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L'éclairage urbain à l'heure des économies

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Nouvelles normes, nouveaux produits, nouveaux modes de gestions... Après avoir été longtemps négligé, l'éclairage public, qui pèse 40% de la facture d'électricité des communes, suit désormais un axe d'économies d'énergie.

Depuis deux ans, une nouvelle réglementation européenne est apparue.En fixant un cadre, elle met fin à l'anarchie qui régnait dans les cahiers des charges.

Depuis deux ans, une nouvelle réglementation européenne est apparue.En fixant un cadre, elle met fin à l'anarchie qui régnait dans les cahiers des charges.

Les astronomes sont mécontents. La forte luminosité dans les zones urbaines les empêche d'observer le ciel dans de bonnes conditions. Un problème jugé suffisamment sérieux pour qu'une dizaine de parlementaires dépose une proposition de loi en mai dernier, afin de «rationaliser l'éclairage nocturne dans les villes». Si les illuminations des vitrines commerciales, des bureaux ou encore les panneaux publicitaires sont en cause, l'éclairage public a aussi sa part de responsabilité. «Pendant longtemps, beaucoup de projets ont été complètement surdimensionnés et, dans de nombreuses communes, les luminaires éclairent le ciel autant que le sol», résume Alain Chardigny, pdg de Ludec (fabricant) et président de la division «éclairage extérieur» du syndicat de l'éclairage.

Cette «inflation» d'éclairement et les mauvaises performances des luminaires ont fait monter en flèche la consommation d'électricité. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise d'énergie (Ademe), elle est passée de 4,1 TWh (tera watts heure) au début des années quatre-vingt-dix à 5,6 TWh en 2005. A lui seul, l'éclairage public pèse 40% de la facture d'électricité des villes. Sous le double effet des législations européennes et de la volonté de maîtriser les coûts, les collectivités se penchent désormais sur le problème. Les nouveaux équipements n'ont plus grand-chose à voir avec les anciens. «Un rattrapage s'effectue depuis cinq ans et le secteur est en croissance de 10 à 15% par an», constate Alain Chardigny.

Une nouvelle réglementation européenne

Depuis deux ans, une nouvelle réglementation européenne est apparue. En fixant un cadre, elle met fin à l'anarchie qui régnait dans les cahiers des charges. Ainsi, la norme EN 13 201 détaille le niveau d'éclairement conseillé pour chaque type de voie (interurbaine, urbaine, rurale...) en prenant en compte des facteurs tels que la densité de circulation, la vitesse ou la présence ou non d'autres types d'éclairage (commerces, équipements publics, etc.). Un second texte, la directive EUP (Energy Using Product), réglemente la performance des lampes, calculée à l'aune du rendement en flux lumineux (Lm ou lumens) par watt consommé. «Celui-ci conduira à supprimer les lampes ayant le moins bon rendement, comme les ballons fluorescents qui seront bannis à partir de 2015. Les luminaires les moins performants, par exemple les boules dont 50% du flux lumineux se perd dans le ciel , seront progressivement retirés du marché», illustre Alain Chardigny (Ludec). Toutes ces normes devraient faire émerger deux modèles de lampes: celles à iodure métallique de plus de 80 Lm par watt et celles à sodium haute pression au-dessus de 120 Lm/W.

L'apparition de ces normes se conjugue avec la prise en compte du développement durable par les collectivités. «Depuis un an, la grande majorité des projets comporte un chapitre consacré aux économies d'énergie», constate Bodo-Serge Groening, de la direction commerciale du fabricant Edelcom. L'avantage est évident: la réduction de la consommation bénéficie à la fois à l'environnement et au portefeuille des communes. Le coût d'exploitation de l'éclairage public est en effet l'addition de deux dépenses: celle liée à la maintenance (changement des lampes, nettoyage des luminaires...) et celle de la consommation électrique.

