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Le photovoltaïque, une énergie d'avenir?

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En plein débat sur la baisse des avantages fiscaux liés au photovoltaïque, et alors qu'un certain nombre d'investissements ont déjà été réalisés en la matière, les collectivités se questionnent sur l'avenir de cette énergie. Eclairage.

@ FOTOLIA / GILLES LOUGASSI

Depuis la rentrée de septembre 2009, les apprentis cuisiniers et les serveurs du lycée technique de Poitiers sont à bonne école en matière de développe ment durable. Leur nouvel établissement, baptisé Kyoto, en référence au protocole du même nom, s'affiche comme le premier lycée d'Europe produisant plus d'énergie (non seulement propre mais positive) qu'il n'en consomme. Tout en bois, verre et panneaux photovoltaïques, ce bâtiment devenu un modèle préfigure-t-il ceux de demain? Même si cet ouvrage se présente comme une réalisation unique et exemplaire, les professionnels affirment que tous les bâtiments, ceux des particuliers comme ceux du secteur public, sont ou seront, à plus au moins long terme, concernés par le photovoltaïque. En France, les collectivités locales ont des obligations concernant le recours aux énergies vertes, garanties par les agendas 21 (plan d'actions destiné à faire du développement durable une réalité sur un territoire), aux diagnostics de performance énergétique ou aux plans climat territoriaux. « Tous les bâtiments construits après le 31 décembre 2018 devront être en mesure de produire leur propre énergie selon la commission de l'industrie du Parlement européen, rappelle Richard Loyen, délégué général d'Enerplan (Syndicat professionnel du photovoltaïque). Les régions Languedoc-Roussillon et Poitou-Charentes se sont déjà lancées dans des projets photovoltaïques, investies par une réelle volonté politique, et fortes d'une culture énergétique solaire. » Si la France accusait jusqu'ici un certain retard en matière d'énergie verte, les panneaux photovoltaïques semblent fleurir sur les toits des écoles, des gymnases et même des offices de tourisme. Il faut dire que l'Etat a affiché ses objectifs: produire 23 % de l'électricité consommée à partir d'un mix d'énergies vertes, d'ici à 2020; quant au photovoltaïque, porter à 5 400 MW une puissance raccordée, aujourd'hui estimée à 135 MW. Ce dernier sera-t-il l'énergie d'avenir? Il apparaît comme le procédé qui peut être installé aisément au coeur même des villes et villages, à proximité immédiate des points de consommation. Par ailleurs, il représente l'opportunité de donner au réseau de distribution une nouvelle raison d'être.

Richard Loyen, Enerplan

«Même si les prix de rachat de l'électricité photovoltaïque continuaient à baisser dans les prochaines années, l'investissement dans cette énergie solaire restera sans doute encore rentable. »

Sortir d'une réflexion purement financière

Dans l'espoir d'attirer les investisseurs et de donner naissance à une filière, le gouvernement a déterminé un prix très élevé du kW solaire qu'EDF a l'obligation de racheter. Une source de revenus non négligeable pour les collectivités, qui ont vu le photovoltaïque comme une alternative économique et écologique. Poussés par ce contexte favorable, les projets se sont multipliés.

