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L'information professionnelle à portée de souris

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L'industrie de l'information connaît d'importantes mutations, caractérisées par la substitution de l'électronique au papier, la généralisation des réseaux de communication, le déploiement des technologies liées au Web et l'explosion des contenus gratuits sur Internet. Les besoins évoluent. L'offre aussi.

@ EBSCO/Newspaper Direct

Dans la famille très spécifique des prestations intellectuelles, l'achat d'information professionnelle détiendrait la palme de la singularité. L'exemple type du bien immatériel qui vient de rejoindre l'escarcelle des acheteurs, à charge pour eux d'adapter leur approche et leurs méthodes à cette famille composite. L'information, en elle-même, est déjà une notion complexe puisqu'elle s'évalue de manière subjective par chaque utilisateur en fonction de critères comme la pertinence, la fraîcheur, la fiabilité, l'accessibilité ou la convivialité. A cela s'ajoute la difficulté de cerner un marché hétéroclite où la pluralité des acteurs et des «produits» rend le sourcing presque abstrait. Enfin, cette complexité se double d'une accélération des mutations sous l'effet de la numérisation croissante des contenus. Le passage à l'électronique a beau être coûteux pour les éditeurs (investissements matériels, numérisation des archives, redéfinition de procédures, etc.), ce dernier s'avère inéluctable.

Une croissance contrastée selon les segments

 

Le marché de l'information numérique professionnelle atteint 1,33 milliard d'euros en 2005 et enregistre une croissance de 3,7 % qui marque un signe d'essoufflement après une croissance de 8 % en 2004 (source: étude 2006 IDP/Archimag commanditée par le GFII, Groupement français de l'industrie de l'information). Un fléchissement principalement dû aux performances négatives des segments de l'information économique (-0,64 %), de l'information de solvabilité (-4,25 %), de la diffusion d'images (-6,18 %) et de l'information marketing (-9,08 %). «L'information de solvabilité souffre particulièrement de la pression concurrentielle sur les prix, tandis que l'information économique, la diffusion d'images et l'information marketing subissent de plein front la montée en puissance de l'information gratuite sur Internet», commente Ruth Martinez, responsable de la communication du GFII. En revanche, d'autres segments ne connaissent pas la crise et affichent même une insolente croissance à deux chiffres. C'est le cas de l'information «multisectorielle» (agrégation de contenu et agences d'abonnement) et de l'«information presse» (agrégation de presse et groupes de presse professionnelle) qui affichent les taux de croissance les plus élevés: plus de 15 %. L'«information juridique», ainsi que l'«information scientifique, technique et médicale»(ISTM) tirent également leur épingle du jeu, avec une augmentation de leur chiffre d'affaires supérieure à la moyenne du marché: respectivement + 7,6 % et + 6,5 %. Le segment «information financière», qui demeure le premier segment du marché en chiffre d'affaires, est relativement stable à + 0,4 %. Quel que soit le contexte particulier de chaque catégorie d'information, la mutation de l'information professionnelle vers le format électronique apparaît comme une tendance de fond. «L'engouement pour l'information électronique dépend fortement du secteur d'activité de l'entreprise, nuance Anne Simoneau, directrice commerciale d'EBSCO Information Services, la première agence d'abonnements B to B sur le marché français. Les laboratoires pharmaceutiques, par exemple, veulent obtenir le plus tôt possible les articles qui participent à leur veille concurrentielle et, pour cela, le format électronique est idéal. Certains éditeurs mettent même à disposition de leurs abonnés une version électronique pré-print qui leur permettent de traquer en amont les informations à valeur hautement stratégique.»

Anne Simoneau, EBSCO Information Services

«Les laboratoires pharmaceutiques, par exemple, veulent obtenir le plus tôt possible les articles qui participent à leur veille concurrentielle.»

