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L'environnement au coeur des déplacements professionnels

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A l'heure où les politiques d'achats de voyages doivent prendre en considération le réchauffement climatique et l'augmentation du prix du pétrole, de nouvelles alternatives sont étudiées pour limiter l'impact écologique des déplacements

Protocole de Kyoto, Grenelle de l'environnement... Depuis plusieurs années, la question environnementale est omniprésente dans l'actualité. Elle est, entre autres, destinée à alerter l'opinion publique sur les conséquences du réchauffement climatique. Les entreprises sont également concernées par cette prise de conscience et tentent de limiter les rejets de CO2, notamment aux déplacements professionnels de leurs salariés. «Les critères environnementaux ont fait leur apparition dans les politiques voyages des entreprises depuis deux ans», témoigne Christophe Drezet, consultant en organisation et stratégie au sein du cabinet Epsa.

@ FOTOLIA : C.GEORGHIOU - P.GLANVILLE -PHOTOMONTAGE : S.SOURY

Obtenir des statistiques précises

Réduction de la fréquence des voyages d'affaires et choix d'options plus respectueuses de l'environnement lors des réservations, voici les comportements des acheteurs observés par l'enquête annuelle de KDS, spécialiste des solutions logicielles de gestion des déplacements professionnels en ligne. En effet, 70% des entreprises interrogées se déclarent plus directement impliquées dans le processus de réservation de leurs voyages d'affaires lorsqu'elles effectuent leur réservation en ligne. Ainsi, par le biais d'Internet, elles sont de plus en plus nombreuses à prendre des mesures visant à convertir leurs bonnes intentions en actions concrètes. Pour preuve, en un an, un tiers des sociétés recommandent à leurs salariés de réduire les voyages pour des raisons environnementales, contre un quart d'entre elles l'année dernière. Un premier pas.

Aujourd'hui, les directions achats n'hésitent plus à transmettre à leur direction générale des statistiques sur les émissions de gaz carbonique générées lors des déplacements de leurs salariés. En effet, l'apparition d'indicateurs au sein des sociétés permet une visibilité plus importante du chemin qu'il reste à parcourir. «Les entreprises se voient de plus en plus contraintes, quand ce n'est pas par la loi, de fournir des rapports détaillés sur leur empreinte carbone et de travailler sur la réduction des émissions nocives», constate David Tibbles, directeur des produits globaux de Carlson Travel Wagonlit (CWT). Les travel managers peuvent y contribuer en examinant l'impact environnemental des déplacements et en aidant les collaborateurs à voyager plus intelligemment. «Adopter une approche pragmatique du calcul et de la gestion des émissions de carbone est un bon point de départ», poursuit David Tibbles.

Toutefois, calculer les émissions de carbone liées aux déplacements des collaborateurs de l'entreprise reste le principal problème. Non seulement le sujet est compliqué, mais les entreprises manquent encore cruellement de statistiques en guise de points de repère. «Bon nombre d'entre elles rencontrent des difficultés pour s'informer de manière précise sur le calcul de leurs indicateurs. Elles ne savent pas ce qu'il faut évaluer: le taux de remplissage de l'avion, sa configuration, son type de moteur, son altitude de croisière...», explique Christophe Drezet (Epsa). Sur ce point, les agences de voyages peuvent jouer un rôle de conseil tant le nombre de facteurs à prendre en compte est important. «Par exemple, les émissions de carbone des avions ne dépendent pas seulement de la distance parcourue ni du type d'appareil, mais également de l'altitude de vol, du taux de remplissage, des aéroports et des conditions météorologiques», précise David Tibbles (CWT). Parfois, certaines entreprises préfèrent s'en remettre directement aux compagnies aériennes qui se chargent d'évaluer l'impact environnemental de leurs services. «Elles mettent en place des mesures visant à réduire les émissions de CO2 de leurs vols en faisant, par exemple, attention au poids de ce qu'elles servent à bord», illustre Christophe Drezet (Epsa).

Christophe Drezet, Epsa

« De plus en plus de sociétés préfèrent s'engager dans des programmes de compensation carbone plutôt que de réduire leurs déplacements.»

