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L'innovation facilite la gestion des déchets

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Pour contenir le coût de la gestion des déchets, les communes comptent généraliser la fiscalité incitative afin de développer le tri sélectif et optimiser les tournées de camions. Pour cela, elles s'appuient sur les nouvelles technologies.

Sous son apparence de gros champignon se cache une technologie de pointe. Le système Syren mesure à distance, grâce à une sonde installée dans la paroi, le niveau de remplissage des conteneurs publics de tri sélectif des déchets (verre, plastique, papier...) en «apport volontaire». Les services compétents, intercommunaux ou communaux, sont avertis en temps réel. Pour cela, la sonde de mesure diffuse ses données par radio. Mis au point par la PME BH Environnement, Syren équipe désormais les conteneurs de nombreuses villes. A Grenoble, le système est installé sur 288 conteneurs de verre depuis juillet 2007, après un test probant de 18 mois. «L'objectif de la ville est d'abord d'optimiser la tournée des camions», explique Eric Habib, directeur général de la PME. Auparavant, les véhicules faisaient chaque semaine la tournée intégrale des conteneurs, avec des résultats très contrastés. «En moyenne, ils ri étaient remplis qu à 50%, certains étant quasiment vides et d'autres saturés, reprend-il. Le but est aussi d'éviter les débordements, pour que les habitants continuent d'apporter leurs déchets.» Syren envoie toutes les heures un signal pour restituer le niveau de remplissage. Les camions effectuent donc une «tournée intelligente» en ne relevant que les poubelles qui le nécessitent. «Aujourd'hui, elles sont remplies en moyenne à plus de 90% et il n'y a plus aucun cas de débordements», assure Eric Habib.

Cette technologie coûte à la Ville 15 Euros par mois et par conteneur. Avec cet investissement, Grenoble espère économiser 40000 Euros par an. Cette somme correspond aux gains liés à l'optimisation de la tournée des camions (économies de carburant et de main-d'oeuvre), mais aussi au coût induit par une meilleure collecte du verre. En effet, quand il n'est pas récolté en point d'apport volontaire, le verre n'est pas recyclé mais incinéré. Mis dans la poubelle, 1 kg de verre coûte 0,06 Euros pour être éliminé, selon l'Ademe. Alors que, déposé dans la colonne à verre, son recyclage rapporte 0,07 Euros.

Deux techniques de ramassage révisées

Dans les collectivités, cet engouement pour les nouvelles technologies traduit une préoccupation de premier ordre. Ainsi, selon l'Observatoire Ecoloc créé par la société d'études économiques BIPE, la priorité en matière d'investissements verts, d'ici à 2011, portera sur la collecte des déchets pour 57% d'entre ellesEtude «Collectivités locales et environnement» réalisée en partenariat avec l'Ademe et l'Association des maires de France.. Les efforts et les investissements portent sur deux techniques de ramassage de déchets. D'abord, le porte-à-porte (poubelles individuelles mises à disposition des particuliers par la collectivité). L'objectif de favoriser le tri sélectif, sachant qu'un Français produit environ 360 kg de déchets ménagers par an, selon l'Ademe, dont seuls 13% sont recyclés. Et le système ne distingue pas les bons et les mauvais élèves: la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est calculée à partir de la valeur locative cadastrale de l'habitation. Pour ce ramassage, l'innovation réside dans la technique de la «pesée embarquée», testée actuellement dans un millier de communes. Ce système consiste à équiper la poubelle d'une puce informatique. Le camion peut ainsi en identifier le propriétaire avant la pesée du contenu pour que celui-ci soit facturé au plus juste à l'habitant. La communauté de communes de la Porte d'Alsace (13200 habitants) généralise peu à peu ce système depuis le début des années 2000. Ce dernier a permis de baisser nettement le poids de déchets non valorisés, c'est-à-dire non triés ou non réemployés, qui était supérieur à 500 kg par foyer. «En 2007, il n'était plus que de 250 kg», se réjouit Audrey Baehler, «ambassadrice du tri» de la Porte d'Alsace.