L'information se consomme autrement

 

En octobre dernier, une étude menée par le cabinet Jupiter Research a révélé qu'Internet a, pour la première fois, dépassé les journaux et magazines sur papier comme principal fournisseur d'informations en Europe. Cette évolution n'a pas échappé à EBSCO Information Services qui vient tout juste de lancer une offre d'accès électronique à 350 journaux et quotidiens du monde entier, dès le jour de leur parution. Il s'agit en fait de l'intégration dans le catalogue d'EBSCO de l'offre PressDisplay du spécialiste canadien de la distribution numérique de journaux NewspaperDirect. «PressDisplay fournit un moyen nouveau et interactif de lire potentiellement des centaines de journaux, à partir d'une interface «utilisateur» unique tout en gardant la mise en page et le format d'origine», détaille Anne Simoneau. Facturée entre 650 et 1 000 euros par utilisateur et par an, l'offre comporte aussi un service d'archives à soixante jours et un outil de traduction instantanée disponible en douze langues. Est-ce à dire que c'est la fin de la presse papier en entreprise? «Non, c'est un usage complémentaire qui ne menace pas la version papier, assure Anne Simoneau. Des études récentes montrent que le taux de conversion du papier vers le tout électronique est encore très faible.» La coexistence des deux formats est donc de mise, en attendant le renouvellement des générations dans les entreprises qui la rendra sans doute inutile.

Le triptyque achats, services juridiques et informatiques

Si les acheteurs se sont imposés comme des interlocuteurs incontournables de l'achat d'information professionnelle, les services juridiques et informatiques sont aussi de plus en plus impliqués.
Le besoin de sécuriser un certain nombre de clauses, en particulier celles liées au droit d'auteur, suppose de faire intervenir les juristes au stade de la négociation. La numérisation de l'information permet sa large diffusion mais rend aussi son pillage plus facile, mettant l'entreprise en situation de risque. Le rôle du juriste est de bien cerner ce risque, de l'évaluer et de veiller à protéger l'entreprise en cas de litige. Par ailleurs, la concentration des fournisseurs les amène à proposer, voire imposer leurs propres clauses contractuelles. Nombre d'entre eux étant Anglo-Saxons, les contrats type proposés sont souvent rédigés en anglais, avec des compétences juridictionnelles à l'étranger en cas de conflit. Le rôle des juristes consistera alors à faire des contre-propositions dans l'intérêt de leur entreprise.
De son côté, la direction informatique a aussi un poids croissant dans l'achat d'information, qui découle directement de sa numérisation. Ils doivent ainsi gérer les problématiques liées à l'architecture informatique de l'entreprise, s'intéresser aux applications de gestion de l'information, aux moteurs de recherche, aux plateformes, portails, firewalls et règles d'accès. Enfin, ils veillent aussi à l'intégration directe de l'information numérisée dans les applications de l'entreprise.

Des services professionnels sur Internet

 

Sur certains marchés, on a plutôt l'habitude de voir des offres professionnelles se démocratiser vers le grand public. Pour l'achat d'information électronique, ce sont les usages des particuliers qui déteignent sur l'univers des entreprises. Ainsi, la division Orange Business Services de France Télécom a intégré dans son catalogue la solution Internet Plus Pro, la déclinaison professionnelle du service de paiement Internet pour des achats à l'acte.

Concrètement, lorsqu'un collaborateur surfe sur un service professionnel, il lui suffit de passer à une phase d'identification puis de cliquer sur le bouton «Internet Plus Pro» pour accéder à l'information. Le montant des achats en ligne est alors directement reporté sur la facture Internet Business Services de l'entreprise. «Nous étions sensibilisés à cette problématique d'achat d'informations et de services professionnels sur Internet, car nous proposons historiquement ce type de services via le Minitel», explique Anne-Marie Villeneuve, responsable marketing Internet Plus Pro pour Orange Business Services. En termes de cible, Orange Business Service vise aussi bien les entreprises de plus de 50 salariés que les très grands comptes, via une palette d'offres qui démarre à 30 euros pour deux comptes utilisateurs à 160 euros en illimité. Orange Business Services estime ainsi répondre aux besoins croissants d'informations professionnelles. En effet, la recherche d'informations gratuites sur Internet s'avère chronophage, et coûteuse pour les entreprises. Une étude IDC réalisée en 2005 aux Etats-Unis révélait que les cadres en entreprise consacraient près de dix heures par semaine à la recherche d'information, dont quatre en pure perte.