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Le bureau du futur, entre bien-être et high-tech

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Point d'attache des collaborateurs à l'entreprise, le bureau ne cesse d'évoluer au gré des mutations organisationnelles et technologiques. Tour d'horizon des grandes tendances.

Productivité, bien-être et nouvelles technologies. Tels seront les trois facteurs qui influenceront l'évolution du mobilier de bureau dans les années à venir, selon Odile Duchenne, directrice générale d'Actineo, l'observatoire de la qualité de vie au bureau. «L'accent sera particulièrement mis sur les deux premiers points», précise cette dernière. En effet, les salariés sont de plus en plus sensibles au choix du mobilier. Une donnée que les professionnels doivent prendre à bras-le-corps. «Demain, beaucoup de sociétés seront confrontées à des problématiques de recrutement, indique Odile Duchenne. A intérêt et salaire égaux, le futur collaborateur prendra en considération l'aménagement et le mobilier, reflets de l'esprit de l'entreprise.» Un nouveau critère qui suppose des investissements, à l'image de ceux effectués par les centres d'appels. Ces derniers ont, en effet, consenti de gros efforts pour leurs téléopérateurs qui restent assis durant des heures devant leur écran, pendus au téléphone. Aux acheteurs de mobilier de délier, ou non, les cordons de la bourse. «Ces aménagements sont décisifs pour améliorer la productivité», analyse Ewa Ybring, cofondatrice de Nordic Design, un importateur de mobilier Scandinave de renom.

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L'exploration de l'intelligence artificielle

Un bureau exposé au musée d'art moderne de New York. C'est l'histoire du Mind'Space, la «station de travail» hélicoïdale développée par Haworth, qui prône l'intelligence artificielle au service du bureau. Ce modèle expérimental, développé il y a quelques années, se concentre sur deux aspects de la cognition: la mémoire et l'attention. L'espace de travail ajuste les mémoires tampons visuelles et acoustiques en détectant les niveaux de concentration. Il filtre les «entrants», tels les appels téléphoniques ou les alertes e-mails selon le projet en cours, l'ordre de priorité ou d'importance.

Les espaces collectifs et individuels repensés

«Demain, les métiers deviendront encore plus transversaux. Les salariés travailleront en mode projet, avec des outils collaboratifs», prédit Odile Duchenne. Ainsi, le développement du nomadisme influencera fortement l'évolution du bureau. Deux nouveaux types de collaborateurs font déjà progressivement leur apparition: les «nomades», qui travaillent à l'extérieur de l'entreprise, mais qui assistent aux réunions, et les «mobiles», qui font partie des équipes projets transversales et se déplacent au sein de l'entreprise. «Le salarié est de moins en moins présent dans les locaux de l'entreprise. Cela libère des mètres carrés», explique Odile Duchenne. Et le coût du mètre carré, en forte inflation dans les villes, incite également à la restriction des espaces privés, au profit des lieux publics de travail. Cette donnée va amener les entreprises à ne plus concevoir un espace pour un individu, mais, au contraire, à généraliser l'open space. Le phénomène est, d'ailleurs, déjà à l'oeuvre. «La conception «un métier, un bureau» est dépassée.», précise Odile Duchenne.

Les espaces prives ne seront pas pour autant abolis. Le cas d'Andersen Consulting a créé un précédent. Il y a quelques années, le cabinet d'audit et de conseil avait décidé de supprimer les bureaux dédiés à ses consultants, souvent en déplacement. Ces derniers devaient ainsi, comme à l'hôtel, réserver un bureau dans l'entreprise, les privant ainsi d'un espace de travail privé. Cette expérience avait suscité la colère des salariés, Andersen avait donc dû faire machine arrière. «Même si l'on tend vers le télétravail, il faut bien qu'à un moment les commerciaux ou les consultants reviennent «à la maison», pour cultiver le sentiment d'être intégré à la communauté de V entreprise», glisse Odile Duchenne (Actineo). Dans l'open space du futur, le bureau de chaque collaborateur devra donc être davantage «privatisé». «Les entreprises devront prendre en compte un certain nombre de facteurs pour que chaque bureau soit personnalisable: l'acoustique, la décoration, les lampes avec un éclairage soft, du rangement de proximité, etc.», reprend Odile Duchenne. Par ailleurs, l'espace vital minimum pour le salarié est de 10 m2. Or, aujourd'hui on constate encore fréquemment qu'il ne dispose que de 7 m2. Les entreprises ont encore des progrès à faire dans ce domaine.

