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La sécurité des voyageurs en question

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Les nouvelles mesures de sécurité dans les aéroports vont-elles à rencontre des intérêts des voyageurs d'affaires? Si l'interdiction des produits liquides dans les bagages à main en fait gausser certains, il s'agit sans doute d'un mal pour un bien. Le rail s'y met aussi, avec l'arrivée annoncée, dans les TGV, de la vidéosurveillance embarquée.

@ Fotolia

La Commission européenne en aurait- elle après les voyageurs d'affaires? Si les travel managers ne peuvent pas en vouloir à Bruxelles de renforcer les mesures de sécurité dans les aéroports et dans les avions, certains se demandent toutefois si la Commission n'a pas, cette fois-ci, poussé le bouchon un peu trop loin! En effet, depuis le 6 novembre 2006, les voyageurs ne peuvent plus emporter à bord les produits liquides, gels, pâtes et autres aérosols dont le contenant (bouteille, pot, tube) est égal ou supérieur à 100 ml. Lorsque le contenu est inférieur à ce chiffre, ces mêmes produits doivent être transportés dans une poche plastique fermée, de type sac de congélation. Ces restrictions concernent également les produits vendus en duty-free qui seront placés dans un sac scellé et remis au passager avant son embarquement. Sur un autre plan, la Commission européenne impose désormais que les voyageurs retirent leurs manteaux et vestes avant de passer sous les portiques de sécurité, des mesures qui étaient déjà pratiquées par Aéroports de Paris (ADP). Bonne nouvelle tout de même pour les voyageurs d'affaires: les ordinateurs restent autori sés en cabine, mais devront être systématiquement sortis des bagages à main et soumis séparément aux rayons X lors des contrôles de sécurité.

Gloss et mousses à raser interdits dans les avions

 

Si les mesures de restrictions concernant les produits liquides dans les avions peuvent prêter à sourire, celles-ci risquent de poser des problèmes au quotidien. Par exemple, alors que les cosmétiques solides, de type rouge à lèvres, restent autorisés, les «gloss» sont désormais soumis aux mêmes restrictions que tout autre produit liquide! Les voyageuses d'affaires apprécieront. Les hommes ne sont pas en reste puisque les gels et mousses à raser sont officiellement interdits dans les bagages à main. Dans la pratique, les agents de sécurité devraient faire preuve d'une certaine mansuétude.

D'une manière générale, lors d'une correspondance vers un aéroport européen, un passager ne sera pas autorisé à emporter en cabine des produits liquides ache tés dans un aéroport non soumis aux règles de l'Union européenne. Les vols en provenance des Etats-Unis font cependant exception, les mesures européennes et américaines de sécurité étant considérées comme équivalentes. Outre- Atlantique, les voyageurs devaient déjà conserver les produits liquides de petites quantités dans des sacs transparents.

Autre dérogation: les médicaments. Ces derniers, qu'ils soient sous forme de liquide ou de crème, sont autorisés, quelle que soit leur contenance. Il est cependant conseillé de se présenter muni d'une ordonnance ou d'une prescription médicale à son nom lors des contrôles de sécurité. La Commission européenne autorise en effet les agents de sécurité à demander au passager de goûter le médicament liquide prescrit! Bien évidemment, cette dernière mesure ne s'applique pas aux flacons pour nettoyer les lentilles de contact. En revanche, ce type de produit devra se conformer à la nouvelle réglementation.

Les aéroports de Paris sous surueillance

Fin 2005, près de 3 000 caméras de vidéosurveillance étaient déjà en place dans les aéroports parisiens. Mais Aéroports de Paris (ADP) ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. L'objectif est en effet d'atteindre le chiffre de 5 000 caméras d'ici à la fin 2007 et de 7 000 caméras fin 2008. Jusqu'à présent, la priorité avait été donnée à l'équipement des postes d'inspection filtrage (Pif), soit 450 caméras, et à la sécurisation des opérations de transport de fonds dans les aérogares. Au final, près de 300 caméras extérieures permettaient de couvrir une très grande partie des zones publiques dans les aérogares. Mais la direction de la sûreté et des préventions d'ADP a visiblement jugé que ce dispositif n'était pas suffisant. Les motivations de l'entreprise chargée de l'exploitation des aéroports parisiens sont multiples. Il s'agit de se montrer plus réactifs devant tout événement affectant la sécurité des sites et renforcer l'efficacité de la sûreté.


D'autres projets sont à l'étude et pourront être lancés pour renforcer les contrôles, la lutte contre les vols et la sécurité des biens et des personnes. Concernant ce dernier point, Aéroports de Paris déploie progressivement, dans l'ensemble de ses parcs de stationnement, une technologie innovante de vidéosurveillance permettant le rapprochement entre ticket d'entrée, immatriculation et type de véhicule, dans le but de lutter contre les vols de voitures. Une mesure que les voyageurs d'affaires, qui déposent régulièrement leur véhicule de fonction dans les parkings prévus à cet effet, apprécieront. Enfin, d'autres études sont menées pour équiper les zones de traitement bagages et zone de fret.