Ensuite, sur le plan de l'apport volontaire (poubelle ou conteneur collectifs situés sur la voie publique), l'objectif est d'inciter les administrés à y déposer leurs déchets. «La collecte de ces points est, en effet, moins onéreuse que le porte-à-porte», analyse Vincent Nomblot, directeur France de Plastic Omnium Environnement. En filigrane, les pouvoirs publics souhaitent instituer une fiscalité incitative (lire encadré): chaque ménage paierait une taxe ou une redevance sur ses ordures ménagères, qui serait en partie corrélée au volume de déchets trié (lire encadré). Une déclinaison du principe pollueur-payeur . Pour la collecte en apport volontaire, les communes peuvent adopter des techniques intelligentes«, de type Syren. Mais l'autre grande nouveauté vient des pays du Nord et concerne plutôt l'implantation des poubelles. «La tendance est aux conteneurs enterrés, confie Vincent Nomblot (Plastic Omnium Environnement). Ils ont d'abord été implantés dans les zones d'habitat social Aujourd'hui, ils se généralisent.» En principe, une borne d'un mètre de haut dépasse de terre. En sous-sol, ces poubelles peuvent être d'une grande contenance. Leurs avantages sont nombreux, tant pour l'environnement que l'embellissement: faible occupation du sol, grande capacité de stockage, meilleure intégration paysagère, etc. Cette solution est aussi intéressante dans la mesure où elle permet d'éviter le stockage de jour des bacs roulants sur la voie publique. Tous les observateurs prédisent ainsi un bel avenir aux conteneurs enterrés.

Le système Syren mesure le niveau de remplissage des conteneurs publics de tri sélectif des déchets en «apport volontaire», puis en avertit les services de ramassage.

Le système Syren mesure le niveau de remplissage des conteneurs publics de tri sélectif des déchets en «apport volontaire», puis en avertit les services de ramassage.

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Le ministère de l'Environnement plaide pour une fiscalité incitative

La réflexion est engagée dans les collectivités. Les enjeux du développement durable et le coût du recyclage encouragent à mettre en place une fiscalité incitative en matière d'ordures ménagères. D'ores et déjà, l'article L. 2333-76 du code général des collectivités territoriales permet aux communes, groupements de communes et syndicats mixtes d'instituer une redevance d'enlèvement des ordures ménagères (Reom), calculée en fonction du service rendu. Il est donc actuellement possible d'instaurer un mode de financement incitatif lié à la quantité de déchets produits. Cependant, selon le ministère de l'Ecologie, la Reom est encore peu utilisée: elle ne serait conçue comme incitative que dans une vingtaine de collectivités. En matière de déchets, le Grenelle de l'environnement prévoit notamment d'instituer un financement incitatif obligatoire pour le service public des déchets. Cette tarification pourra s'appuyer soit sur la Reom, soit sur une taxe d'enlèvement des ordures ménagères (Teom), comprenant une part fixe et une part variable. «La détermination de la part variable serait laissée au choix des collectivités, ce qui permettrait de faire davantage payer ceux qui produisent plus de déchets, tout en préservant l'équité grâce à la part fixe«, précise le ministère. Dans le cadre du Comité opérationnel dédié à la problématique déchets, mis en place en février 2008, un groupe travaille sur la définition d'une Teom incitative et l'analyse des mesures nécessaires pour lever les difficultés liées à la mise en place d'une Reom incitative.
Ces mesures devraient se concrétiser en 2010. Comme ont montré d'autres pays en Europe, comme en Suisse ou en Allemagne, la fiscalité incitative n'est cependant pas la panacée.
Pour contourner l'obole, certains habitants se débarrassent de leurs déchets de manière sauvage ou en les camouflant chez leurs voisins, voire chez leur employeur.

Mot clés : système |

Florent Maillet