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La formation continue passée au crible

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Remise à niveau, perfectionnement professionnel, apprentissage de nouveaux outils... La formation continue est un «mal nécessaire» pour nombre d'acheteurs désireux de booster leur carrière. Mais comment faire son choix parmi les modules existants? Et quelle est leur vraie valeur ajoutée par rapport aux formations initiales? Réponses.

@ © GUALTIERO BOFFI - FOTOLIA

Booster les achats responsables, capter l'innovation fournisseurs ou encore maîtriser le risque pays: autant de tâches complexes sur lesquelles les services achats sont aujourd'hui attendus au tournant. Mais pour leur permettre de relever les grands défi s qui les attendent, encore faut-il que les formations continues existantes soient à la hauteur! Proposées par des écoles de choix à l'instar de l'école de management de Bordeaux ou encore l'université Léonard-de-Vinci, sans oublier les cabinets privés, ces formations à la carte, 100 % adaptées aux contraintes horaires des acheteurs en poste, n'ont rien à envier aux cursus en formation initiale. Leur particularité? Faire la part belle aux ateliers pratiques et aux exercices de simulation. Sollicitées par les acheteurs pour des remises à niveau ou des perfectionnements sur des points précis, ces formations peuvent aussi constituer un vrai label pour ceux qui se sont formés sur le tas et qui désirent booster leur carrière. Car ne l'oublions pas: au-delà des formations sur trois jours dans le cadre du Dif, un panel de cursus longs certifiants ou diplômants existe. Tour d'horizon des solutions qui s'offrent à vous.

Les écoles et les universités étoffent leurs programmes

Face à une fonction achats qui évolue sans cesse, les programmes de formation continue des écoles prennent une importance croissante. Nombreux dans l'absolu, ces programmes issus de formations dites d'«excellence» attirent les regards et les candidats. Particularités et singularités de ces cursus.

En évolution perpétuelle, la fonction achats réclame un degré de formation approfondie pour rester dans la course et être à même d'appréhender la complexité des relations qu'elle implique. Pour revendiquer le titre d'«excellence», les écoles doivent avancer des arguments et proposer des cursus de haute tenue. Depuis dix ans, le cabinet d'orientation SMBG, spécialisé dans la préparation des candidatures à l'entrée des grandes écoles et universités, classe les meilleures formations master et MBA de France. Selon ce palmarès, quatre grandes écoles sortent du lot dans la catégorie achats: MAI de Bordeaux, EMI de Lyon, IMA de Vinci et le Desma de Grenoble. Qu'ont-elles finalement en plus et quelles sont les retombées pour les acheteurs?

Les spécificités d'une formation d'excellence

Une formation d'excellence implique d'abord un processus de sélection/admission très strict. En matière de formation continue, les critères d'admission sont basés sur des tests d'arithmétique, de logique, d'évaluation de la syntaxe, de la grammaire, du niveau d'anglais et de culture économique. Globalement, la licence (ou l'équivalent bac+4) est requise avec, en parallèle, la mise en place d'un processus de validation des acquis, en fonction de l'expérience d'encadrement (cinq ans au minimum). Ensuite, le projet de candidature et la motivation du candidat sont examinés par un jury. «Ce dernier accorde une grande importance à l'humilité dont le candidat doit faire preuve au quotidien», précise François Collineau, codirecteur du MBA IMA Ingénierie et Management des achats, du pôle universitaire Léonard-de-Vinci.

Autre spécificité, le volume d'heures réellement consacré au métier achats, comparé à celui dédié à l'enseignement économique, à la culture générale, etc. Selon les acteurs interrogés, entre trois et cinq jours par mois sont mobilisés sur un délai allant de 12 à 16 mois, dans le cadre d'une formation continue. Pour une formation initiale, 400 heures dédiées aux achats sur une année représentent le minimum requis. «Pour l'IMA de Vinci, nous avons mis la barre à 600 heures. 450 heures sont dispensées en présentiel et 150 heures se traduisent par du conseil et des travaux dirigés», explique François Collineau. Analyse fonctionnelle, décomposition de coûts, analyse financière des fournisseurs, relations avec les prescripteurs, plan de productivité avec les fournisseurs... représentent les points principalement abordés lors de ces cursus.

