchère inversée peut, d'une certaine manière, s'apparenter au poker: les prestataires consultés ont tendance à se comporter comme des joueurs, toujours tentés de descendre au-dessous du prix minimum qu'ils se sont fixé», précise Lawrence Canu, consultant et conseiller du président de la société Uniprotect. Pour Jean-Luc Lattuca, président du Syndicat national des entreprises de sécurité (SNES) et du groupe Vigimark, les enchères inversées constituent une «pratique déviante» qui ne permet pas de connaître la capacité financière et opérationnelle des participants proposant les prix les plus bas. Pour remporter un appel d'offres par enchères inversées, certaines sociétés sont en effet prêtes à «brader» leurs prestations. Ce qui peut engendrer des conséquences dramatiques. «En effet, 70% des sociétés de sécurité ayant remporté, par ce biais, l'appel d'offres lancé en 2005 par France Télécom, ont déposé leur bilan dans la même année», assure Jean-Luc Lattuca. De son côté, Claude Tarlet, président de l'Union des entreprises de sécurité privée (USP), milite auprès de ses adhérents pour que cette méthode ne s'impose pas dans son secteur et reste une pratique marginale. «Choisir le prestataire le moins-disant favorise le dumping social. Les enchères inversées participent également à faire baisser la qualité de nos prestations et de nos marges, qui sont déjà bien faibles au regard de nos coûts de revient», souligne-t-il. Pour Charles-Louis Mame, directeur commercial de Phone Régie, les enchères inversées dans le métier de l'accueil en entreprise posent problème d'un point de vue éthique car «elles dévalorisent un métier fait principalement de ressources humaines et donne par voie de conséquence la désagréable impression de spéculer sur le coût de l'humain». De son côté, Jean- Claude Chevillon, directeur associé du cabinet Leane Expertise, spécialisé dans la réduction des coûts opérationnels, déplore que les négociations de prix dans le cadre d'enchères inversées s'effectuent au final entre les différents participants et non entre l'acheteur et ses prestataires. En effet, l'acheteur se positionne en arbitre de la baisse des prix.

Le recours aux enchères inversées, un procédé contesté pour des prestations humaines

Charles-Louis Mame, Phone Régie

«Ces enchères donnent l'impression de spéculer sur le coût de l'humain.»

DE LA BONNE PRATIQUE DES ENCHÈRES INVERSÉES

Si certains prestataires considèrent que c'est le «moins coûtant» ou le «moins-disant» qui emporte l'enchère, tous ne partagent pas cet avis. La société Phone Régie a, ainsi, gagné il y a quelques années un appel d'offres à la suite d'une enchère en ligne alors qu'elle n'avait pas proposé le prix le plus bas. En effet, d'autres critères entrent en jeu dans l'évaluation d'un prestataire: sa réactivité, l'historique de la relation acheteur-fournisseur, ses capacités logistiques, son implantation géographique, etc. Le résultat de l'enchère inversée - un prix - peut être pondéré par la note technique de la réponse donnée par le prestataire au cahier des charges. Pour Hicham Abbad, directeur commercial de K-Buy, cabinet de conseil spécialisé dans les achats et la logistique, le prix représente selon les cas entre 20 et 80% de la note globale.


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