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Grande vitesse: le rail poursuit sa course

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Pour capter une clientèle affaires toujours plus adepte du train, les acteurs du ferroviaire passent à l'offensive en employant les grands moyens. Leur créneau: développer des projets de LGV (lignes grande vitesse) capables de détrôner, à terme, le transport aérien sur des destinations-clés.

Raccourcir le temps de trajet en train pour mieux concurrencer l'avion. Telle est la ligne directrice de la SNCF qui veut notamment accroître sa clientèle «affaires». « C'est tout l'enjeu de la grande vitesse et notre agenda est chargé en la matière », assure-t-on au sein de la compagnie ferroviaire. Preuve en est: les projets de nouvelles lignes foisonnent en France. « Le vrai changement s'opérera en 2017 avec l'aboutissement de quatre grands chantiers », (lire notre zoom p. 42), se réjouit Jean-Marc Delion, directeur général délégué de RFF (Réseau ferré de France). Sans oublier l'inauguration - très attendue - de la nouvelle LGV (ligne à grande vitesse) Rhin- Rhône à la fin de l'année (lire notre interview d'Alain Barbey, p. 41). Autant d'événements qui laissent présager un avenir fructueux pour le rail. « Sur les trajet de moins de trois heures nous sommes déjà plus compétitifs que l'aérien, et captons notamment très largement la clientèle affaires », explique Jean-Marc Delion. Selon le directeur général délégué de RFF, le rail absorberait aujourd'hui pas moins de 80 % des parts du marché des trajets de deux heures. Les 20 % restants iraient à l'aérien. Et sur les trajets de trois heures, le rail absorberait 60 % du trafic. Le succès du train s'avère encore plus frappant sur les axes internationaux. Selon le dernier baromètre annuel American Express, le trajet Paris-Londres a enregistré, en 2010, une croissance de 14 % et les axes Thalys, 7,5 %. « Un véritable maillage européen se dessine aujourd'hui autour de la capitale. Londres est accessible en deux heures, Bruxelles en 1 h 20 ; Amsterdam et Cologne en trois heures. Notre objectif consiste à pousser cette démarche plus loin encore », souligne Jean-Marc Delion. Mais, les nouvelles LGV attendues s'inscrivent plus dans un cadre national qu'à l'échelle européenne. En France, avec le lancement prévu de la ligne Paris-Toulouse, comme en Espagne ou en Italie, avec la mise en place des axes Madrid-Barcelone et Milan-Rome. Cette logique pays par pays se traduit par l'impossibilité de signer des contrats globaux, multiopérateur et ce, malgré la création, en 2007 de l'alliance Rail-team. « Il n'existe pas de tarification homogène sur le rail au niveau européen. Les entreprises doivent donc finaliser un accord-cadre directement avec chaque compagnie », regrette Yann Barbizet, directeur du cabinet de conseil Concomitance. Une situation qui n'a pas évolué avec l'ouverture à la concurrence, depuis fin 2009, du marché ferroviaire français. La SNCF n'ayant, à ce jour, aucun rival sérieux. « Dans ces conditions, les entreprises privilégient le train comme elles le peuvent, en misant essentiellement sur les trajets domestiques, où le rail reste le plus présent, le plus pratique et le plus compétitif rappelle Yann Barbizet. La place du train dans les politiques voyages varie toujours selon la maturité de l'offre ferroviaire d'un pays donné. Ainsi, en France, les dépenses consacrées au transport ferroviaire représentent 15 % des budgets voyages. Un résultat significatif qui s'explique par l'existence d'un réseau national assez développé. C'est pourquoi, dans l'Hexagone, environ 60 % dépenses voyages sont réalisées sur le marché domestique. » Une part qui devrait évoluer, à coup sûr, avec le lancement des prochaines LGV. D'autant que la SNCF améliore toujours son offre de service afin que ses TGV se transforment en bureau mobile pour le voyageur d'affaires: accès à l'Internet haut débit sur les lignes Thalys et Est-européenne, repas «servis à la place» dans l'Eurostar et TGV Lyria, etc. Des compensations nécessaires face à la durée de certains trajets encore supérieure au seuil des trois heures.

interview
« Plus de flexibilité et des temps de déplacement optimisés pour la clientèle d'affaires»

En quoi le projet de ligne grande vitesse Rhin-Rhône, inauguré le 11 décembre prochain, pourra intéresser la clientèle affaires?
Tout d'abord parce qu'il permettra de réduire de manière significative le temps de trajet entre Paris et ces deux pôles d'affaires que sont Bâle et Zurich, plaçant Bâle à trois heures de la capitale française (contre 3 h 30 aujourd'hui) et Zurich à moins de quatre heures (contre 4 h 30 aujourd'hui). Sans oublier l'augmentation à six fréquences quotidiennes dans chaque sens, offrant au voyageur d'affaires une plus grande flexibilité dans l'organisation et l'optimisation de son temps de déplacement.