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La digitale yourte, refuge dans l'open space

La digitale yourte de Steelcase, une sorte de petit cocon aux allures de tente mongole, permet de réunir une équipe de travail et de l'isoler au beau milieu d'un open space. Des capteurs sensoriels indiquent qu'elle est occupée et sa table basse se transforme en paperboard rond. L'isolation physique se couple à une isolation phonique grâce à des matériaux qui absorbent les bruits parasites, tel le feutre.

Vers plus de polyvalence

Dans cette nouvelle configuration de l'espace de travail, le challenge sera donc de trouver un juste équilibre entre l'espace privé et la nécessaire ouverture aux autres pour favoriser la communication. En termes de mobilier, cela signifie par exemple que les cloisonnettes doivent être utilisées avec parcimonie pour ne pas entraver la communication entre les services. «Plusieurs études démontrent que les cloisons trop hautes et complètement fermées sont peu appréciées des collaborateurs, qui n'entendent même pas si quelqu'un approche de leur bureau pour leur parler», raconte Ewa Ybring (Nordic Design). La parade peut consister à choisir des cloisonnettes ajourées, ou à mi-hauteurs, de sorte que l'on puisse voir au-dessus.

Autre espace à revisiter: la salle de réunion. Emblème de ces mutations, elle devient ainsi de plus en plus polyvalente. «Les formats de salle de réunion devraient se multiplier pour accueillir les petits groupes de travail aussi bien que les équipes plus étoffées, assure Odile Duchenne. Ces espaces serviront également pour les sessions de formation et seront équipés d'une tribune pour accueillir des événements ou présenter des produits.» Par exemple, PSA propose déjà une vaste salle de réunion multiusage où 100 personnes peuvent se tenir debout pour assister à des événements.

FOCUS
NEO 1.0: la technologie au service du collaborateur

Le NEO 1.0 (Next Experience Office) est un véritable concept-bureau, «qui pense la technologie comme un outil au service de l'homme et propose des solutions techniques et design vers l'idéal d'un confort de travail inégalé parce qu'individualisé«, selon Samas. Le bureau est un condensé de technologies: lecteur d'empreintes intégré, profil ergonomique s'adaptant à la morphologie de l'utilisateur, éclairage personnalisé du poste de travail, souris sans fil et clavier laser bluetooth, écran plat à haute définition mobile, dernières technologies de webcam et visioconférence...

1 - Ecran de travail mobile sur rail, intégré sous la structure


2 - Cheminement de câbles intégré au plateau


3 - Accès sécurisé à l'ordinateur portable avec station d'accueil


4 - Plateau avec traitement acoustique


5 - Clavier hologramme


6 - Panneaux lumineux avec possibilité de changer la couleur de l'éclairage


7 - Lampe de bureau intégrée


8 - Module d'identification digitale intégré au plateau


9 - Souris sans fil avec rechargement à induction sous plateau


10 - Pieds réglables en hauteur électroniquement

Les lieux de détente au centre des attentions

Le développement du travail transversal donne une nouvelle importance aux espaces de convivialité dans l'entreprise. Confort et détente seront donc les maîtres mots de ces lieux du futur, pour stimuler la motivation et la compétitivité. «Face à la généralisation de l'open space, les attentes par rapport à ces lieux se renforceront, obligeant l'entreprise à aménager des zones de détente», prédit Odile Duchenne (Actineo). Restaurants d'entreprise ou cafétérias deviendront lounge, plus cosy, voire luxueux. Cette mutation est, d'ailleurs, déjà en route, comme l'illustre l'exemple de la cafétéria PSA à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), où des cloisonnettes découpent l'espace en mini-salles. «On se croirait dans un restaurant privé en ville», remarque la directrice générale d'Actineo. De manière générale, la décoration sera donc particulièrement soignée dans ces espaces publics comme la cafétéria, la salle de repos ou la salle de gymnastique. Les cloisons seront vitrées pour laisser pénétrer la lumière, les lieux de circulation seront vastes et la signalétique soignée. Mais quoi qu'il arrive, l'entreprise devra veiller à ce que lieux publics et privés soient en harmonie, afin que le collaborateur ne se sente pas perdu en passant de l'un à l'autre. Ewa Ybring (Nordic Design) prévoit également que, à l'instar de certains pays du Nord, le débat sur la sieste au bureau s'ouvre dans les entreprises. De nouveaux espaces pourraient donc être créés.

