Mon compte Devenir membre Newsletters

Faut-il équiper vos collaborateurs de téléphones portables 3G?

Publié le par

La technologie UMTS permet d'accéder facilement à Internet et à sa messagerie professionnelle via un téléphone portable. Les entreprises restent cependant méfiantes vis-à-vis des abonnements 3 G, susceptibles d'entraîner une hausse importante de leurs factures télécoms.

@ DIGITAL VISION / G

La technologie UMTS permet d'accéder facilement à Internet et à sa messagerie professionnelle via un téléphone portable. Les entreprises restent cependant méfiantes vis-à-vis des abonnements 3 G, susceptibles d'entraîner une hausse importante de leurs factures télécoms.

Selon le cabinet d'analyses Gartner, près de 4,45 millions de personnes utilisaient, fin 2006, un téléphone portable 3 G en France. Un chiffre qui concerne à la fois le grand public et les entreprises, Gartner ne pouvant distinguer les utilisations à titre professionnel et celles à titre privé.

Apparue en 2004, la technologie UMTS (système universel de télécommunications mobiles), qui permet de faire aussi bien de la téléphonie mobile que du transport de données internet, a donc connu un démarrage plutôt poussif dans l'Hexagone. Les fonctionnalités qu'elle offre sont pourtant séduisantes, notamment dans le cadre d'une utilisation en entreprise. En effet, les collaborateurs nomades peuvent accéder à Internet via un téléphone portable, consulter leur messagerie, télécharger des pièces jointes, etc. Mais, dans la pratique, les terminaux compatibles 3 G restent avant tout utilisés comme des téléphones traditionnels. «Or, la 3 G n'apporte pas grand-chose au niveau de la voix», précise Patrick Bucquet, directeur associé de Greenwich Consulting, cabinet de conseil en stratégie et management des télécommunications.

Patrick Bucquet, Greenwich Consulting

«La 3 G n'apporte pas grand-chose si elle ne sert qu'à téléphoner et nécessite des appareils plus onéreux.»

Gare au suréquipement

Concrètement, l'UMTS permet de transférer des données numériques «par paquets». Son débit est ainsi de 384 Kbits/ seconde. Depuis l'année dernière, il est également possible d'utiliser la technologie HSPDA (High Speed Downlink Package Access), encore appelée 3,5 G, dont le débit atteint 2 Mbits par seconde, soit des performances proches de l'ADSL. Sur le marché, seuls Orange et SFR proposent des abonnements 3 G ou 3,5 G. De son côté, Bouygues Telecom s'est cantonné jusqu'à présent à la technologie Edge (Enhanced Data rate for GSM Evolution) dont le débit ne s'élève qu'à 200 Kbits par seconde. Néanmoins, l'opérateur devrait lui aussi lancer une offre 3 G d'ici à la fin de l'année.

Malgré des débuts que l'on pourrait qualifier de mitigés, la 3 G a ses supporters, principalement en raison du débit qu'elle procure. «Cette technologie apporte un réel service puisqu'elle permet, en situation de mobilité, de se connecter au serveur de l'entreprise, de récupérer des fichiers et de gérer ses mails», explique Christophe Fornès, président de Memobox, éditeur spécialisé dans la gestion financière des télécoms.

Les collaborateurs peuvent également «saisir leur rapport d'activité, consulter leur agenda ou utiliser les fonctions d'un navigateur GPS», renchérit Pierre-Yves Rallet, directeur marketing Business Unit chez SFR Entreprises. De même, la 3 G permet aux salariés de réaliser des visioconférences. Mais, dans la réalité, les écrans des téléphones sont trop petits pour une utilisation satisfaisante. «Attention donc au suréquipement!», prévient Pascal Lenchant, gérant de Néoditel, cabinet de conseil en réduction des coûts. D'autant que les terminaux 3 G coûtent plus cher que les téléphones portables classiques (130 Euros HT, contre 1 00 Euros HT en moyenne). «Même si les prix ont tendance à converger, cette technologie consomme davantage d'énergie et nécessite des appareils de meilleure qualité», rappelle Patrick Bucquet (Greenwich Consulting). Autre inconvénient: la couverture nationale est loin d'être parfaite.

La 3 G fonctionne principalement dans les milieux urbains, mais pas question de surfer dans les campagnes isolées. Les opérateurs ont choisi d'installer leurs antennes relais sur des «zones de vie», selon l'expression de Jean-Benoît Besset, responsable marketing mobilité d'Orange Business Services. Car le réseau 3 G n'est pas identique au réseau GSM. Orange estime que la 3 G couvre environ 60% de la population là où le réseau GSM en touche 98%. SFR annonce, pour sa part, couvrir 70 % de la population. Sur le terrain, Paris et l'Ile-de-France sont bien desservies, ainsi que les grandes métropoles régionales et les villes de plus de 10 000 habitants. De son côté, Orange propose, par exemple, le forfait illimité Business Everywhere, commercialisé 54 Euros HT par mois, qui permet aux utilisateurs de basculer du réseau 3 G au réseau Edge dont la couverture géographique s'étend quasiment à toute la France.