Des programmes de compensation carbone

Autre possibilité: faire attention à la fréquence des déplacements des collaborateurs et réaliser un don en faveur de projets environnementaux. C'est le principe de la compensation carbone. «De plus en plus de sociétés préfèrent s'engager dans ce type de programmes. Encore faut-il en avoir les moyens, car les prix varient de plusieurs dizaines à quelques centaines de milliers d'euros», constate Christophe Drezet. Notons que ces projets peuvent être mis en place par des entreprises privées ou des organisations non gouvernementales (ONG). «J'aurais naturellement tendance à dire que les projets des ONG ne cachent pas de stratégie commerciale, ce qui peut parfois être le cas de ceux issus d'organismes privés», tranche Christophe Drezet.

Dans beaucoup d'entreprises, la mise en place d'une politique voyages plus respectueuse de l'environnement consiste à remplacer l'avion par le train. Pour certains, il s'agit d'un mauvais procès fait à l'aérien. En effet, selon les statistiques de l'Agence internationale de l'énergie (AEI), l'avion représente seulement 3% des émissions mondiales de carbone. Par comparaison, le transport routier totalise 18% des émissions, le transport maritime 2% et les autres modes de transport, dont le train, comptent pour 1% des émissions. «Les entreprises ne doivent pas se limiter à l'aérien, ni hésiter à considérer les autres composants du voyage, comme les séjours hôteliers. Au sein de CWT, nous avons calculé que chaque nuitée générait environ 28 kg de carbone», indique David Tibbles (CWT). Si les hôtels ont jusqu'ici largement ignoré les normes internationales dans le domaine de l'environnement, un nombre croissant d'entre eux mettent aujourd'hui en place des politiques écologiques. «C'est désormais une évidence: l'ensemble de l'industrie du voyage est passé à l'action», résume David Tibbles (CWT).

Econocom France

ACTIVITE Services informatiques
CHIFFRE D'AFFAIRES 2007 700 millions d'euros
EFFECTIF 2 400 collaborateurs

Organiser des réunions virtuelles

Face à cette montée en puissance de la problématique environnementale, les directions achats cherchent d'autres alternatives aux voyages, même si elles reconnaissent que certains d'entre eux sont indispensables. «Avant d'adopter des solutions pour voyager plus vert, la première question à se poser est de savoir si le déplacement est réellement nécessaire ou s'il peut être remplacé par d'autres solutions comme la visioconférence ou l'audio-conférence. Avec les évolutions technologiques, les réunions virtuelles deviennent une alternative toujours plus attractive», reconnaît David Tibbles (CWT).

C'est sur ce créneau que s'est positionné Cisco Systems, fournisseur de solutions réseaux, qui a mis sur le marché une nouvelle technologie de collaboration virtuelle de téléprésence, il y a deux ans. Cette offre combine la voix et la vidéo haute définition, mais aussi des éléments interactifs permettant de réunir 18 personnes réparties dans le monde entier. «La science-fiction arrive enfin dans le monde de l'entreprise!», lance Pierre Archi- vili, responsable business développement de Cisco Systems, développeur, mais aussi premier utilisateur de cette solution, qui a permis à la société d'économiser 70 millions d'euros de frais de déplacement et de supprimer près de 5 080 véhicules d'entreprise. Elle a ainsi réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 12 millions de m3. L'an dernier, les collaborateurs ont mené plus de 78 000 heures de réunion par téléprésence, évitant ainsi jusqu'à 10 000 heures de vol en avion. «Cette solution est utilisée durant 70% des heures ouvrées sur notre site de Paris», précise Pierre Archivili. Seule difficulté: «Trouver un créneau de salle virtuelle disponible et faire coïncider les décalages horaires», reconnaît-il. Une idée qui permet aux salariés de pouvoir comprimer les temps de trajet. «A l'heure actuelle, un déplacement à l'autre bout du monde mobilise énormément de temps pour un rendez-vous qui ne dure parfois que deux heures. La téléprésence nous permet de remédier à cette perte de temps», lance Pierre Archivili.