Avez-vous évalué le nombre de voyageurs d'affaires qui pourraient être concernés par le projet?
Nous parlons de trois grandes capitales économiques. Le potentiel est très important et se chiffre, à terme, en centaines de milliers de voyages supplémentaires. En facilitant les déplacements entre la France et la Suisse alémanique, Lyria est convaincue de pouvoir jouer un rôle capital dans le développement des relations économiques entre ces deux entités. Un enjeu de taille car les échanges commerciaux, comme les échanges touristiques, avec la Suisse alémanique sont loin d'être au même niveau que ceux déjà consolidés avec la Suisse romande.


Ce projet sera-t-il accompagné d'une nouvelle offre de services pour les voyageurs d'affaires?
Dès la mise en service de la ligne Rhin-Rhône, TGV Lyria mettra en service des trains dernière génération. Des duplex, plus confortables, mieux aménagés et conçus pour répondre aux exigences la clientèle affaires. Au niveau des services, nous introduirons le service Lyriapremière, restauration incluse dans le prix du billet, comme cela prévaut déjà sur nos trajets vers Genève et Lausanne. Sans oublier la mise en place d'un double accompagnement, qui prévoit la présence dans chaque train d'un guide français et suisse, ouvrant de nouvelles possibilités dans le domaine de la distribution, de la connaissance des réseaux et des langues! Ces arguments cumulés aux avantages du ferroviaire (liaisons de centre-ville à centre-ville, facilité d'enregistrement, garanties de voyage, etc.) font du train le moyen de transport le plus intéressant entre ces différentes destinations.

zoom
Les projets de LGV à l'horizon 2017

LGV Sud-Europe-Atlantique. Le tronçon central Tours-Bordeaux s'inscrit dans la continuité de la LGV existante entre Paris et Tours. Il prévoit la construction de 302 km de nouvelle ligne entre Tours et Bordeaux et des raccordements au réseau existant.
Ainsi, Paris- Bordeaux s'effectuera, en 2017, en 2 h 05 contre trois heures actuellement. Cette liaison stratégique devrait permettre à la SNCF de gagner un million de voyageurs en plus par an sur l'aérien. « Nous étudions également la prolongation de la ligne entre Bordeaux et Toulouse avec le lancement d'une phase de déclaration d'utilité publique prévue en 2014, explique Jean- Marc Delion (RFF). Ainsi, aux alentours de 2020, Paris-Toulouse s'effectuera en 3 h 10. »


Le projet de LGV Est-européenne complet prévoit la construction de 406 km de ligne nouvelle entre la région Ile-de-France et l'Est du pays mettant Strasbourg à 1 h 50 de Paris à l'horizon 2016-2017. La ligne sera parcourue, en France et à l'international, par des trains rapides allemands (ICE) entre Paris, Sarrebourg et Francfort, tandis que certains TGV poursuivront leur trajet jusqu'à Stuttgart et Munich. Des liaisons sont prévues vers le Luxembourg et la Suisse (Bâle et Zurich).


Le projet de LGV Bretagne-Pays de la Loire est le prolongement, en direction de Rennes et de Nantes, de la LGV Paris-Le Mans. Il consiste à réaliser une ligne nouvelle de 180 km entre Connerré, à l'Est du Mans et l'Est de Rennes, ainsi qu'un débranchement vers la ligne classique en direction de Nantes. Dès 2017, le trajet Paris-Rennes sera réduit de 37 minutes et celui de Paris-Nantes, de huit minutes.


Via un contournement de la ligne Nîmes-Montpellier, les franciliens pourront, dès 2017, se rendre à Montpellier en trois heures. Sans oublier un projet de nouvelle LGV reliant Montpellier à Perpignan en 45 minutes (phase de déclaration d'utilité publique prévue en 2015). Un tracé qui ouvre naturellement la voie vers l'Espagne. « A terme, Paris ne sera plus qu'à 4 h 30 de Barcelone, indique Jean-Marc Delion, un trajet qui reste certes trop long pour les voyageurs d'affaires. Mais la mise en place d'un axe méditerranéen Marseille-Montpellier-Barcelone offrira des perspectives intéressantes pour les entreprises du sud de la France ».

Jean-Marc Delion, RFF

« Nous sommes plus compétitifs que l'aérien sur les trajets de moins de trois heures. »