La jungle des abonnements

La complexité des offres d'abonnement représente également un frein à l'utilisation de la 3 G dans les entreprises. Les forfaits sont, en effet, exprimés en temps de communication ou en nombres de mégaoctets transférés. Pour la plupart des observateurs du marché, la tarification des opérateurs est ainsi peu lisible. Les documents commerciaux n'indiquent pas clairement ce qui est réellement compris dans les abonnements. «Je conseille aux acheteurs d'opter pour des abonnements en heure qui permettent une meilleure maîtrise de la consommation», indique Christophe Fornès (Memobox). Dans la pratique, il est en effet difficile pour un internaute d'évaluer le nombre de mégaoctets utilisés au quotidien, ce qui explique, dans certains cas, la hausse des coûts télécoms générés par l'utilisation de la 3 G dans les entreprises. «Malgré la baisse du prix des abonnements, il semble que la facture globale des entreprises ait augmenté de 7 à 8% entre 2005 et 2006, une hausse liée à une intensification du trafic», observe Christophe Fornès.

Les forfaits mutualisés représentent une alternative intéressante, car ils permettent aux collaborateurs d'utiliser le solde de leurs collègues. «Pour éviter des dépassements trop onéreux, la tendance est aux forfaits illimités car ils garantissent un budget fixe et un bon confort d'utilisation», note Pascal Lenchant (Néoditel). Mais les forfaits dits illimités sont en réalité bloqués, à environ 10 Go par mois. Au-delà, les dépassements sont facturés.

La connexion est possible en per manence, mais la logique de l'illimité s'ar rête là puisqu'un flux maximum des données transférées est fixé.

Une autre tendance s'impose peu à peu: le paiement au compteur, c'est-à-dire que l'entreprise ne paie que la consommation réelle. «Au final, selon les usages, l'acheteur peut choisir un abonnement au compteur pour les collaborateurs qui se déplacent une à deux fois par mois et un abonnement au forfait illimité pour les collaborateurs mobiles», recommande Patrick Bucquet (Greenwich Consulting).

Les opérateurs ont ainsi l'habitude de signer des accords avec les entreprises et de prévoir différents forfaits en fonction du profil des collaborateurs. «L'acheteur devra s'assurer que l'accord-cadre laisse suffisamment de flexibilité afin d'avoir les mains libres pour adapter les formules à l'issue d'une première analyse au bout de trois ou six mois», prévient néanmoins Pascal Lenchant. Le recensement des besoins est ici un point-clé du cahier des charges. Ce travail permet parfois à l'entreprise de se rendre compte que ses collaborateurs n'ont pas forcément besoin d'un abonnement 3 G. Pour les utilisateurs de terminaux de type Smartphones ou PDA, la fonction Push mail offerte par les abonnements 2,5 G, Edge et les petits forfaits 3 G (de 5 à 15 Mo) suffit. Enfin, l'utilisation d'une carte 3 G à partir d'un ordinateur portable, via l'insertion d'une carte PCMCIA ou le branchement d'une clé USB, se révèle souvent plus adaptée que l'acquisition de nouveaux terminaux mobiles. «La 3 G est un moyen de communication supplémentaire dans les entreprises et donc une nouvelle source de coûts. L'utilisation de cette technologie sera légitimée à partir du moment où l'entreprise sera capable d'enregistrer des gains de productivité», conclut Christophe Fornès.

PIERRE BLACHON, directeur des systèmes d'information du groupe Agrica.

PIERRE BLACHON, directeur des systèmes d'information du groupe Agrica.

Expérience

Le groupe Agrica teste la 3 G pour ses commerciaux

Une cinquantaine de salariés du groupe Agrica, organisme de protection sociale du secteur agricole, disposent d'un abonnement 3 G. «Nous avons équipé nos commerciaux les plus nomades afin qu'ils puissent travailler sereinement, sans être obligés de repasser à l'agence dont ils dépendent», explique Pierre Blachon, directeur des systèmes d'information. L'accès à la 3 G est donc réservé à une population triée sur le volet, qui a besoin de télécharger sur le terrain les contrats en cours ou les dossiers des entreprises clientes. D'autres collaborateurs bénéficient de cette technologie, mais cette fois via leurs BlackBerry: «Il s agit des membres de la direction et de certains cadres qui ont besoin d'accéder à tout moment à leur messagerie et leur agenda», précise Pierre Blachon. Les abonnements souscrits par Agrica s'inscrivent dans un contrat-cadre avec l'opérateur SFR Entreprises. Le directeur des systèmes d'information confie observer une sous-utilisation notoire de la 3 G. «Celle-ci devrait être en partie résorbée lorsque nous aurons déployé notre outil CRM en cours de conception, ce qui permettra notamment aux commerciaux d'accéder à leurs fichiers clients.» La 3 G donnera alors la mesure de toutes ses possibilités.



Groupe Agrica



- ACTIVITE: retraite et prévoyance.
- EFFECTIF: 800 personnes.
- CHIFFRE D'AFFAIRES: 2 milliards d'euros (2006).

Mot clés :

Véronique Méot