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Gestion des déchets: les clés de l'optimisation

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Modes d'organisation territoriale peu efficients, manque de centres de stockage et d'incinérateurs, difficultés dans les relations entre collectivités et prestataires privés: autant d'obstacles qui entravent l'optimisation de la gestion des déchets. Pourtant, des leviers existent pour évaluer et contenir le coût de ce poste de dépenses.

La gestion des déchets. Voilà un lourd budget que de nombreuses municipalités ont du mal à optimiser. Et pour cause. A en croire la Cour des comptes dans son rapport de septembre 2011, Les collectivités locales et la gestion des déchets ménagers et assimilés, le coût d'un tel service augmenterait de 6 % par an depuis quelques années, avec de très fortes disparités, variant du simple au triple d'une collectivité à l'autre. En 2009, le coût moyen par habitant et par an approchait déjà les 124 euros (soit 33 centimes le kg), ou 298 euros par ménage. La dépense nationale atteint désormais 8 milliards d'euros. Mais pourquoi la facture est-elle aussi salée? Les raisons invoquées sont multiples: manque de centres de stockage de déchets ultimes ou incinérateurs, insuffisance de l'information des citoyens en matière de tri ou de prévention, difficultés dans les relations entre collectivités et prestataires privés, modes d'organisation territoriale peu efficients, etc. «Il est d'autant plus difficile d'optimiser de tels coûts qu'aujourd'hui encore, l'existence d'un modèle unique de gestion permettant aux collectivités de se benchmarker les unes avec les autres fait défaut», rappelle Marc Cheverry, chef du service prévention et gestion des déchets à l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). En effet, si certaines collectivités assument seules le service de collecte et de traitement des déchets, nombre d'entre elles n'hésitent pas à déléguer tout ou partie de ces missions à un syndicat d'agglomération, voire à un prestataire privé (Veolia, Sita...). D'autres préfèrent leur confier des tâches spécifiques comme la gestion des déchetteries. «OEuvrant pour le compte de plusieurs collectivités, ces partenaires extérieurs prennent communément en charge la partie traitement des déchets, une des étapes les plus coûteuses du process. En jouant sur l'effet taille par la mutualisation des services, chaque client optimise ses coûts», détaille Marc Cheverry. Ce dernier rappelle que cette tendance à la délégation porte aussi sur la collecte. « Mais avec un temps de retard, car les modes de financement de la collecte, qui se conjuguent eux aussi au pluriel, ralentissent le processus », précise l'expert. Certaines collectivités financent encore ce service par une taxe d'enlèvement des ordures, d'autres privilégiant, a contrario, une redevanceLa loi Grenelle 2 préconise, à terme, une généralisation de la redevance, dont le montant peut être indexé sur le volume de déchets produit par foyer Et ce, contrairement à la taxe d'enlèvement qui, selon les cas, peut couvrir la moitié du coût réel du service rendu ou le double.. Autant de configurations qui peuvent, selon les cas, complexifier la délégation auprès d'un syndicat d'agglomération.

@ GAUTIER WILLAUME / FOTOLIA

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Gestion des déchets: quel coût en Ile-de-France?
91 euros TTC, tel est le coût moyen de la gestion des déchets ménagers et assimilés par habitant en Ile-de-France, selon l'Ordif (Observatoire régional des déchets Ile-de-France). Une tendance observée, en 2011, dans 27 collectivités d'Ile-de-France représentant plus de 8 millions d'habitants. L'étude relève des écarts de coûts significatifs entre les territoires, de 66 à 124- euros TTC par habitant. Ces variations sont plus importantes en milieu urbain, car les collectivités «urbaines» ont des organisations de service plus hétérogènes, notamment en termes de nombre de collectes au porte-à-porte ou de maillage de déchetteries.

La collectivité, un donneur d'ordres qui doit s'affirmer

Face à une telle diversité des modes de gestion existants, difficile de s'appuyer sur des leviers clairs d'optimisation. Pire, la prédominance d'une multiplicité d'acteurs tend aussi à brouiller les champs d'action de chacun en la matière, comme l'a souligné la Cour des comptes dans son rapport. « Aussi, lorsqu'une collectivité délègue tout ou partie de la gestion du service, elle doit veiller à assumer pleinement son rôle de donneur d'ordres, souligne Marc Cheverry (Ademe). En amont, elle doit formuler des exigences précises dans son cahier des charges et assurer, en aval, un suivi approfondi de la prestation, via des indicateurs de performance. L'objectif final étant que le service rendu soit 100 % conforme aux objectifs fixés. » Pour bien évaluer la performance d'un tel service, pourquoi ne pas miser sur une étude d'optimisation? Un audit proposé par un panel d'experts, des cabinets privés ou encore l'Ademe. Cette dernière finance une telle prestation à hauteur de 50 %. L'avantage de ce diagnostic: permettre aux collectivités de disposer d'une réelle visibilité sur l'ensemble du service (taux de remplissage BrJes bacs, poids de la collecte sélective par habitant, fréquence des tournées effectuées par semaine, etc.). « Cela passe par une analyse fouillée de l'existant, via un échantillonnage précis des volumes de chaque flux sur plusieurs jours, voire une semaine », précise Jean Le Gall, consultant au sein du cabinet ERA (Expense Reduction Analysts).

Jean Le Gall, cabinet ERA

« C'est en sensibilisant les usagers au tri que la collectivité évite de payer une prestation supplémentaire. »

@ CELESTE CLOCHARD / FOTOLIA

Le tri à la source, clé de l'optimisation

Mieux encore, l'Ademe a mis au point la matrice «Compta Coût», un outil en ligne gratuit permettant un suivi analytique des coûts induits par la gestion des déchets. « Un prérequis essentiel. Sans l'évaluation des coûts en amont, impossible de dégager, in fi ne, des leviers d'optimisation adaptés », rappelle Marc Cheverry. Le chef du service prévention et gestion des déchets à l'Ademe indique par ailleurs que cet outil s'avère utile pour les collectivités en mode «redevance» comme en «mode taxe». Ce référentiel unique passe au crible les coûts par flux de déchets (ordures ménagères, recyclables secs, déchets des déchetteries, etc.), et par étape technique de gestion (collecte, tri, traitement, stockage). « En se référant à une même méthode d' évaluation, les collectivités adoptent une approche commune propre à l'échange des bonnes pratiques, au partage d'astuces pour mieux optimiser leur gestion: réduction du nombre de tournées, développement du tri à la source, etc. », souligne Marc Cheverry. Autant de leviers indispensables pour contenir le coût d'un tel service. « Le tri à la source est la clé numéro un de l'optimisation. C'est en sensibilisant au maximum les usagers à de telles consignes par l'intermédiaire de brochures, plaquettes, animations, etc., que la collectivité évite le paiement d'une prestation de tri supplémentaire, en moyenne facturée entre 50 et 70 euros la tonne, lance Jean Le Gall (cabinet ERA). Plus la collectivité est rigoureuse, en amont, dans sa gestion des déchets, plus elle est en mesure de négocier auprès de son syndicat d'agglomération, au risque de le mettre en concurrence avec un prestataire privé si celui-ci refuse de réadapter son off re. » A la clé, les économies sont loin d'être négligeables, pouvant avoisiner, selon le consultant, 30 à 50 % du coût total.