Le niveau de spécialisation des intervenants issus du monde professionnel constitue un autre critère prépondérant pour les formations d'excellence. D'ailleurs, plus que le niveau, il s'agit avant tout pour l'école d'avoir un juste équilibre entre les enseignants de profession et ceux issus du monde de l'entreprise, et notamment du service achats, bien sûr. «L école doit insister sur des programmes pragmatiques basés sur des missions en situation réelle, qui peuvent s'étaler sur 72 heures, trois semaines, voire plus», explique Gordon Crichton, directeur du MAI de Bordeaux. Appelés «pédagogie inversée», les cours doivent être organisés autour de missions confiées aux personnes formées en prise directe avec les entreprises, ce qui sous-entend des attentes et des risques réels. Autre atout qui fait la différence: les partenariats entre les écoles et les entreprises. «Les intervenants veulent à la fois partager leur savoir-faire, tout en attendant un retour d'expérience et des échanges enrichissants, acquis dans les salles de classe. Une formation d'excellence doit finalement être bidirectionnelle», reconnaît François Collineau.

En parallèle, le fonctionnement d'une entreprise avec sa notion de création de business doit être particulièrement mis en avant par les organismes de formation. «Même si le terme business est trop souvent perçu comme tabou en France, il est impératif d'apporter cette culture commerciale achat/vente pour former des gens qui seront au coeur, justement, du business de l'entreprise», poursuit Gordon Crichton. D'autre part, les professeurs intervenants doivent pouvoir expliquer le faisceau de contraintes qui s'appliquent sur les spécificités du métier. «Il ne suffit pas de connaître les outils, il faut les avoir utilisés au quotidien pour maîtriser les ficelles du métier», souligne Arnaud Salomon, directeur du MBA spécialisé IMA de Vinci. Par ailleurs, l'objectif est de mettre l'accent sur les soft skills, c'est-à-dire la capacité à communiquer, à écouter, à gérer les équipes et rendre le relationnel plus souple.

Enfin, la faculté d'adaptation des formations d'excellence ne peut pas être négligée en raison de la grande mutation économique que connaît le secteur des achats. A ce titre, l'IMA de Vinci dispose d'un référentiel en matière d'achats responsables depuis quatre ans, construit autour des axes environnementaux et sociaux, et complété d'indicateurs et de valeurs cibles par secteur.

Des retombées et des perspectives excitantes

Généralement, deux catégories de personnes suivent ces formations. Celles qui souhaitent changer de service, en fonction d'opportunités offertes en interne ou à l'extérieur de l'entreprise. Et celles qui souhaitent monter en compétences mais dont la progression se trouve freinée par l'arrivée de jeunes recrues aux profils plus adaptés. Quel que soit le candidat, les retombées d'une formation sont significatives. Durant l'année de cours, une émulation se crée entre «anciens» et jeunes recrues qui sont riches d'une grande diversité de cultures. En outre, les jeunes aident les «anciens» à s'approprier plus facilement l'univers informatique. «Les personnes issues des formations continues sont très souvent agréablement surprises par l'enrichissement acquis au contact des plus jeunes. Elles sont très souvent remotivées à la sortie de la formation», souligne Gordon Crichton. Une fois le diplôme obtenu, la tentation est grande de postuler à un poste supérieur soit en interne, soit en externe. Avec, à la clé, un bond sur le plan salarial qui oscille entre 10 et 15%. «Le diplôme issu d'une formation continue représente un tremplin et un passeport pour pouvoir se vendre efficacement», rajoute Arnaud Salomon.

Gordon Crichton, MAI Bordeaux

Gordon Crichton, MAI Bordeaux

Par Jérôme Pouponnot

Arnaud Salomon, IMA de Vinci

Arnaud Salomon, IMA de Vinci

Arnaud Salomon, IMA de Vinci

«Il ne suffit pas de connaître les outils, il faut les avoir utilisés au quotidien pour maîtriser les ficelles du métier.»