Le ministre du Développement durable du gouvernement Fillon 6, Jean-Louis Borloo, avait annoncé «une progression de 600 % des installations ces deux dernières années.» Résultat: la France est en avance sur les objectifs du Grenelle de l'environnement fixés pour 2010. Pour Christine Lagarde, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, les engagements devraient même être remplis en 2011. Dans une période de vache maigre, l'Etat a donc décidé de fermer le robinet des aides fiscales (pour les particuliers) et de diminuer, depuis septembre, les tarifs d'achat du solaire pour les projets professionnels de 12 %. Pourtant, certains y voient une évolution naturelle d'un marché qui arrive à maturité. « Quand un marché naît, la politique est souvent de le subventionner pour l'aider à décoller, mais quand il a pris son envol, ces subventions n'ont plus vraiment de raison d'être, relativise Marc Ballandras, directeur de Blue Green Energy, spécialiste des parcs solaires photovoltaïques. Ce qui semble plus difficile pour les établissements publics, c'est d'appréhender, avec les instabilités réglementaires, le montage technique et financier des dossiers. » A l'avenir, les collectivités devront de moins en moins compter sur les cadeaux de l'Etat. « Les prix de rachat de l'électricité baisseront encore », suppose Richard Loyen (Enerplan), qui assure néanmoins qu'un investissement dans le solaire photovoltaïque reste encore rentable. « Si les millions d'euros à mobiliser pour des projets photovoltaïques peuvent faire peur aux collectivités, elles doivent mener une vraie réflexion totémique, pour ne pas miser sur les énergies vertes en s 'alliant uniquement à des opérateurs opportunistes. Leur objectif final doit aussi consister à irriguer et faire travailler leur économie locale », indique-t-il. Christian Baudon, directeur de Domo Helios, autre acteur sur le marché du photovoltaïque, ajoute qu'il faut qu'elles sortent de la logique purement financière et abordent les projets comme des exemples à suivre. « Il est également important qu'elles apprennent à travailler sur des projets financiers à long terme (20 ans) prenant en compte l'achat de produits de qualité », dit-il tout en soulignant que près de 60 % des modules intégrés en France proviennent de Chine. Et c'est là que le bât blesse: le gouvernement a pris conscience que les aides n'ont que peu favorisé l'émergence d'une filière photovoltaïque dans l'Hexagone, ce que met en avant le rapport Charpin, qui préconise de dépenser moins en subventions et plus pour la recherche avec des fonds d'investissement capables d'y consacrer jusqu'à 150 millions d'euros. « Si, à terme, les solutions photovoltaïques paraissent incontournables, nous en sommes aujourd'hui à une phase intermédiaire avec des questions encore à régler », conclut Christian Baudon.

Expérience. Limeil-Brévannes investit 500 000 euros pour acheter des panneaux photovoltaïques

Façade bleue, grandes baies vitrées et verrière, l'école Jean-Louis Marquèze de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne), inaugurée en novembre 2007, donne la priorité à l'espace et à la lumière. C'est un établissement moderne et chaleureux dans tous les sens du terme, car ce groupe scolaire a la particularité d'être le premier bâtiment public labellisé «zéro énergie» en France. Il consomme 24 kWh/ m2/an, soit environ quatre fois moins que la moyenne des écoles françaises. Et le peu d'énergie dont l'établissement a besoin est couvert par 700 m2 de cellules solaires photovoltaïques installées en toiture. D'une capacité estimée à 80 000 kWh par an, cette source d'électricité solaire est, par ailleurs, réinjectée dans le réseau EDF au prix de 55 centimes d'euro le kWh. Elle apporterait à la commune une recette de près de 4 4 000 euros. Un gain non négligeable qui permettra, à moyen terme, d'amortir le surcoût de l'investissement. Car, en effet, ce dernier s'est élevé à pas moins de 5,17 millions d'euros. A ce titre, la commune a dû débourser 1 852 euros/m2 pour réaliser cette école, au lieu de 1 500 euros/m2 pour un projet classique construit sur le même site. Ce surcoût est généré, entre autres, par les panneaux photovoltaïques. Cette part importante du budget s'élève à 500 000 euros. « Ce choix politique n'a pas été facile, relate Jean-Pascal Delonne, maire adjoint aux affaires scolaires de Limeil-Brévannes. Il a fallu expliquer et défendre les surcoûts induits, auprès de la population, et, également, auprès de certains élus. » Autre difficulté rencontrée: les démarches administratives. « Mimai, l'installation photovoltaïque était physiquement reliée au réseau, mais il manquait toujours la signature du contrat d'achat d'électricité entre EDF et la ville de Limeil-Brévannes. » C'est dire la complexité d'une telle démarche. Même si elle a le mérite d'avoir été accomplie.