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Feux d'artifice: le coût du spectacle

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A l'approche des célébrations du 14 juillet, les communes planchent sur l'organisation de leur feu d'artifice. Une prestation à laquelle tiennent les élus et dont les budgets sont souvent élevés. Le prix et la durée du spectacle restent les premiers critères du cahier des charges.

La quasi-totalité des communes achèvent la notification de leurs marchés de feux d'artifice en ce mois de juin, en vue de la célébration de la fête nationale, les 13 et 14 juillet. «La demande de la clientèle publique reste importante, analyse Jean-Luc Degaugue, gérant de La Festive, une petite société de spectacles pyrotechniques implantée dans l'Oise. Il s'agit d'un moment incontournable de la vie communale auquel les élus sont très attachés.» Nicolas Lefebvre, dirigeant de MFE logistique renchérit: «Le feu d'artifice représente souvent un coût important pour les communes, notamment les plus petites, observe-t-il. Mais elles y consacrent des budgets assez conséquents parce que c'est aussi un événement populaire, entièrement gratuit pour tous les habitants.» Néanmoins, de plus en plus de petites communes font le choix de se regrouper (lire ci-contre) et organisent cet événement de manière alternée, afin de proposer une prestation de qualité et d'une certaine durée, une quinzaine de minutes en moyenne.

Se différencier sur la qualité artistique

Le prix demeure, en effet, le critère prépondérant dans les marchés pyrotechniques. «Pour un spectacle de qualité, une petite commune de quelques centaines d'habitants doit compter au moins 3 000 euros, ce qui n'est pas une somme négligeable», juge un prestataire. A priori, la crise économique n'a pas grignoté les budgets. «Bien sûr, ces derniers ne sont pas à la hausse, confirme Nicolas Lefebvre (MFE Logistique). Mais ils demeurent stables. En revanche, les animations pyrotechniques s'étant multipliés ces dernières années, par exemple lors des marchés de Noël, certaines ont été supprimées afin de se concentrer sur les feux de la fête nationale.» Pour une enveloppe donnée, les communes exigent un maximum de prestations. Au grand dam des professionnels. «Les collectivités qui connaissent bien les problématiques pyrotechniques sont rares, juge Nicolas Lefebvre. Pour 3 000 euros, elles réclament parfois un feu de trente minutes, ce qui est parfaitement irréalisable!»

Autre regret: le critère artistique est généralement peu pris en compte. «Peu de clients publics nous jugent sur la qualité artistique de nos propositions, regrette Jean- Charles Béraud, dirigeant de la société Feux d'artifices Jean Béraud. Nos dossiers sont la plupart du temps examinés au regard de la quantité de produits utilisés ou de la hauteur des tirs. Les élus veulent avant tout un spectacle qui fait du bruit.» Pourtant, le critère artistique figure de plus en plus souvent dans le cahier des charges. «C'est essentiellement sur ce point que les fournisseurs peuvent se différencier, analyse le gérant de MFE Logistique. Ces professionnels peuvent mettre en avant la technique de tir utilisée, les effets annexes comme le générateur de flammes ou encore la possibilité d'associer de la musique, même si cela fait tout de suite grimper la facture.»

La sécurité, un critère négligé

La sécurité est un troisième critère devant figurer au cahier des charges. Mais cette problématique n'est que rarement mentionnée. Elle englobe plusieurs points, au premier rang desquels figure la distance des spectateurs ou des sites sensibles. La règle est la suivante: au diamètre de la bombe correspond la distance de sécurité. «Ainsi, pour une bombe de 100 cm de diamètre, il faudra isoler une zone de 100 mètres de circonférence par rapport au public ou aux sites dangereux, comme les stations- service», illustre Jean-Luc Degaugue (La Festive). Le respect de cette norme implique en général l'éloignement du pas de tir vers des lieux annexes de la commune, comme les terrains de football. Ce que les élus rechignent à faire. «Ils voient aussi le feu d'artifice comme une occasion de mettre en valeur le patrimoine de la commune, explique Jean-Luc Degaugue. Alors ils explorent au maximum les possibilités de l'organisation du spectacle en centre-ville. Ce qui reste envisageable si l'on n'emploie pas de gros effets pyrotechniques et en insistant sur la partie artistique. Avec des bombes qui montent à 75 mètres ou même à 50 mètres, on obtient déjà un beau spectacle.» Dans le domaine de la sécurité, toujours, les communes omettent parfois de réclamer le diplôme d'artificier. Un statut pourtant nécessaire lorsque le feu est classé en catégorie K4. C'est le cas lorsqu'une bombe contenant plus de 500 grammes de matière active est utilisée, ou quand l'ensemble du spectacle nécessite plus de 35 kg de matière active. Dans le même ordre d'idées, les cahiers des charges mentionnent rarement l'obligation d'assurance en responsabilité civile du prestataire.

Nicolas Lefebvre, MFE Logistique

«Le feu d'artifice reste un événement populaire auquel les élus et la population sont attachés.»

Zoom
Deux communes, un spectacle unique

Le soir du 13 juillet prochain, les 2 000 habitants de Luzinay (Isère) iront rejoindre ceux de Chuzelles, la commune voisine de 2 000 âmes également, pour assister au traditionnel feu d'artifice, accompagné d'un repas champêtre et dansant. «Depuis 2001, nous avons fait le choix de coorganiser cet événement avec nos voisins» explique Gérard Seigle, premier adjoint de Luzinay. La raison qui explique ce choix est principalement d'ordre économique. «Nous souhaitons organiser un beau spectacle, mais cela coûte en moyenne 5000 euros, ce qui représente une somme importante pour un budget comme le nôtre, qui s'élève à environ 2,5 millions d'euros» explique l'élu. En conséquence, chaque commune assume la moitié du prix total du spectacle, soit 2 500 euros. De plus, chaque année, celui-ci est organisé en alternance par l'une des deux communes. «Pour cette somme, les habitants assistent à un spectacle d'une bonne vingtaine de minutes, explique Gérard Seigle. Ils n'auraient probablement pas droit à une telle offre pyrotechnique si la commune était seule à l'organiser. En tout cas, les habitants ont très bien perçu cette organisation conjointe. Désormais, ils en ont pris l'habitude.» Si le marché est renouvelé chaque année, il est attribué au même prestataire depuis dix ans. «Il s'agit d'une petite entreprise du département voisin de l'Ain, précise l'élu. Dont nous sommes très satisfaits de la prestation. Et de toute façon, aucune autre entreprise ne nous a démarchés pour nous proposer ses services.»

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Florent Maillet