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Hôpitaux: la rationalisation des achats s'accélère

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Loi «Hôpital, patients, santé et territoire» (HPST) et nouveau «Plan Hôpital» (2011-2015) encouragent la normalisation des achats. Les acheteurs - dans les hôpitaux comme dans les centrales - s'organisent pour s'adapter à ce nouvel environnement. Une évolution qui débouche sur une «mutation organisationnelle» de la profession.

Plus que jamais, les acheteurs sont au coeur de la mutation entreprise par les hôpitaux, pour s'adapter à la nouvelle donne économique sur fond de déficit de la Sécurité sociale: tarification à l'acte, baisse des dotations de l'Etat et maîtrise de l'endettement. En 2006 déjà, un premier plan (2006-2009) était censé impulser une nouvelle dynamique dans la fonction achat. Il a provoqué la création de plusieurs structures dédiées: Uni HA, ResahIdf, GIE CAC. En dépit des efforts de mutualisation menés, ces résultats ont été jugés décevants par les pouvoirs publics. Au total, 450 millions d'économies ont été réalisées contre 850 millions attendus. « Les achats hospitaliers qui représentent le deuxième poste de dépenses du budget d'exploitation d'un hôpital, après les frais de personnel, sont un enjeu considérable sur le plan budgétaire. Ils constituent un gisement d'économies trop peu exploité », estimait Roselyne Bachelot, encore ministre de la Santé devant la Fédération des établissements hospitalier (FEH), en juin 2010. Il faut aller plus loin, notamment dans les achats médicaux (médicaments,...) où les gisements d'économies ont été jusqu'alors peu exploités. Roselyne Bachelot a chargé la DGOS (Direction générale de l'offre de soin) au ministère de la Santé de piloter un nouveau plan de performance des achats hospitaliers, sur cinq ans (2011-2015). Le 12 mai, le Comité national de pilotage stratégique (CNPS) du «Plan Hôpital» tracera les grandes lignes des chantiers à mener. Ces décisions sont très attendues par les professionnels du secteur confrontés avec la loi «Hôpital, patients, santé et territoire» (HPST) du 21 juillet 2009 à un environnement entièrement nouveau, et très évolutif. De cette loi sont nées les Agences régionales de santé (ARS) qui sont chargées de guider l'offre de santé dans les régions, et d'associer médecine de ville et hôpital - public et privé. Rien ne les empêche de mettre en oeuvre, par exemple, une coordination des achats à l'échelle régionale, entre plusieurs Centres hospitaliers universitaires (CHU).

Hôpital: répartition des achats

19 Mds d'euros d'achats hospitaliers


- Médicaux: 50-60 %
- Non médicaux: 40-50 %


Source: Direction générale de l'offre de soin

De nouveaux relais à la massification

Qu'ils soient publics ou privés (Générale de Santé, etc.), grands établissements (CHU) ou petites structures, tous les centres hospitaliers vont devoir s'adapter. Il en va de même pour l'ensemble des organisations qui participent de près ou de loin à la mutualisation et à la professionnalisation des achats dans la santé: centrales d'achat, telle l'Ugap, qui réalise 26 % de son activité dans le domaine, groupements (Uni. HA, Resah-Idf, etc.) ou plateformes de support en ligne comme la Fehap (Fédération des établissements hospitaliers et d'aide à la personne privés non lucratifs).

Certains ont largement anticipé cette évolution. « Nous avons engrangé les gains de la mutualisation et de la massification. Mais ce n'est qu'une première étape. Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, il faut trouver de nouveaux relais et travailler sur l'organisation de la fonction achats », explique Bruno Carrière, directeur d'Uni. HA. Poids lourds du secteur puisqu'il regroupe 54 CHU, Uni. HA travaille de plus en plus sur des sujets transversaux comme les prestations de services, l'ingénierie et la formation.