Malgré tout, il reste encore une révolution à mener pour parvenir à mettre en pratique les grandes intentions des entreprises. «Pour les inciter à s'engouffrer concrètement dans ce créneau, il faudrait qu'elles y trouvent un intérêt économique et qu'elles bénéficient de mesures d'accompagnement», conclut Christophe Drezet (Epsa). La volonté des directions générales d'imposer le développement durable comme une composante essentielle de la stratégie d'entreprise, en plus de la nécessité de réduire les coûts, pourrait néanmoins accélérer le processus.

Limagrain

ACTIVITE Agroalimentaire
CHIFFRE D'AFFAIRES 2007 1,1 milliard d'euros
EFFECTIF 6 000 collaborateurs
VOLUME D'ACHATS 110 millions d'euros

Pierre Blondeau, directeur de la coordination achats généraux, groupe Limagrain

Pierre Blondeau, directeur de la coordination achats généraux, groupe Limagrain

Témoignage
«Nous privilégions la visioconférence plutôt que les déplacements»

Depuis un an, le groupe de semenciers Limagrain s'est officiellement doté d'un groupement d'intérêt économique pour ses achats indirects, comme l'emballage, le parc automobile ou l'informatique. Son rôle: mutualiser les besoins de ses 6 000 collaborateurs répartis dans 110 sites internationaux. A la clé: un budget de 110 millions d'euros, ce qui représente 20% du chiffre d'affaires de l'entreprise. «A lui seul, le budget voyages atteint 8 millions d'euros», révèle Pierre Blondeau, directeur de la coordination achats généraux du groupe Limagrain. Le choix des prestataires sur ce créneau s'effectue par appels d'offres. «Quelle que soit notre recherche, notre cahier des charges est établi collectivement, puisque sept à dix spécialistes issus des différentes filiales forment une commission d'achats spécifique», explique-t-il. Le groupement se positionne alors comme conseiller. Profitant de cette démarche, il a sensibilisé les différentes entités au développement durable. «Nous avons constaté que ce sujet était considérablement mobilisateur», témoigne-t-il. Première mesure d'urgence: limiter les déplacements. «Même si certains d'entre eux sont irremplaçables, nous essayons, depuis six ans, de pousser nos filiales à développer différentes alternatives comme la visioconférence», précise-t-il. A cela s'ajoute un recueil de bonnes pratiques disponibles sur l'intranet du groupe. «Nous y référençons une multitude de bonnes pratiques et nous avons mis en place un forum de discussion pour que chacun puisse faire part de ses réflexions», indique Pierre Blondeau.

Jean-Philippe Roesch, directeur général, Econocom France

Jean-Philippe Roesch, directeur général, Econocom France

Témoignage
«Nous choisissons le train pour les déplacements de moins de trois heures»

Le groupe Econocom, dont le siège social se trouve en Belgique, est spécialisé dans les services informatiques en B to B. Il dispose également de bureaux en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en Italie, au Luxembourg et aux Pays- Bas. Quant à la France, le groupe y a implanté pas moins de dix filiales et emploie 2 400 salariés, amenés à se déplacer régulièrement. La politique d'achats de voyages est décentralisée: chaque pays opère avec des opérateurs locaux. Sur de longues distances, la filiale française privilégie ainsi l'avion. «Avec Air France, nous fonctionnons sur la base d'un accord annuel. Nous bénéficions, en fonction des volumes achetés, de tarifs avantageux et d'une remise arrière», précise Jean-Philippe Roesch, directeur général d'Econocom France. Pour les déplacements hexagonaux de moins de trois heures, les collaborateurs optent pour le train. Côté développement durable, «nous commençons sérieusement à étudier le sujet. Nous avons engagé une démarche d'analyse de consommation des voitures de fonction de nos collaborateurs. Nous envisageons aussi l'utilisation de systèmes hybrides», révèle-t-il. Pas négligeable pour une société qui met 450 véhicules à la disposition de ses collaborateurs, dont certains parcourent jusqu'à 40 000 km par an. C'est également par le biais d'un audit qu'Econocom France compte estimer, d'ici quelques mois, les actions environnementales les plus adaptées à mettre en place.