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Fibre optique, le chantier avance...

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Remède à la fracture numérique, la fibre optique implique néanmoins un déploiement long, coûteux et inégal. Tandis que les opérateurs nationaux privés privilégient les zones d'habitations denses et rentables, les collectivités, elles, peinent à financer leurs propres infrastructures pour uniformiser la desserte sur leur territoire.

La fibre optique, où en est-on? Le déploiement de l'Internet haut et très haut débit censé combler les disparités de l'accès à l'ADSL du réseau téléphonique en cuivre et mettre fin à la fracture numérique est loin d'être achevé. L'autorité de régulation des communications électriques et des postes (Arcep) faisait état en juin 2011 de 1,2 million de logements éligibles aux offres très haut débit en fibre optique jusqu'à l'abonné (FttH), délivrées par les principaux opérateurs de téléphonie fixe, soit une progression de 30 % sur un an. Par ailleurs, 4,2 millions de logements pourraient avoir accès à des offres de très haut débit en fibre optique avec terminaison en câble coaxial, fourni par Numéricable. Pour rappel, l'Etat a promis que l'ensemble du territoire serait couvert à l'horizon 2025 dans le cadre du plan France numérique 20 12. Pour y parvenir, les grands fournisseurs d'accès internet (FAI) se sont engagés d'ici à 2020 à desservir près de 57 % des ménages français répartis sur 3 700 communes, en plus des 180 localités identifiées comme zones à forte densité de population. Un engagement qui implique l'ouverture aux différents FAI des infrastructures du Génie civil (tranchées, conduites et poteaux) détenues par l'opérateur historique France Télécom. « Cest à partir du réseau filaire de France Télécom qu'ont été déployés les câbles que les opérateurs vont utiliser pour développer des réseaux en fibre optique jusqu'à l'abonné», explique-t-on à l'Arcep.

@ source: site internet de l'Arcep

40 milliards d'euros d'investissements

«Le très haut débit pour tous est très séduisant mais nécessite un investissement de l'ordre de 30 à 40 milliards d'euros», précise-t-on à la fédération des Entreprises publiques locales (EPL). Pour pallier le risque d'intensifier la désertification de zones à faible densité de population, un investissement englobant la desserte des foyers et des entreprises (publiques et privées) est nécessaire. Le gouvernement a créé le Fonds national pour la société numérique (FSN). Celui-ci vise à accorder des prêts aux opérateurs, d'1 milliard d'euros au total, destiné à financer 50 % des investissements retenus. A cette contribution s'ajoute une enveloppe de 900 millions d'euros, distribuée aux collectivités, qui devront développer des projets de réseaux à initiative publique (RIP) sur leur territoireà l'issue d'un constat de carence en ADSL comme le prévoit le Code des collectivités territoriales.. Destinée à compenser l'absence de services délivrés par les FAI, l'aide de l'Etat au financement des infrastructures peut atteindre jusqu'à 45 % des coûts de l'opération. Une subvention européenne peut aussi venir compléter ce développement. Un budget jugé insuffisant par l'Association des régions de France (ARF) qui déclare que «sur ces 2 milliards d'euros, seuls 900 millions deuros aideront l'investissement conduit par les collectivités. Celles-ci devront prendre en charge l'essentiel du financement. Pour la suite, la plus grande incertitude règne».

Jacques Dure, Niverlan

Jacques Dure, Niverlan

Témoignage: «Un contrat de délégation de services publics avec l'opérateur neutre Axione»