Mutualisation des achats high-tech

Preuve de l'accent mis sur ces domaines, le groupement s'apprête à signer avec Microsoft un accord-cadre. Plus de 190 hôpitaux s'apprêtent à réaliser 30 à 80 % d'économie sur leurs systèmes d'information grâce à «cette association» inédite dans le secteur. Ce marché groupé permettra aux hôpitaux d'optimiser la gestion de leur parc informatique en bénéficiant de la hot line et de la maintenance du géant américain de l'informatique. « Les dépenses qui vont croître sont celles touchant aux produits de santé proprement dit, aux systèmes informatiques, à la qualité et la sécurité. Ce sont des achats à plus forte valeur ajoutée. D'ici 10 à 15 ans, du fait de l'évolution technologique, mais aussi de l'externalisation des fonctions supports, les achats pourraient bien dépasser en importance, les dépenses de «personnel», dans le budget d'exploitation des hôpitaux », souligne Dominique Legouge, directeur de Resah-Idf.

D'ores et déjà, les centres anti-cancer se mobilisent sur l'équipement de matériels de pointe (scanners, scintigraphie, imagerie nucléaire, etc.) qui permettent de diagnostiquer plus tôt les cancers. « Nous sommes montés en charge sur ce type d'achat, en 2010 », note Stéphane Stépanian, coordonnateur du GIE Consortium d'achats des centres de lutte contre le cancer. « En mutualisant ces achats d'équipement et en négociant les contrats de maintenance et les consommables qui vont avec, notre action a un double impact. Sur les investissements et sur les dépenses d'exploitation de nos établissements », souligne-t-on au GIE CAC.

Cette accélération de la rationalisation des achats porte même sur des domaines jusqu'à présent peu touchés par la massification. Un exemple? Les dispositifs médicaux qui ne représentent que 5 % des achats d'Uni. HA. Ces produits sont dits «opérateurs dépendants» c'est-à-dire que leur choix est dicté par deux exigences: le confort du praticien et la sécurité du patient. Ils se prêtaient moins, par nature à une standardisation des achats. Jusqu'à présent. Cette montée en puissance des échanges de bonnes pratiques et des achats groupés, s'accompagne de ce que le Claps (Club des acheteurs de produits de santé), club des grands acheteurs du secteur public de santé, créé en décembre 2010, présente comme une «mutation organisationnelle» des achats.

Thierry Plantard, CHU d'Amiens

@ Denis WARDZALA

Thierry Plantard, CHU d'Amiens

Témoignage

« Notre nouveau modèle d'organisation porte ses fruits »


Le CHU d'Amiens pourrait bien être un cas d'école. Conseillé par CropandCo, il a entièrement revu, depuis deux ans, son organisation achat. Elle s'articule autour de plusieurs instances. Au top niveau, celui des décisions stratégiques: la commission achat, présidée par le directeur général du CHU.
Elle comporte en son sein des représentants médicaux des pôles de soin, mis en place par la loi HPST. « Pour développer les échanges de bonnes pratiques, et orienter notre projet achat, nous nous appuyons également sur un Comité des Acheteurs, composé de 40 membres », explique Thierry Plantard, directeur achats et approvisionnements. Ce sont tous ceux qui, dans le cadre de leur activité principale, réalisent au moins une consultation par an. « Pharmaciens, mais aussi DSI, DRH sont associés à ses travaux », résume Thierry Plantard. « Les acheteurs en milieu hospitalier traitent aussi bien des achats de savons, de bistouris, de médicaments que de blocs opératoires. Nous apportons des éclairages sur ce qui constitue le fonds commun de notre métier d'acheteur. »
Les sujets évoqués? « Quelles sont les règles d'échanges de données avec les fournisseurs? Quels gains avons-nous réalisés? ». Dernier rouage de ces structures: la cellule d'appui achat, avec quatre acheteurs-coordonnateurs, plus particulièrement formés à la fonction. Leur rôle est d'accompagner les acheteurs-métiers, de les aider à mettre en place leur stratégie achat ou de les sécuriser dans leurs démarches avant un appel d'offres.

