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La fibre écolo gagne l'auto

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Rouler propre, voilà ce que pourraient souhaiter les constructeurs automobiles à leurs clients pour l'année 2007. Cette prise de conscience écolo, indéniablement très touchante, est devenue un argument marketing de premier plan. Hybride, diesel «propre», électrique, biocarburant, filtre à particules... La course au véhicule le plus propre est lancée.

@ Toyota

A quand un modèle hybride bio diesel doté d'un filtre à particules émettant moins de 100 grammes de CO2 par kilomètre parcouru? C'est la question que doivent se poser les gestionnaires de flotte lorsqu'ils voient la vitesse à laquelle les constructeurs proposent aujourd'hui des solutions toujours plus soucieuses de l'environnement. Selon une étude menée par GE Fleet Services, en juin 2006, les entreprises confirment être prêtes à intégrer des véhicules propres dans leur flotte. Cependant, le manque d'information sur l'offre de véhicules et le peu d'incitations du gouvernement avaient jusque-là été des freins importants. Mais les choses changent, les constructeurs ont pris les devants et les politiques ont suivi le mouvement.

Trop de CO2

En 2005, les émissions de CO2 pour les véhicules neufs étaient en moyenne de 134 g/km pour la gamme économique et inférieure, allant jusqu'à 198 g/km pour la gamme supérieure et luxe.

Comme aime à le répéter Jean-Martin Folz, le président du groupe PSA, «dans le domaine de la pollution locale, des progrès considérables ont été réalisés. En 2010, les émissions de carbone des véhicules neufs ne représenteront plus que 5% de ce qu'elles étaient en 1995». Est-ce à dire que les véhicules d'aujourd'hui n'émettent plus de particules nocives, ni ne dégradent l'environnement? Les irréductibles écologistes répondront par la négative. Mais plus raisonnablement, on peut effectivement dire que les automobiles neuves ne sont plus une cause majeure de pollution. En revanche, pris dans sa globalité, le parc automobile français continue à polluer puisque son ancienneté moyenne est évaluée à huit ans, une éternité en matière de progrès technologiques et d'efforts environnementaux. Selon l'Ademe, l'autorité officielle de lutte contre les activités polluantes, le secteur des transports reste en France le plus néfaste pour l'environne- ment. Mais l'automobile n'est pas systématiquement à blâmer. Les poids lourds portent une grande part de responsabilité dans ce bilan peu flatteur, et tant que les solutions alternatives à ce niveau n'auront pas été encouragées (ferroutage), les efforts consentis par le monde de l'automobile resteront en partie éclipsés.

Jean-Martin Folz, PSA.

«Des progrès considérables ont été réalisés. En 2010, les émissions de carbone des véhicules neufs ne représenteront plus que 5% de ce qu'elles étaient en 1995»

Les constructeurs mobilisés

 

Le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) tente malgré tout de défendre le bilan de la voiture en expliquant que, depuis «la mise en place de la norme antipollution Euro [actuellement à sa version IV, ndlr] qui fixe les émissions de certains polluants, la part des transports routiers dans la pollution de l'air s'est considérablement réduite malgré une augmentation du trafic». En 2005, les émissions de CO2 pour les véhicules neufs étaient en moyenne de 134 g/km pour la gamme économique et inférieure, allant jusqu'à 198 g/km pour la gamme supérieure et luxe, soit une moyenne de 152 g/km (contre 1 53 g/km en 2004). Ce chiffre devrait poursuivre son évolution à la baisse, notamment dans les entreprises, en raison d'une fiscalité contraignante. Encore plus parlant, depuis 1990, les émissions d'hydrocarbures (HC) et d'oxydes d'azote (NOx) ont été réduites de 88% pour les véhicules particuliers diesel et de 93% pour les modèles essence. Le diesel est à la traîne en raison du plus grand nombre de particules fines émises, ce que la généralisation des filtres à particules (ou FAP) devrait résoudre. De là à parler de diesel «propre»...

