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Le nettoyage en journée lave-t-il plus blanc?

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Objet de débat en 2008 entre les donneurs d'ordres et les prestataires du secteur, le nettoyage diurne dans les entreprises faisait alors polémique. Certains grands groupes comme L'Oréal ou Danone l'ont depuis expérimenté. Quel bilan en tirer deux ans après? Quels sont les freins qui demeurent?

« Bilan mitigé » pour certains, «projet resté lettre morte» pour d'autres. Deux ans après les réflexions et les pistes amorcées par différents groupes de travail sur la prestation de nettoyage en journée, les initiatives de grands donneurs d'ordres tels que L'Oréal et Danone perdurent, sans toutefois avoir fait beaucoup d'émules. Mais les choses pourraient changer. Car la circulaire du 3 décembre 2008 relative à l'exemplarité de l'Etat en matière de développement durable dans le fonctionnement de ses services et de ses établissements publics a pour objectif en 2012 d'atteindre 40 % des horaires de travail en journée dans les marchés publics de prestations de nettoyage.

Miguel Gomes, dirigeant de la société de nettoyage Serviclean et administrateur à la Fédération des entreprises de propreté (FEP) Ile-de-France, qui a déjà expérimenté cette organisation dans son entreprise, déclare: «En soi, le travail en journée n'est pas polémique. Les entreprises françaises n'y sont tout simplement pas habituées. » Ce type de nettoyage s'applique aux lieux publics, où le visiteur doit avoir une impression de propreté tout au long de la journée, ou encore aux zones dites «sensibles» ou confidentielles, au sein desquelles les agents d'entretien doivent être surveillés. Miguel Gomes voit tout de même une évolution positive, avec «des demandes en hausse depuis un an à un an et demi». Pour Paul-Georges Benedetti, directeur associé et ingénieur en hygiène d'entreprise chez Qualigiène Consulting, «les allégements de charges du temps partiel n'encouragent pas les entreprises à effectuer le choix du nettoyage en journée, ni à embaucher des agents à temps plein. » Afin de mettre en place ce type de prestation, Paul-Georges Benedetti préconise de réaliser un test grandeur nature et de fixer un plan de progrès et des objectifs chiffrés. « Cette expérimentation avec l'entreprise de nettoyage doit être réalisée sur le et long termes», affirme-t-il.

Retours d'expériences

Au cours du second semestre 2008, Danone a testé l'entretien en journée dans ses locaux situés à Saint-Ouen. Qu'en reste-t-il aujourd'hui? Cette prestation s'est étendue à l'ensemble des sites d'Ile-de-France du groupe. Les locaux de Paris (d'une superficie de 12 000 m2), de Saint-Ouen (avec ses 18 000 m2), et enfin de Palaiseau (avec ses 30000 m²), sont passés en travail de jour avec le prestataire GSS. «Nous avons établi un plan de progrès avec la mise en place d'indicateurs. Parallèlement, il a fallu communiquer auprès de nos salariés. Nous sommes allés jusqu'à solliciter des ergonomes sur des éléments précis comme les aspirateurs, car le bruit est le point noir du nettoyage en journée», explique Manuel Martins, responsable des services généraux du leader agroalimentaire. Le cahier des charges précise que l'aspirateur doit être passé avant 8 heures, tandis que les autres interventions seront effectuées en fonction des rythmes de travail des collaborateurs. Chaque agent d'entretien est responsable d'une zone bien définie et travaille de 6 heures à 13 heures. Cette répartition par zones leur permet de connaître précisément les horaires et habitudes de travail des salariés de Danone. Chez L'Oréal également, l'expérience tentée en 2008 semble avoir fait ses preuves. «Aujourd'hui, 60 % du bâtiment bénéficient de prestations de propreté en journée, se félicite Michel Forget, directeur du site L'Oréal de Saint-Ouen (DPGP). Les réactions des salariés ont été diverses à ce sujet. Avec du recul, leur ressenti est celui d'un travail mieux fait. Ils sont, par exemple, sensibles à la propreté permanente des blocs sanitaires en journée. »