CHU d'Amiens

ACTIVITE Santé et soin
REVENUS 500 millions d'euros
EFFECTIF 5 500 salariés
VOLUME D'ACHATS 80 millions d'euros (hors construction du nouveau CHU)
EFFECTIFS ACHATS:
4 acheteurs à temps plein
40 acheteurs associés

Vers une centralisation des achats

Autrefois «atomisée», entre divers intervenants ( acheteurs des services généraux, pharmaciens, DSI, etc.), la fonction s'organise, à l'intérieur des hôpitaux, autour de directions plus structurées. Avec des plans d'actions, des indicateurs de performances, des plans de formations comme au CHU d'Amiens (lire l'encadré p. 69). Ce phénomène est perceptible, y compris dans les établissements de taille moyenne. « On assiste à la création de service achats intervenant de manière transversale et rat tachés à la direction générale, comme à l'hôpital Saint-Jospeh de Marseille», note Véronique Chasse, qui mène le projet achat de la Fehap. Tout ceci témoigne de la maturité grandissante du secteur.

Jean Urvois, CHU de Brest

Jean Urvois, CHU de Brest

Témoignage

« Un gros chantier nous attend: les achats pharmaceutiques »


Moteur économique de la région et premier employeur de la ville, l'hôpital de Brest sait ce que coopération territoriale veut dire. Il a fusionné en 2009 avec l'hôpital de Carhaix et coopère au niveau régional avec d'autres établissements, comme l'hôpital de Landerneau. « La loi HPST a bouleversé notre mode de gouvernance interne. Notre organisation, administrative et logistique, se structure autour de pôles de soins », explique Jean Urvois, directeur adjoint du CHU. Il faut mettre un terme à la fragmentation des achats, améliorer leur pilotage global et atteindre une masse cri-tique, pour obtenir l'efficience recherchée. « Un premier gros chantier nous attend: les achats de médicaments et de dispositifs médicaux. » Adhérent à Uni. HA, l'hôpital envisage de passer des conventions de parrainage avec ce dernier, ce qui permettrait de faire participer des hôpitaux du territoire à des segments d'achats nationaux. Pour Jean Urvois, il faudra compléter ce dispositif par la création de groupements de commandes départementaux.

CHU de Brest

ACTIVITE Santé et soin
REVENUS NC
EFFECTIF 6 700 salariés
VOLUME D'ACHATS 90 millions d'euros
EFFECTIF ACHATS NC

Une évolution globale

Côté fournisseurs, les grandes entreprises, informatiques, pharmaceutiques, ou spécialisées en matériels médicaux, s'adaptent, volens nolens, à la nouvelle donne. General Electric Healthcare ou Siemens, par exemple, se sont dotés de responsables grands comptes, dédiés à une centrale ou un groupement à l'instar des responsables comptes-clés dans la grande distribution. Quant aux PME, elles tentent également d'avoir leur place. Dans son offre, l'Ugap, acteur de poids du secteur médical puisqu'elle réalise 25 % des achats médicaux en France sur son périmètre adressable, met en avant les innovations proposées par les TPE/PME (système anti-fugue, dépistage de stupéfiants, etc.).

C'est un domaine très particulier que celui de la Santé. La mission première des hôpitaux n'est-elle pas de garantir qualité des soins et sécurité des patients? Rien d'étonnant dans ces conditions que le rôle des prescripteurs, pharmaciens, médecins et ingénieurs biomédicaux, soit si important. « A l'Ugap, nous ne mettons jamais le prix en premier critère de choix mais nous réalisons des études en coût complet », souligne Sébastian Taupiac, directeur adjoint des achats. « Des études de marché approfondies, l'allotissement, les critères de choix et leur pondération, les calendriers ou encore les techniques de marché sont des éléments qui permettent d'associer massification, performance économique, in novation et PME. » Une préoccupation partagée par la nouvelle génération d'acheteurs hospitaliers qui est en train de naître de ces bouleversements.

Mot clés : Santé

Claude Alpi