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L'éco-conduite se démocratise

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De plus en plus d'entreprises sensibilisent, voire forment, leurs collaborateurs à l'éco-conduite. Les moyens se multiplient : simulateur, e-learning... Et pour cause : l'investissement débouche sur une réduction du budget carburant et une baisse des risques routiers.

«Confier un véhicule à un collaborateur, c'est lui donner un outil de travail. Dès lors, l'entreprise a un devoir de responsabilité sociale.» Steven Blanchard, responsable des marchés grands comptes du loueur de longue durée LeasePlan, explique ainsi l'essor de l'éco-conduite. Depuis 2008, cette démarche se développe, le plus souvent sous l'impulsion des loueurs. Les méthodes se multiplient : si la plus efficace reste la conduite en situation réelle, sur un véhicule dédié ou bien sur la propre voiture du collaborateur, les simulateurs et logiciels d 'e-learning ont également fait leurs preuves.

Sécurité, écologie et économies

Certes, comme toute formation, l'éco-conduite n'est pas gratuite. Les prix varient d'un prestataire à l'autre et sont le plus souvent définis sur mesure. Ils peuvent atteindre, chez l'Automobile Club Prévention par exemple, 200 euros par collaborateur, pour la journée, pour des groupes jusqu'à 15 personnes. Néanmoins, « c'est un investissement qui s'avère rentable dans la durée », assure Steven Blanchard. En effet, les économies de carburant à long terme peuvent atteindre entre 5 et 15 % à l'issue d'une formation. A ces économies s'ajoute une diminution du risque routier qui peut aller jusqu'à 40 % !

Outre cet aspect financier, s'ajoute un autre critère en vogue : l'environnement. Que ce soit pour soigner son image ou dans un souci réel de réduire un bilan carbone et répondre aux exigences émises par les actionnaires, les entreprises se montrent de plus en plus soucieuses de leur empreinte écologique.

Zoom - Sécurité : l'autre enjeu de l'éco-conduite

L'approche comportementale est un aspect phare d'une démarche d'éco-conduite. Selon le loueur LeasePlan, «près de 100 000 salariés sont victimes, chaque année, en France, d'accidents de la circulation liés à l'exercice de leur profession. Ce qui représente 6 millions d'heures de travail de perdues». Des risques auxquels s'ajoutent, évidemment, les frais de réparation des véhicules. Aussi l'apprentissage d'une conduite sécurisée s'impose-t-il comme un enjeu de taille.
Lors du stage dispensé par l'Automobile Club Prévention et LeasePlan, nous avons constaté l'efficacité de l'éco-conduite. Le prestataire, comme ses concurrents, propose un système qui se veut simple d'utilisation. En quelques minutes, une caméra filmant le conducteur, associée à un enregistreur de données de conduite, est installée à bord du véhicule. A l'issue du trajet, le conducteur reçoit le bilan de son trajet sous la forme de graphiques qui soulignent ses points forts et, surtout, ses points faibles : freinages trop brutaux, regard mal placé en dépassement, etc. Ainsi, il peut changer ses habitudes au volant. En appliquant ensuite, les bons réflexes basés sur l'anticipation de la route, le conducteur réduit les risques d'accidents de 40 %.

« J'ai testé l'éco-conduite »

Le loueur de longue durée LeasePlan a invité Décision Achats à suivre une formation d'une demi-journée à l'éco-conduite en situation réelle, dispensée par son partenaire, l'Automobile Club Prévention (ACP). Reportage.

Rueil-Malmaison, siège de LeasePlan, dans les Hauts-de-Seine. Sur le parking, une Citroën Berlingo HDi de 90 chevaux, véhicule utilitaire léger prisé des flottes auto, m'attend. Au programme de cette demi-journée de la fin octobre : une formation à l'écoconduite, proposée par le loueur de longue durée avec son partenaire, l'Automobile Club Prévention. Diminuer nettement ma consommation en adoptant quelques gestes de bon sens me laisse sceptique. Sûr de moi, j'affirme même à mon formateur de l'ACP : « Vous savez, j'applique déjà les préceptes de l'éco-conduite. Je change les rapports rapidement, je lâche l'accélérateur autant que possible et je n'accélère pas déraisonnablement. » Je ne pense pas apprendre grand-chose aujourd'hui. « Comme tous les conducteurs, vous êtes persuadé d'adopter une conduite parfaite, répond-il. Et comme eux, vous n'aimez pas que l'on remette en cause votre façon de conduire. » Effectivement, mais en bon joueur, j'accepterai le verdict à l'issue de la formation.

Toutes les données du trajet sont enregistrées

Dans la voiture, des fils sortent de tous côtés. Et à ma droite, le formateur initialise son ordinateur relié au véhicule. « Un enregistreur de données de conduite prend en compte l'ensemble des paramètres du trajet : vitesses moyenne et maximale, nombre de freinages, etc. », m'explique-t-il. Et d'ajouter que, pour rendre le test concluant, je vais réaliser deux fois le même parcours.

Contact. Je prends le trajet indiqué par le formateur, et nous voici arpentant les axes routiers de Rueil Malmaison. Des routes bien souvent limitées à 70 km/h et ponctuées de priorités à droite et de feux réguliers. Pour prouver que ma conduite est aussi irréprochable qu'annoncée, je m'applique, je roule à vitesse aussi constante que possible et je change les rapports avant les 2 000 tours minutes afin de profiter au maximum du couple qu'offre un moteur turbo-diesel traditionnel.