4 350

Aujourd'hui, on dénombre sur les aéroports parisiens près de 4 350 personnes. Lors des 5 dernières années, les effectifs dédiés à la sûreté ont doublé.

De nouveaux portiques de sécurité dans les aéroports

 

La sécurité dans les aéroports ne date pas d'hier. Il est cependant indéniable que celle- ci s'est renforcée depuis le 1 1 septembre 2001 . Les attentats du World Trade Center ont d'ailleurs eu des répercussions négatives sur le marché des voyages d'affaires, avec une baisse d'activité entre 2001 et 2003 (- 3,5% selon le baromètre American Express voyages d'affaires). Entre 2001 et 2005, Aéroports de Paris a investi plus de 244 millions d'euros dans le domaine de la sécurité. Créée en 2002, la direction de la sûreté et des préventions a progressivement étendu son champ d'action à la gestion des crises, à la prévention et la protection sanitaire et, enfin, à la sécurité incendie. Lors des cinq dernières années, les effectifs de sûreté ont doublé. On dénombre aujourd'hui près de 4350 personnes sur les sites parisiens. En mars 2006, l'aéroport d'Orly obtenait la certification ISO 9001 version 2000 pour ses activités liées à la sûreté. Une démarche similaire est envisagée pour l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle.

La direction d'ADP semble en tout cas consciente que les nouvelles mesures de sécurité ont entraîné quelques désagréments pour les passagers, en particulier pour les voyageurs d'affaires. «La rigueur accrue dans la surveillance de nos aéroports, ainsi que le contrôle des bagages et des passagers, a pu conduire à une augmentation des contraintes pour les voyageurs. Cependant, des sondages montrent que ceux-ci ont toujours fait preuve de compréhension. Le taux de satisfaction pour l'inspection et le filtrage des passagers et de leurs bagages à main est supérieur à 78% dans tous nos aérogares», indique la direction de la communication d'ADP.

Pour optimiser la qualité de services des Postes d'inspection filtrage (Pif), et notamment la rapidité du contrôle des bagages et des passagers, ADP a investi dans des machines de détection de traces d'explosifs mobiles. Ces appareils, baptisés IONSCAN, permettent de repérer avec précision des traces infimes (nanoscopiques) d'explosifs sur une lingette, «pour un temps d'analyse n'excédant pas dix secondes», selon ADP. On dénombre actuellement 163 machines de ce type sur les aéroports parisiens. D'autres solutions sont à l'étude, à l'image de portiques détecteurs de traces d'explosifs. Ici, seule la méthode de détection est différente. Une fois le passager dans le sas, des jets d'air décrochent d'infimes particules qui sont aspirées puis analysées. Cette méthode de prélèvement, totalement automatique et sans contact, est donc moins intrusive pour le passager. Le contrôle se révèle un peu plus long, de l'ordre de quinze secondes. Petit avantage: l'inspection radioscopique du bagage à main s'effectue en parallèle.

ADP

Le taux de satisfaction pour l'inspection et le filtrage des passagers et de leurs bagages à main est supérieur à 78% dans tous nos aérogares.

Bientôt la vidéosurveillance à bord des TGV

 

Le renforcement des contrôles de sécurité, bien que nécessaire, ne joue pas en faveur des compagnies aériennes. De plus en plus de voyageurs d'affaires préfèrent d'ailleurs prendre le rail, dont la part dans les budgets voyages des entreprises est passée de 10% en 1993 à 19,5% en 2006 (source: baromètre American Express voyages d'affaires). D'abord parce que les trains à grande vitesse ont considérablement réduit la durée des trajets. Mais aussi, d'une certaine manière, parce que la SNCF et ses filiales ne sont pas soumises à une réglementation aussi stricte en matière de sécurité. Si le plan Vigipirate est en vigueur dans les gares, l'étiquetage des bagages dans les wagons n'est obligatoire que depuis 2005. En revanche, pas de contrôle de sécurité sur les quais, pas de portique détecteur de traces d'explosifs, pas d'inspection radioscopique des bagages. Certains diront qu'il est impossible de détourner un train. Certes, mais il est toujours aussi facile d'y placer une bombe.

Toutefois, le problème de la sûreté des voyageurs n'est pas occulté par les acteurs du rail. Le volet sécurité est ainsi l'un des quatre axes-clés d'un programme lancé, en décembre dernier, par Réseau Ferré de France, Alstom et la SNCF. Intitulé «l'Excellence Française de la Très Grande Vitesse Ferroviaire», ce programme prévoit notamment la mise en place progressive de la vidéosurveillance à bord des TGV. De même, la sécurité aux abords des voies devrait être renforcée pour éviter que des organisations terroristes ne menacent de placer des bombes sur les trajets à grande vitesse. Le rail est le moyen de locomotion le plus sûr et compte bien le rester.

Bon à savoir

- En France, les passagers des compagnies aériennes peuvent emporter un bagage en cabine pour un poids maximal de 5 kg par personne. Une harmonisation au niveau européen est cependant en cours. Les nouvelles dispositions devraient être dévoilées et applicables à partir de mai 2007.

Mot clés : Sécurité |

Sébastien de Boisfleury