@ X. MUYARD VILLE DE BOULOGNE-BILLANCOURT

Du côté des fabricants, les économies d'énergie constituent donc un axe prioritaire de l'innovation. La réduction de l'intensité en heures creuses grâce à un variateur de tension est une première piste. Elle est rendue possible par un système centralisé de variation permettant de pré-paramétrer la puissance de l'éclairage suivant les contraintes (temps nuageux, peu de voitures qui éclairent la route...) et de synchroniser les heures d'éclairage et d'extinction sur tout le territoire. Le même mécanisme est applicable localement, sur chaque point lumineux, mais le coût d'investissement est conséquent. La seconde piste consiste à optimiser la gestion du parc grâce à la télégestion, qui ouvre la voie à un éclairage intelligent, comme l'explique Bodo-Serge Groening (Edelcom): «Ce système permet d'abord d'éclairer juste en pilotant l'intensité de la lumière à distance.» Ce qui augmente la durée de vie des lampes. Surtout, c'est un véritable outil de reporting qui optimise la maintenance. «Il fournit les éléments pour une gestion prédictive en donnant toutes les informations sur l'état de la source lumineuse», explique le fabricant. Dans un premier temps, les ampoules en mauvais état, qui entraînent une surconsommation, peuvent être changées rapidement. Dans un second temps, les pannes complètes sont prévenues. Un point qui n'a rien d'anecdotique: selon les statistiques des communes, environ 10% des luminaires sont défaillants sur leur territoire. Ce qui engendre des coûts associés non négligeables, humains notamment, à l'image des tournées physiques d'agents ou du prestataire qui doivent être organisées afin de vérifier chaque luminaire.

« Dans de nombreuses communes, les lampadaires éclairent le ciel autant que le sol. » Alain Chardigny, Ludec

Des solutions onéreuses

Toutes ces technologies sont donc prometteuses. Mais elles représentent un investissement important pour les communes. A titre d'exemple, un système de télégestion installé sur un point lumineux coûte entre 120 et 150 euros. La qualité de l'éclairage public est cependant une donnée essentielle de la sécurité des biens et des personnes. Pour faire face à ces investissements, des communes se sont déjà tournées vers la solution des partenariats public-privé (PPP). Ces contrats permettent de confier à un opérateur privé, pour une période donnée, le financement, la construction ou l'exploitation d'un ouvrage. Lequel est géré par cet opérateur en échange d'un loyer versé par la collectivité, dans le cadre d'un contrat de longue durée.

« Souvent, le réseau électrique enfoui, qui alimente les points lumineux, ainsi que l'éclairage ont été négligés pendant de longues années. » Laurent Drougard, Eurelec

Un patrimoine à mettre en valeur

La complexité des projets est un premier point qui justifie le recours aux PPP. C'est ce qu'explique Laurent Drougard, directeur général de l'entreprise de génie électrique Eurelec, filiale de Spie Batignolles: «Souvent, le réseau électrique souterrain, mais également le matériel d'éclairage, ont été négligés pendant de longues années. La commune se retrouve face à des projets très importants nécessitant une grande technicité.»

Pour Henri-Luc Julienne, directeur grands projets chez ETDE, les PPP sont pour les villes un dossier à multiples facettes, avec des problématiques qui se cumulent. «Avec ce type de contrat, la ville souhaite d'abord rénover ou renouveler son parc, souvent vétuste, observe-t-il. Mais les demandes portent sur d'autres plans.» Outre la baisse de la consommation d'énergie, les villes en profitent également pour retravailler leur image: «Elles attendent des entreprises un enrichissement de la réflexion et, par exemple, du conseil et des propositions sur le choix du mobilier urbain, mais aussi sur le développement durable, sur l'impact des travaux sur le quotidien des habitants. L'éclairage ainsi que les luminaires ou les candélabres font non seulement partie de l'environnement des habitants, mais ils sont vus par tous les automobilistes qui transitent dans la commune.» Plus globalement, ces projets sous-tendent un embellissement de la ville. «La mise en valeur du patrimoine et des monuments historiques par des lumières adaptées fait souvent partie des demandes», observe Henri-Luc Julienne. De même que la volonté d'apporter une cohérence de la luminosité entre les quartiers, comme le montre l'exemple de Boulogne-Billancourt (lire encadré page précédente).

