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FRANCOIS MEYER, DIRECTEUR ACHATS DE RESEAU FERRÉ DE FRANCE (RFF) «La maîtrise d'ouvrage est un concept nouveau pour les achats de RFF»

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Après 20 ans chez Renault, François Meyer est rompu aux figures imposées de son métier. Il explique en quoi une approche BPO (externalisation du processus d'affaires) convient à l'identité de Réseau ferré de France, entreprise gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire nationale.

Quel a été votre parcours professionnel avant votre arrivée chez Réseau ferré de France (RFF)?

François Meyer : J'étais responsable de la stratégie et du développement international au sein de la direction achats de Renault. J'ai contribué à la mise en place de process achats communs autour du sourcing entre les directions centrales et locales, à l'échelle mondiale. Et ce, dans des pays comme le Brésil, la Corée ou l'Inde, où j'ai préparé la mise en place de la fonction achats quand Renault s'est implantée sur le sous-continent indien. Ensuite, j'ai piloté le purchasing CCT (Cross company team) pour Renault-Nissan. Programme visant à améliorer la synergie entre les deux constructeurs.

RFF

ACTIVITE
Entretien et développement des infrastructures ferroviaires
CHIFFRE DAFFAIRES 2010
4,6 milliards d'euros
VOLUME DACHATS (DONT SI)
6,2 milliards d'euros
EFFECTIF GROUPE 1 300 salariés RFF et 14500 agents (direction de la circulation ferroviaire)
EFFECTIF ACHATS
6 personnes

Quelles problématiques spécifiques à RFF avez-vous identifiées à votre arrivée?

J'ai observé une situation classique de maturité naissante de la fonction. Il y avait de nombreuses opportunités d'évolution concernant les pratiques d'achats, les process et les systèmes d'information (SI). Une situation moins classique est la part des achats déléguée à la SNCF (environ 150 acheteurs de la SNCF travaillent pour RFF, NDLR). La relation transversale entre l'équipe dédiée de RFF et celle de la SNCF était limitée. Il est donc apparu opportun pour RFF de développer une direction achats et de promouvoir la création d'une véritable relation client-fournisseur avec notre prestataire. La direction a compris ces enjeux, liés à l'extension de l'entreprise.

Qu'avez-vous fait pour favoriser cette prise de conscience ?

Nous avons favorisé l'éclosion d une approche stratégique, avec la sollicitation systématique d'un deuxième fournisseur de prestations. Nous préconisons une approche de type centre de services, dans laquelle la prestation d'achats est externalisée et où des acheteurs projets ou category management interviennent pour élaborer les politiques et donner la feuille de route. La fonction achats interne remplit une mission de MOA (Maîtrise d'ouvrage d'achats). Pour ce faire, les équipes de RFF ont développé un projet baptisé «Sherpa», désignant le nouveau prestataire apte à challenger notre prestataire historique, la SNCF. Cette démarche est en phase de mise en oeuvre. Nous en attendons une amélioration d'ensemble de la qualité de service de nos prestataires et de la performance du service en général.

Quel avenir pour la fonction achats ?

Il nous faut poursuivre notre montée en puissance pour atteindre un management global des achats. Les acheteurs sont là pour accompagner un projet de transformation, ce qui passe aussi par des cycles de formation à la conduite du changement. En ce sens, la MOA est un concept nouveau pour les achats de RFF. La fonction se pense généralement comme stratégique, donc comme internalisée, mais l'idée d'un département externalisé émerge. Cela existe dans de grands groupes, comme la Caisse d'Epargne. D'autres y réfléchissent également. Je rencontre des prestataires qui, à des demandes d'outsourcing des centres de services, me disent qu'ils attendaient ce type d'appel d'offres de la part des entreprises. La fonction achats doit prendre part à la définition de la stratégie de l'entreprise et non s'épuiser à augmenter son taux de couverture sur des commodités à faible valeur ajoutée.

Croyez-vous aux achats responsables ?

Réseau ferré de France mène des démarches d'achats durables. Ainsi, d'importantes actions d'insertion sociale sont menées, en partenariat avec les entreprises de travaux. Le développement durable constitue un axe pertinent pour enrichir la maturité d'une fonction achats déjà déployée.

Comment conduire l'innovation fournisseurs?

C'est une question de gouvernance du contrat fournisseur. Le codéveloppement passe aussi par un sourcing bien mené et un cahier des charges fonctionnel, incluant des réunions de travail entre le client et ses fournisseurs. Pour que les systèmes applicatifs fonctionnent au sein du modèle de centre de services que nous élaborerons dans le cadre de la réorganisation de nos SI, nous souhaitons capter les compétences et ce, que la société soit une petite PME ou une grosse SSII. Nous ne voulons pas passer à côté de l'interconnexion entre les fournisseurs. C'est la qualité de l'offre et le niveau de compétences qui nous importent en premier lieu. Certes, les règles en vigueur chez RFF s'apparentent à celles du Code du marché public, mais la politique de notre entreprise est d'opter pour la procédure négociée avec mise en concurrence. Qui plus est, à l'intérieur d'un contrat, la prestation peut évoluer au cours du marché. Les fournisseurs ont donc tout à y gagner.

@ ARNAUD OLSZAK

Biographie

Diplômé de l'Ecole polytechnique, François Meyer a travaillé durant 20 ans chez Renault : 13 ans au service achats, dont sept sur le hors-production. Il y a été successivement ingénieur méthodes, ingénieur projets puis manager achats avant de devenir chef du service stratégie et développement international des achats. Depuis 2009, il est directeur achats de Réseau ferré de France (RFF) et membre du comité des directeurs.

zoom La première convention achats dédiée au système d'information

Le 27 mai dernier, la première convention achats dédiée au système d'information s'est tenue à Issyles-Moulineaux. Cet événement a réuni près de 390 participants et 240 sociétés. 60 % d'entre eux ont découvert RFF à cette occasion, les autres ont approfondi leur connaissance de l'opérateur (spécificités du contexte et des enjeux de RFF, son approche en matière de sous-traitance et d'achats).
Le message a été clairement passé au marché : RFF a des objectifs à atteindre et des besoins importants en prestations informatiques, que les éditeurs de logiciels et autres prestataires type sociétés de services en ingénierie informatique (SSII) peuvent contribuer à satisfaire.
A la tête d'une direction informatique de 35 personnes, Dominique Cuppens, directeur des systèmes informatiques, expose les faits. «Lavenir verra une complexification des SI et nous voulons ouvrir notre chaîne de valeur à l' innovation de nos fournisseurs». RFF, propriétaire et gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire, élabore et commercialise pour ses clients et partenaires des «sillons», modules espace/temps équivalant au slot aérien et pour lesquels la ponctualité et la régularité s'avèrent capitales. Il y a des ruptures dans la chaîne de création de valeur dues au silotage entre sillon/circulation/entretien. Le rôle joué par les SI dans ce domaine demeure essentiel. «Nous avons des progrès à faire, en privilégiant une approche de coingénierie avec nos fournisseurs autour de systèmes flexibles et interconnectés d'une couche de service à une autre», reconnaît Dominique Cuppens.