Paul-Georges Benedetti, Qualigiène Consulting

« Le travail de jour doit être expérimenté sur le moyen et le long termes avec l'entreprise de nettoyage. »

Une formation spécifique pour les prestataires

Testé en premier lieu dans les locaux du cinquième étage du site, le nettoyage en journée va se déployer en ce début 2011 sur les autres étages. La superficie entretenue par le prestataire ISS passera alors à 25 000 m2 pour des interventions entre 7 heures et 14 heures. Les travaux bruyants, comme le passage de l'aspirateur ou le vidage des corbeilles, seront réalisés le matin avant l'arrivée des collaborateurs ou à l'heure du déjeuner. En complément des tâches de nettoyage, les 17 agents de propreté effectueront de petits travaux, tels que la distribution d'objets, de brochures d'information sur chaque poste de travail du personnel ou encore la préparation et la remise en état des salles de réunion. Pour l'instant, les autres sites de L'Oréal n'ont pas encore adopté cette démarche. Mais cette expérimentation grandeur nature à Saint-Ouen devrait être un «accélérateur à la généralisation », conclut Michel Forget.

La gêne ou les difficultés relationnelles qu'éprouvent parfois les agents de nettoyage vis-à-vis des collaborateurs de l'entreprise peuvent être résolues par la mise en place de formations aux règles de bon usage de la vie en société. Démarche de formation souhaitée, entre autres, par Danone auprès de son prestataire et, plus généralement, proposée par la FEP.

@ FOTOLIA / SOUPSTOCK

Expérience
Crédit Mutuel: des zones de travail bien définies

Sur les conseils du cabinet Expense Reduction Analysts, le Crédit Mutuel a redéfini son cahier des charges début 2010. «Nous n'y avons pas mis la propreté en journée spécifiquement en exergue mais d'autres pistes de réflexion, comme le tri du papier», explique Jean-Paul Gonnet, directeur des services généraux et de l'immobilier de la caisse fédérale Crédit Mutuel Maine-Anjou, Basse-Normandie. Le choix s'est porté sur Spid Laval, une entreprise de nettoyage locale, pour l'entretien du siège de Laval, constitué de deux bâtiments d'une superficie totale de 10000 m2 où travaillent 350 collaborateurs. Ainsi, huit agents d'entretien nettoient du lundi au vendredi et assurent quelques permanences le samedi. Une première personne est affectée à l'entretien des locaux de 6 heures à 8 h 15, deux personnes travaillent de 9 heures à midi et une autre de 14 heures à 20 heures. Enfin, trois autres agents prennent le relais de 17 h 45 à 20 h 45. «Les zones de travail sont bien définies et l'aspirateur est passé quand les collaborateurs sont absents. Les sanitaires sont entretenus au fil de la journée. Les autres travaux réalisés en journée se situent au restaurant et dans le hall d'accueil. En raison de la fréquentation du public, ce dernier est nettoyé deux fois par jour», détaille Jean-Paul Gonnet. Cette démarche de nettoyage en journée n'était pas systématique à la caisse fédérale du Crédit Mutuel. Néanmoins, les services généraux souhaitent poursuivre l'expérience. «Il est plus facile de communiquer sur la propreté en journée en cas de changement de prestataire », conclut le directeur services généraux et immobilier.

Crédit Mutuel

ACTIVITE
Banque et assurances


VOLUME D'ACHATS 2009 HORS PRODUCTION
Achats gérés dans l'environnement Crédit Mutuel - CIC national Budget ménage siège Laval: 140 000 Euros Budget ménage réseau: 1 800 000 Euros


EFFECTIF TOTAL
1 600 salariés dont 350 au siège


EFFECTIF ACHATS HORS PRODUCTION
1 personne en temps partiel

Mot clés :

Marie-Amélie Fenoll