Des points de blocage

Reste que certaines communes ont encore des réticences à nouer un PPP. Selon Laurent Drougard (Eurelec), la crainte de l'engagement sur la durée constitue l'un des principaux points de blocage. «Beaucoup de souplesse a été introduite sur ce plan, relève-t-il. Des points d'étape sont réalisés régulièrement et des possibilités de changement de planning peuvent être prévues dans les contrats, par exemple en cas de changement de priorité ou pour coordonner les travaux avec d'autres aménagements de voirie.» Depuis la création de ce contrat, en 2004, plus d'une quinzaine de communes l'ont utilisé pour des projets de rénovation d'éclairage public. «Cela reste marginal par rapport au nombre total de projets d'éclairage en France, relève Alain Chardigny (Ludec). Mais c'est une tendance réelle. Le risque pour la commune est qu'après les 15 ou 18 ans du partenariat, les collectivités n'aient pas d'autre choix que de lancer un nouveau PPP. En effet, l'ensemble des lampadaires est généralement changé en début de marché. Ils sont donc presque en fin de vie à l'issue du contrat.»

Loin de ces projets globaux, d'autres communes aux parcs encore récents rivalisent d'idées pour réduire leur consommation et leur facture énergétique, tout en respectant les normes d'éclairement. C'est le cas d'Orgeval, une ville des Yvelines suréquipée en points lumineux, avec notamment des rangées de luminaires de chaque côté de certaines voies. La mairie a réduit sa note de 30% en utilisant une méthode très simple. A partir de minuit et jusqu'à 5 heures du matin, la moitié des luminaires qui éclairent les rues peu fréquentées sont éteints.

Témoignage
«A Boulogne-Billancourt, une grosse opération d'éclairage public a débuté»

Tout est à refaire. A Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), l'éclairage public est, depuis plusieurs années, au bord de la panne. «Le réseau électrique qui alimente l'éclairage public date des années trente et n'a jamais été complètement refait», explique Guillaume Gardillou, maire-adjoint en charge notamment de la voirie. Sa commune vient de s'associer à la ville voisine de Sèvres pour signer la plus grosse opération d'éclairage public jamais réalisée en France, dans le cadre d'un partenariat public-privé (PPP). Le contrat, d'un montant de 92,3 millions d'euros, a été signé le 15 juillet dernier pour une durée de 20 ans avec ETDE, filiale de Bouygues. Le réseau électrique sera remis à neuf et 6 200 points lumineux seront installés à Boulogne et 2 800 à Sèvres, pour des économies d'énergie de l'ordre de 38%. «Elles seront notamment générées par le remplacement, dans les trois premières années, de 75% des installations énergivores», indique Guillaume Gardillou. La commune a fait le choix d'un double système de télégestion à distance pour la mise en marche et l'intensité des candélabres (pour les voitures) indépendamment des lampadaires (pour l'éclairage des piétons). Des variateurs seront également installés, permettant d'adapter l'éclairage aux conditions du trafic routier. La mise en valeur du patrimoine (théâtre, mairie, château...) avec un choix de plusieurs ambiances d'éclairement est également prévue.
Le contrat comporte également d'autres originalités. D'abord, plusieurs dispositions sont prévues pour limiter les nuisances aux riverains pendant les travaux, qui vont s'étaler sur plusieurs années. «Pour creuser la voirie, nous avons choisi la technique de la micro-trancheuse, qui permet de limiter le volume de déblais et générera donc huit fois moins de rotations de camions», précise Guillaume Gardillou. L'opération de creusement et rebouchage s'effectue par ailleurs en six heures seulement.

Boulogne-Billancourt

DEPARTEMENT Hauts-de-Seine
NOMBRE D'HABITANTS 108 000
BUDGET ANNUEL 2008 186 millions d'euros

En chiffres
L'électricité française est la moins chère d'Europe

La France est actuellement la championne d'Europe des tarifs d'électricité les plus bas pour ses collectivités locales. Grâce à des accords négociés en 2005 avec EDF, le prix oscille entre 0,7 et 0,8 euro le kW/h. Il est inférieur de moitié à ceux que connaissent les communes de certains de nos voisins de l'Union européenne. Et même inférieur d'environ 30% au tarif appliqué aux particuliers. Un avantage dû au fait que l'électricité est en grande partie d'origine nucléaire, qui coûte moins cher que la production à base de charbon par exemple. Tous les acteurs s'attendent néanmoins à un rattrapage partiel en 2010, date à laquelle ces tarifs seront rediscutés. Un facteur qui pourrait doper les projets de rénovation de l'éclairage urbain incluant des économies d'énergie.