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Des formateurs à la hauteur


Une formation continue d'excellence ne peut faire l'impasse sur un corps enseignant haut de gamme. Pour obtenir la crème des formateurs, les managers des écoles doivent passer beaucoup de temps au sein des entreprises, condition nécessaire pour se créer contacts et liens, et suivre l'évolution des projets ou tendances du secteur. «Je passe une grande partie de mon temps professionnel avec les managers d'entreprises afin de créer le relationnel nécessaire pour garantir les meilleurs programmes de formation», explique Gordon Crichton, directeur du MAI de Bordeaux. Autre point important, le recrutement des intervenants doit prendre en compte le degré de «passion» dégagé et exprimé par le formateur. En effet, seules les personnes vivant pleinement leur profession peuvent faire partager efficacement les subtilités du métier d'acheteur. Enfin, attirer les meilleurs formateurs sous-entend, pour l'école, de savoir s'adapter aux impératifs professionnels (horaires, réunions impromptues, etc.) des personnes recrutées.

Quid de l'offre des cabinets spécialisés?

Si la formation continue est la spécialité de nombreuses écoles de commerce et universités prestigieuses, certains cabinets de conseil privés n'hésitent pas à surfer sur ce créneau en proposant des modules achats à la carte, diplômants ou non. Panorama de l'offre existante.

Loin d'être l'apanage des universités et des écoles de commerce, les formations continues dans les achats sont aussi la spécialité de certains cabinets de conseil privés. Parmi lesquels Demos, qui propose des offres de formation à la carte en la matière. «Nous privilégions aussi bien des formations généralistes abordant le métier d'acheteur sous toutes ses formes (de l'assistant achats au responsable achats), que des formations dédiées à une famille d'achats spécifique ou à des thématiques-clés telles que la négociation, les outils, le management, etc.», explique Marie-Pierre Blanc-Kerignard, chef de produit, en charge de la conception de l'offre achats chez Demos.

Exclusivement dédiées aux professionnels, ces formations s'adaptent à l'emploi du temps chargé des acheteurs. «C'est pourquoi elles s'étalent, pour la plupart, sur deux ou trois jours. D'une durée de 20 heures, elles sont alors conçues pour être financées dans le cadre du Dif», complète Alain Courtois, directeur régional de Cdaf Formation, filiale de l'EIPM (European Institute of Purchasing Management) 100 % dédiée à la formation continue dans les achats. L'institut Cegos lui aussi propose un panel de formations courtes sur des thématiques pointues du métier d'acheteur: risque fournisseur, marketing achats, etc. «Dès 2013, la part belle sera accordée aux achats responsables, annonce Philippe Petit, manager de l'offre achats chez Cegos, c'est pourquoi cette thématique sera désormais intégrée dans cinq nouveaux modules portant sur les fondamentaux achats.»

Un label pour doper sa carrière

Régulièrement mises au goût du jour pour s'adapter aux évolutions métier, ces formations mêlent cours en présentiel, e-learning et visioconférence. L'intérêt de ce double, voire triple apprentissage? Permettre aux stagiaires de se familiariser, à distance, avec les fondamentaux théoriques et ce, afin de dédier les cours en salle aux ateliers pratiques. «L'e-learning est aussi proposé, au travers d'une dizaine de modules achats d'une demi-heure, pour les stagiaires qui souhaitent une remise à niveau sur des points précis. Il s'agit vraiment d'un soutien ponctuel pour assister l'acheteur dans une mission complexe», explique Marie-Pierre Blanc-Kerignard en rappelant que chaque session est encadrée par un tuteur avec lequel l'acheteur peut communiquer à distance.

Si ces cabinets privés ont fait des formations courtes leur spécialité, ils ne sont pas en reste en matière de formations longues. Bien au contraire! Cegos comme Demos proposent des formations certifiantes de 6 à 14 jours, étalées sur plusieurs mois. Reconnues par la Fédération de la formation professionnelle, elles sont dédiées aux acheteurs formés sur le tas et désireux d'obtenir le «label» qui leur manque. «Ultra-complète, notre formation, forte de sept modules en présentiel et neuf en e-learning balaie tous les aspects du métier d'acheteurs. C'est un vrai label qui booste la carrière des acheteurs en les aidant à progresser en interne comme en externe», explique Marie-Pierre Blanc-Kerignard. Et Philippe Petit d'ajouter: «L'homologation des formations est de plus en plus exigée des acheteurs, car elle constitue une preuve de leur capacité à doper l'employabilité.»

Validation des acquis par l'expérience

Autre formation longue, diplômante cette fois, proposée par Demos, en partenariat avec l'IAE de Lyon: un master II en management des achats. Réparti sur douze mois, il s'adresse aux futurs directeurs achats.

