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Le TGV à l'heure de l'éco-mobilité

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Le TGV est fréquemment présenté comme une alternative écologique à l'avion ou à la voiture. Mais ce mode de transport est-il si «vert» que cela? C'est ce que nous avons essayé de savoir en interrogeant des experts et les acteurs en présence. Eléments de réponse.

@ RFF PHOTO LAB SERVICES

A en croire l'éco-comparateur de Voyages-sncf.com, il n'y aurait pas photo entre le TGV, l'avion et la voiture en matière d'écomobilité. Sur un trajet Paris-Marseille, le site annonce en effet 22 kg d'émissions de CO2, contre 182 kg pour l'avion et 339 kg pour la voiture. Pour Nicolas Dermesropian, directeur associé de Trafalgare, un cabinet spécialisé dans les études relatives aux grands projets d'infrastructures de transport, le TGV se distingue effectivement par des émissions polluantes beaucoup plus faibles que les autres modes de déplacement. «Il ressort des bilans carbone qu'un voyageur circulant en TGV génère 100 fois moins d'émissions de CO 2 par kilomètre parcouru qu'une personne qui voyage seule dans sa voiture. Et pour l'avion, on estime que le ratio est de 30. » Pour Christophe Drezet, directeur associé d'Epsa, un cabinet spécialisé dans l'optimisation des achats hors production, les vertus du TGV en matière d'éco-mobilité ne se limitent pas à l'impact environnemental. «Si les entreprises privilégient aujourd'hui le TGV à la voiture ou à l'avion pour leurs voyageurs d'affaires, c'est que celui-ci se révèle aussi être le moyen de transport le moins risqué, et qui permet en même temps de voyager utile. Le temps de travail pour un collaborateur qui voyage entre Paris et Londres est en effet trois fois plus important en train qu'en avion. »

Si le TGV semble donc avoir pris une longueur d'avance sur tous les autres modes de transport en matière d'écomobilité, ce n'est pas uniquement grâce aux avantages naturels de ce mode de déplacement. C'est aussi parce qu'une politique volontariste a été engagée et qu'elle démarre très en amont, lors de la construction des lignes à grande vitesse. «Sur le tracé Rhin-Rhône qui a été mis en service l'année dernière, dès la phase d' études qui a démarré en 1992, nous avons intégré les enjeux environnementaux et sociétaux, rappelle Anne Petit, responsable du service environnement à la direction régionale Bourgogne Franche-Comté de Réseau ferré de France (RFF). Autant que faire se peut, nous avons cherché à nous éloigner des zones protégées et habitées. Et lorsque ce n'était pas possible, nous avons mis en place des mesures compensatoires. Nous avons également innové en lançant un programme d'actions supplémentaires en faveur de la biodiversité d'un montant de 4,57 MEuros. »

Réduire les émissions de CO2 de 30 %

Depuis 2007, la SNCF s'est, elle aussi, engagée dans une démarche de développement durable, avec pour objectif de réduire ses émissions de CO2 de 30 % pour le trafic voyageurs à horizon 2020. Un programme d'économies d'énergie incluant 19 actions a été lancé et les équipes R&D n'ont de cesse d'améliorer l'efficience énergétique des matériels et des bâtiments. « Tous nos conducteurs sont par ailleurs formés à l'éco-conduite, complète Vanessa Créquer, directrice de la Mission engagements solidaires de la branche SNCF Voyages. Nous avons également beaucoup travaillé sur la préparation des trains à distance, les TGV en stationnement constituant l'un des gros postes de consommation d'électricité. »

En parallèle, la SNCF multiplie les initiatives visant à encourager l'éco-mobilité. Elle vient, par exemple, de lancer en partenariat avec Avis la première offre 100 % électrique train + location de voiture sur l'axe Paris-Marseille. «Pour inciter les voyageurs à tester cette offre, souligne Sonia Barrière, directrice marketing d'Avis, nous pratiquons les mêmes prix que pour un véhicule thermique, Avis prenant en charge le surcoût sur l'achat des véhicules. De plus, le client économise le plein de carburant. » Si l'expérimentation se révèle positive, le service pourrait s'étendre à d'autres lignes, a priori à la fin de l'année...