Après 4 kilomètres et 770 mètres de conduite urbaine, je me gare. « Avant toute chose, sachez que vous pouvez couper le moteur car nous allons stationner plus de 30 secondes », prévient le formateur. Son ordinateur révèle alors un tableau composé d'une vingtaine de lignes. Autant de données enregistrées. « Vous avez consommé une moyenne de 5,24 litres aux 100 km, mieux que beaucoup après la formation », m'indique-t-il. « Je vous avais prévenu », lui dis-je un brin taquin. « Ne vous réjouissez pas trop rapidement. Vous allez être surpris de la suite », me promet le moniteur.

Mieux anticiper la route

Avant de commencer le second tour, le formateur me prodigue plusieurs conseils. Pour ce trajet, je vais devoir anticiper davantage en regardant la route aussi loin que possible et adopter des distances de sécurité plus pertinentes pour la consommation. Dès qu'un feu se profilera à l'horizon, il faudra, par exemple, lâcher l'accélérateur, afin de laisser la voiture ralentir toute seule et éviter tout redémarrage inutile qu'engendrerait un freinage de dernier moment. « Cette phase d'accélération est la plus gourmande en carburant », m'explique le formateur. Sur la route, en dépit des progrès, mon formateur continue d'intervenir : « Lâchez l'accélérateur ! Mettez-vous sur la voie de droite ! Doublez le camion ! »

Arrive l'heure du verdict. « Votre consommation moyenne est descendue à 4,54 litres. Vous avez freiné deux fois moins et n'avez plus fait de surrégimes. Vous avez atteint une consommation instantanée maximale de 6,6 litres - contre 7,8 litres lors du premier trajet - et réduit vos émissions de CO2 de près de 13 %. »

Ma consommation a diminué de 15%, à la hauteur des 5 à 15 % promis par les prestataires d'éco-conduite. « Cette fourchette vaut dans la durée, assure le formateur. Mais lors de la formation, cette baisse est le plus souvent de l'ordre de 25 et 40 % ! »

Thales prône une formation auto pour tous ses conducteurs

Au printemps dernier, le groupe Thales a sensibilisé 34 collaborateurs de son siège social à l'éco conduite. La société souhaite désormais généraliser la démarche auprès de ses 1 100 conducteurs en l'inscrivant dans son catalogue de formations.

«Lors d'une réflexion sur la sécurité des conducteurs du groupe, l'éco-conduite s'est imposée d'elle-même, notamment grâce à sa dimension immédiatement opérationnelle», explique Thierry Berthomieu, directeur du siège social de Thales, spécialiste des hautes technologies sur le marché de l'aéronautique, de l'espace, de la défense, des transports et de la sécurité. Et d'ajouter: «Nous avons conscience des enjeux que revêt une conduite plus responsable pour l'environnement, mais aussi pour la maîtrise de nos dépenses en carburant.» En avril dernier, à l'occasion de la Semaine du développement durable, le site a ainsi organisé une opération destinée à sensibiliser les collaborateurs à l'éco-conduite.

Vingt minutes sur un simulateur

Sur deux journées, 34 personnes ont ainsi pu profiter, pendant 20 minutes, des deux simulateurs mis à disposition par le loueur de longue durée Arval. Il leur a suffi de prendre rendez-vous pour réserver le créneau horaire qui leur convenait. «L'impact sécuritaire et environnemental immédiat d'un simple changement de comportement au volant a sauté aux yeux», se réjouit Thierry Berthomieu pour qui l'écoconduite profite à chaque collaborateur aussi bien d'un point de vue personnel que professionnel.

Après cette première expérience pilote, le groupe a souhaité étendre la formation à l'éco-conduite à l'ensemble de ses sites. L'enjeu est de taille : pas moins de 1 100 véhicules en parc et autant de conducteurs. Avec une économie moyenne de carburant de l'ordre de 10 % après la formation, les résultats s'avèrent particulièrement intéressants. Même si, pour Thierry Berthomieu, une piqûre de rappel sera certainement nécessaire. «Il faudra réévaluer le degré d'implication des collaborateurs formés. Mais, pour le moment, nous n'y voyons que du positif», estime-t-il. Aujourd'hui, Thales réfléchit aux modalités pour organiser ce type de formation à l'échelle du groupe. «En premier lieu, nous allons l'inscrire dans notre catalogue de formations, explique le directeur du siège social. Mais au-delà, nous pensons que cette formation doit bénéficier d'un traitement particulier et que sa promotion doit être menée de manière événementielle auprès de nos collaborateurs.» En effet, pour le directeur du siège de Thales, susciter l'intérêt d'une conduite qui allie sécurité et respect de l'environnement auprès de personnes qui ne sont pas encore sensibilisées paraît primordial.

Thales

ACTIVITE
Electronique
CHIFFRES D'AFFAIRES 2008
12,3 milliards d'euris
EFFECTIFS MONDE
67 000 salariés
VOLUME D'ACHATS 2008
5,9 milliards d'euros
EFFECTIF ACHATS
1000 collaborateurs