Chez Cegos et Cdaf Formation, les formations diplômantes sont tout autant privilégiées (via des partenariats respectifs avec Grenoble Ecole de Management et l'université de Savoie). Ainsi, ils proposent des cycles longs, visant le niveau bac+4 et bac+5 et plus, avec des horaires aménagés (toutes les deux semaines, du jeudi au samedi). Dans les deux cas, l'obtention du diplôme est conditionnée par un mémoire et une soutenance en fin de parcours, sans oublier une évaluation individuelle et en groupe, toute l'année, sur les différents modules. «Nos formations sont aussi accessibles via la validation des acquis par l'expérience (VAE), rappelle Alain Courtois, ce qui permet aux acheteurs déjà dotés d'un certain nombre d'années d'expérience d'obtenir le diplôme sans assister à tous les cours.» Preuve du succès remporté par ces formations diplômantes: chez Cdaf Formation par exemple, pas moins d'une centaine d'acheteurs en sortent diplômés chaque année, auxquels il faut ajouter une centaine de VAE. La clé d'un tel succès? «Ces cursus font la part belle aux cas pratiques et aux exercices de simulation», répond Alain Courtois. Et d'ajouter: «Ils sont dispensés par des professionnels, forts d'une longue expérience dans les achats. Autrement dit, il s'agit d'acheteurs qui parlent à des acheteurs.» Un cadre enrichissant qui favorise l'échange de bonnes pratiques, «sans oublier l'enrichissement du réseau», conclut Alain Courtois.

Marie-Pierre Blanc-Kerignard, Demos

Marie-Pierre Blanc-Kerignard, Demos

Gilbert Font, Safran University

Gilbert Font, Safran University

Par Charles Cohen

Yves de Saintignon, conseiller pédagogique Safran University

Yves de Saintignon, conseiller pédagogique Safran University

Témoignage

«Nous avons créé notre propre programme de formation en interne»


Quitte à effectuer une formation continue achats, pourquoi ne pas miser sur celle conçue par votre société? En effet, certains grands comptes, à l'instar de Safran, ont élaboré leur propre programme de formation en interne dédié à chaque fonction de l'entreprise, dont... les achats! «Depuis la création, il y a deux ans, de Safran University, nous proposons une offre de formation particulièrement riche pour tous nos acheteurs à travers le monde», explique Gilbert Font, directeur de la structure, en rappelant l'objectif d'une telle démarche: favoriser l'excellence des pratiques achats et leur harmonisation à l'échelle du groupe tant d'un point de vue économique que qualitatif. «Safran s'oriente actuellement vers de nouveaux marchés comme la sécurité. Et pour accompagner ce positionnement, il est primordial que tous nos achats s'inscrivent dans la même dynamique: celle de la qualité. D'autant que ceux-ci représentent 60 à 70% de notre chiffre d'affaires!», renchérit Gilbert Font, en rappelant que la constitution de l'offre achats a été le fruit d'un travail collaboratif entre Safran University et la direction achats du groupe. «Et pour rendre les acheteurs acteurs de leur démarche de formation, chacun est amené à construire son propre «parcours» à travers un questionnaire d'auto-évaluation en ligne conçu en partenariat avec Cegos», détaille Yves de Saintignon, conseiller pédagogique Safran University. Un moyen pour ces derniers de mieux faire leur choix, in fine, parmi les nombreuses formations existantes: programmes «fondamentaux des achats» de deux semaines pour faciliter la mobilité des salariés en interne qui souhaitent entrer aux achats, formations courtes à la carte... «Nous proposons pas moins de 16 modules achats thématiques. Grande nouveauté: depuis un an, les acheteurs ayant validé tous les programmes peuvent désormais s'inscrire au mastère spécialisé en management de la fonction achats de Grenoble Ecole de management dans le cadre d'un cursus aménagé», se réjouit Yves de Saintignon. Une opportunité qui va permettre à huit acheteurs de Safran de décrocher le fameux diplôme fin 2011!

Safran

ACTIVITE
Aérospatial, défense et sécurité
CHIFFRE D'AFFAIRES 2011
11,7 milliards d'euros
EFFECTIF
Près de 60000 salariés dans 57 pays
VOLUME D'ACHATS 2011
6,6 milliards d'euros
EFFECTIF ACHATS
850 collaborateurs

Mot clés : Formation |

Charles Cohen, Jérôme Pouponnot