Côté iDTGV, la filiale de la SNCF, on encourage aussi l'éco-mobilité à travers le nouveau service «Auto Train by iDTGV». D'ores et déjà disponible dans les gares de Lyon, Bordeaux, Toulouse, Biarritz, Marseille, Toulon et Nice, ce dispositif rappelle à quelques nuances près l'offre Auto Train de la SNCF qui existe, elle, depuis 1957. Quand Auto Train se préoccupe uniquement de l'acheminement du véhicule de gare à gare, «Auto Train by iDTGV» intègre la prestation d'un voiturier, qui vient enlever et rapporter la voiture au domicile du collaborateur ou à son entreprise. «D'après nos estimations, confie Georges Maltese, directeur d'Auto Train, un trajet Paris-Nice avec »Auto Train by iDTGV» génère 11 kg d'émissions de CO2, contre 144 kg pour le même trajet en voiture. Et en comparant nos tarifs, nous sommes en moyenne 23 % moins cher que la voiture. »

Vanessa Créquer, SNCF Voyages

«En octobre 2013, l'affichage environnemental sera obligatoire avant l'achat du billet.»

Un avantage concurrentiel

iDTGV s'est également associé à Navendis pour lancer il y a un an un service de navettes partageables. «Lors de la réservation du billet iDTGV, en fonction de l'adresse de départ ou d'arrivée indiquée, le logiciel développé par Navendis va rechercher les personnes situées dans le même périmètre susceptibles de partager la navette, explique Frédéric Biard, directeur général adjoint d'iDTGV En sachant que plus il y a de passagers dans la navette, plus le prix baisse. »

Enfin, en affichant sur voyages-sncf.com, bien avant l'obligation légale, les émissions de CO2 générées par ses TGV, en les comparant avec l'avion et la voiture, la SNCF montre qu'elle entend bien pousser un peu plus loin son avantage concurrentiel dans ce domaine. «En octobre 2013, l'affichage environnemental sera obligatoire avant l'achat du billet. Nous travaillons actuellement à son déploiement sur tous nos canaux de réservation, avec la volonté d'affirmer nos performances sur toutes ces questions d'éco-mobilité», conclut Vanessa Créquer.

zoom. En Europe aussi, les trains se mettent à rouler vert...

Les alliés du TGV en Europe, regroupés au sein de l'Alliance Railteam ont eux aussi engagé des initiatives visant à renforcer l'éco-mobilité. Deutsche Bahn a ainsi mis en ligne sur son site internet un éco- comparateur qui permet de calculer les émissions de CO2 générées par ses trains à grande vitesse, en les comparant à l'avion et à la voiture. La compagnie allemande permet aussi aux sociétés de voyager sans émettre de CO2, en achetant pour elles de l'énergie à partir de sources 100 % renouvelables.
Les trains à grande vitesse Fyra, qui circulent en Belgique et aux Pays-Bas, sont, eux, presque entièrement conçus en aluminium, ce qui les rend encore plus légers et moins consommateurs d'énergie. Ils répondent également aux normes les plus sévères en ce qui concerne les émissions de bruit et seront prochainement équipés d'instruments qui permettront de surveiller et réduire la consommation d'énergie. Enfin, du côté d'Eurostar, après un audit mené à l'échelle de l'ensemble de l'entreprise, un plan d'action «Voyage vert» a été initié. Objectif: réduire de 25 % les émissions de carbone. Pour y parvenir, dix points ont été identifiés, articulés autour de trois grands thèmes: la réduction de la consommation, la gestion de l'approvisionnement et le recyclage de tout ce qui est utilisé ou produit...