L'une des technologies les plus en vue est l'hybride. Toyota est le premier constructeur à avoir tenté l'aventure avec sa Prius. Cette automobile croule sous les louanges en raison de son faible taux d'émission de CO2: 104 g/km. Il s'agit d'un record du monde pour un véhicule de série. Les loueurs longue durée, à l'écoute des attentes des entreprises, l'ont intégré dans leur offre en grandes pompes. Mais le tableau est moins flatteur lorsque l'on jette un oeil sur l'envers du décor. La fabrication d'une Toyota Prius rejette beaucoup plus de CO2 qu'une voiture classique, en raison de l'utilisation de métaux spéciaux pour la batterie. Le bilan écologique de cette automobile redevient, il est vrai, positif sur la durée, mais le mythe l'entourant s'est quelque peu fissuré. Cela n'empêche pas Toyota, via sa marque haut de gamme Lexus, de se lancer dans les berlines de luxe hybrides. Cette technologie a par ailleurs été adoptée par Honda avec sa Civic Hybride, Citroën, Peugeot et Renault y travaillent, d'autres y réfléchissent... Dans le cadre du Renault Contrat 2009, le constructeur au losange planche également sur une solution de mobilité basée sur l'énergie électrique à l'horizon 2010, en partenariat avec Nissan. Ce contrat repose sur deux autres engagements: placer Renault parmi les trois meilleurs mondiaux en termes d'émissions de CO2 et disposer d'une gamme complète de véhicules roulant aux biocarburants (bioéthanol et biodiesel) dès 2009.

Le biocarburant est donc l'autre solution à la mode. Comme annoncé par le ministre de l'Economie, Thierry Breton, en novembre 2006, les arrêtés d'autorisation et de définition des spécifications du superéthanol ont été publiés au Journal Officiel, le 2 janvier dernier. Sa commercialisation est désormais autorisée. Dominique Bussereau, le ministre de l'Agriculture, a affirmé que la décision «de porter le taux d'incorporation du biocarburant dans les carburants à 5,75% dès 2008 et à 7 % en 2010 est réaliste. A cette date, les biocarburants mobiliseront près de 15% de la superficie totale actuellement consacrée à la culture de betteraves et de céréales». Comme incitation, le gouvernement a décidé de supprimer les taxes sur la partie verte, qui représente 85% minimum du produit, rendant ce carburant compétitif par rapport à l'essence et au diesel (aux alentours de 80 centimes d'euro le litre).

La loi de finances rectificative pour 2006 a aussi officialisé des mesures incitatives pour les véhicules à même d'utiliser ce carburant: amortissement exceptionnel sur douze mois des véhicules de société, exonération à 100% de la taxe sur les véhicules de société pendant deux ans, exonération de 50 à 100%, suivant les régions, de la taxe proportionnelle sur les certificats d'immatriculation (cartes grises) et réduction de 50% du montant de la taxe additionnelle à la taxe sur les certificats d'immatriculation. Les distributeurs de carburant vont progressivement installer les nouvelles pompes pour atteindre l'objectif de 500 à 600 points de vente avant la fin de l'année 2007. Enfin des bonnes nouvelles pour les entreprises, lourdement surtaxée ces derniers temps en matière automobile. Car surtaxer les véhicules en raison d'émissions de CO2 trop importante, sans en contrepartie inciter à rouler propre, était une aberration. Le dispositif est désormais en place.

ALD Automotive roule clean

Le loueur longue durée ALD Automotive s'engage sur la voie des énergies alternatives. Cette filiale de la Société Générale a commandé une trentaine de véhicules électriques, produits par la Société de Véhicules Electriques (SVE), dans le cadre d'un programme d'expérimentation supervisé par l'Ademe. Les premiers exemplaires ont été livrés courant 2006. Affublés du célèbre logo rouge et noir, ces véhicules baptisés Cleanova II ont été développés sur la base de la Renault Kangoo. En l'espace de dix-huit mois, ils doivent faire la preuve de leur adéquation avec une utilisation professionnelle. Si ces essais, débutés en mai 2006, s'avèrent concluants, le loueur devrait les intégrer dans son offre de location. Pour la SVE, cette expérimentation n'est pas un acte isolé. La Poste, Veolia, EDF, la ville de Saint-Etienne figurent également parmi les cobayes de cette aventure électrique. Il faut dire que la Société de Véhicules Electriques est aujourd'hui seule porteuse de cette technologie, qui a disparu corps et biens de l'offre des constructeurs. Six voitures électriques ont, en tout et pour tout, été vendues en 2005... Filiale du groupe Dassault, SVE envisage le passage à une production soutenue en 2008 si les diverses expérimentations démontrent la pertinence de ce système, ce qui semble en bonne voie. Le système Cleanova existe en deux versions, le tout électrique et l'hybride à prédominance électrique 100% compatible bio-éthanol. Dans les deux cas, les véhicules se rechargent sur le secteur. Silencieux, automatiques, propres, les arguments ne manquent pas. Le tout électrique est principalement destiné à un usage urbain, l'autonomie ne dépassant pas les 150 à 200 kilomètres.