«La Nièvre était un désert numérique. Pourtant, le territoire compte 230000 habitants et 600 PME réparties sur l'ensemble du département. L'agglomération de Nevers concentre à elle seule 80000 habitants et 60 % des activités économiques du département», explique Jacques Dure, directeur général du syndicat mixte Niverlan. «Nevers et le conseil général de la Nièvre ont formé en mars 2006 le syndicat mixte Niverlan en lui transférant toutes leurs compétences en matière numérique.» Cet opérateur est chargé de gérer et d'exploiter les infrastructures de Génie civil, à la fois du réseau de fibres optiques et du réseau WiMax. Il est également en mesure de proposer aux particuliers et entreprises l'ensemble des offres des fournisseurs d'accès Internet. Ainsi la majorité des opérateurs nationaux sont présents sur la collectivité. Aujourd'hui la communauté d'agglomération compte plus de 600 km de fibre optique, 53 points WiMax et 38 répartiteurs dégroupés. 160 sites dont des administrations publiques et 33 zones d'activités économiques sont déjà raccordés en fibre optique, les 15 autres activités ont accès à Internet par faisceau hertzien. 85 % de la population est desservie par le dégroupage des lignes téléphoniques et les 15 % restant par le réseau WiMax. « Le débit est pour le moment bridé mais il est d'au moins 2 mégabits par seconde. Mais nous commençons à débrider le réseau par palier notre liaison WiMax à partir 4 mégabits. Elle pourra atteindre à terme 20 mégabits», conclut directeur général du syndicat mixte Niverlan.

Priorité aux zones densément peuplées

Jusqu'à présent, les FAI se sont concentrés sur le raccordement des zones à forte densité de population. Régions les plus rentables sur lesquelles il est plus facile de mutualiser les coûts d'aménagements des infrastructures du Génie civil. SFR a exprimé, en 2010, sa volonté de mutualiser ses investissements dans les infrastructures en fibre optique sur 42 communes qui comptabilisent 3,8 millions de logements. Lyon, Marseille, Paris et sa petite couronne, Nice ou encore Grenoble ont aujourd'hui accès à l'offre ADSL via la fibre optique, grâce à un financement engagé avec Bouygues Telecom. De leur côté, Free et Orange ont signé un accord de cofinancement pour desservir les zones moins denses dans une soixantaine d'agglomérations, de Brest à Dijon. Mais ce projet ne concerne que des villes de plus de 20000 habitants. Les zones rurales ne sont pas prises en compte. «Si les opérateurs ont démarré le déploiement de réseaux très haut débit en fibre optique dans les zones denses et rentables, on peut craindre que certains territoires et de nombreuses PME soient marginalisés», selon la fédération des EPL.

Les collectivités à la rescousse

Les collectivités ont profité des subventions de l'Etat pour déployer elles-mêmes leur réseau en fibre optique. Certaines ont formé des syndicats mixtes, destinés à signer des contrats de délégation de services publics avec des opérateurs autres que nationaux. D'autres favorisent des technologies alternatives, car la fibre optique n'est pas la seule réponse «aux carences en ADSL». Ainsi, le conseil général d'Indre-et-Loire développe un réseau par voie aérienne (sur la fréquence 5,4 Ghz) appelé «Hiperlan2». « Sur le département, on dénombre 300000 lignes téléphoniques fixes sur le réseau cuivre dont 2000 totalement inéligibles à l'ADSL. Nous avons lancé en juin 2009 un projet de déploiement d'un réseau d'accès à Internet via la boucle locale radio. Cela permet d'accéder à un débit montant de 2 Mbit/s», développe Hubert Cahen, adjoint au directeur des systèmes d'information du conseil général. Ce réseau d'accès à Internet diffusé par ondes hertziennes a été déployé par la société R'Lan, qui intervient en tant «qu'opérateur d'opérateurs». Coût total du déploiement? Plus d'1,5 million d'euros hors taxes, totalement financés par le département. «Des subventions de l'Etat et de la région ainsi qu'une aide européenne, respectivement équivalentes à 45 % et 25 % du coût de l'opération, viendront combler une partie des dépenses initiales», précise Hubert Cahen. Les 30 % restants demeure à la charge du conseil général d'Indre-et-Loire.

Hubert Cahen, conseil général de l'Indre-et-Loire

«Notre projet de déploiement d'un réseau internet passe par la boucle locale radio. Cela permet d'accéder à un débit montant de 2 Mbit/s.»

Mot clés : Réseau |

Sihem Fekih