Côté mobilier, là aussi, des changements sont à venir. «En France, on parle encore d'ergonomie à l'ancienne: préserver sa colonne vertébrale ou veiller à son soutien lombaire. Ce débat est déjà clos en Scandinavie», remarque Ewa Ybring (Nordic Design). Dans ces pays, 90% des tables de travail sont, en effet, réglables en hauteur, permettant une meilleure productivité pour le salarié, qui adapte ainsi le mobilier à son activité: écriture sur papier, visioconférence, travail sur ordinateur... Les matériaux et le mobilier du futur seront également tournés vers l'acoustique, afin de limiter les bruits parasites, comme le téléphone.

Si l'univers du mobilier de bureau est plus innovant qu'il n'y paraît, les ergonomes restent toutefois très vigilants face aux nouveaux concepts proposés par les designers. Dans une interview disponible sur le site d'Actineo, Thomas Vallette, ergonome au sein du CTBA (Centre technique du bois et de l'ameublement), estime ainsi qu'il serait utopique de penser que les designers peuvent cerner toutes les problématiques liées au monde du travail. «Notre rôle est notamment d'accompagner les designers dans la formalisation et la modélisation des concepts qu'ils proposent», précise-t-il. Pour ce dernier, les espaces de bureau ne sont pas assez conçus et aménagés en fonction de l'utilisateur final. «Pour les ergonomes, la qualité de vie au bureau implique que l'individu soit au coeur de la conception des systèmes et des situations de travail, ajoute-t-il. Les vraies innovations doivent avant tout permettre de régler les problèmes des utilisateurs.» Cela dit, Thomas Vallette ne part pas en guerre contre les designers, bien au contraire: «Les designers posent de vraies questions sur le monde du travail et ce sont ces questions qui les ont amenés à formuler des propositions concrètes pour aménager les bureaux de demain.» Le pôle Ameublement du CTBA dispose d'ailleurs d'une cellule chargée d'accompagner les fabricants de mobilier de bureau et les designers dans leur démarche d'innovation.

Cloison Outline de Gàrsnàs, pour une ambiance «cocooning», qui facilite la communication et définit l'espace propre à chacun. Sa structure ne bloque pas la luminosité.

Cloison Outline de Gàrsnàs, pour une ambiance «cocooning», qui facilite la communication et définit l'espace propre à chacun. Sa structure ne bloque pas la luminosité.

L'impact croissant des nouvelles technologies

Enfin, le chantier des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) est plus que jamais présent. Les salariés nomades ou mobiles du futur disposeront d'un ordinateur portable avec reconnaissance digitale et webcam intégrée pour les visioconférences. Les bureaux gagneront en espace en n'accueillant plus, ou presque plus, les ordinateurs fixes avec unité centrale. Selon Ewa Ybring (Nordic Design), une première étape a déjà été franchie, lorsque le plateau dédié au clavier a été supprimé. Les claviers bluetooth, projetés par hologrammes sur le bureau, sont déjà commercialisés. Parmi les autres changements à venir: la généralisation du sans fil, afin d'enrayer la multiplication des câbles. Déjà, le projet NEO 1.0 de Samas combine induction et concentration de technologies pour ne proposer qu'un seul câble pour l'ensemble des connexions, qui relie le bureau au système d'information de l'entreprise. Câble que la R&D essaie même de supprimer... Une tendance à la simplification de l'espace de travail qui ne fait que commencer.