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Expertise comptable: les acheteurs se positionnent

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Sur un marché de l'expertise comptable essentiellement orienté vers les PME, seuls quelques cabinets proposent leurs services aux grands comptes. Dans ce cas, les acheteurs mettent en place des contrats-cadres et assurent le suivi de la prestation.

@ FOTOLIA/MARK STOUT/LD

Les consultants du cabinet d'expertise comptable Primexis rencontrent quotidiennement des acheteurs. «Ils sont même nos principaux interlocuteurs», indique Daniel Muckenhirn, associé et directeur du pôle assistance comptable ponctuelle. Cette réponse pourrait surprendre. En effet, la plupart des cabinets d'expertise comptable ciblent les TPE et les PME. La grande majorité de celles-ci ne possèdent pas de services achats, qui plus est dans le domaine des prestations intellectuelles. En revanche, dans les grandes sociétés, les acheteurs de prestations interviennent de plus en plus souvent sur cette famille. «Aujourd'hui, les acheteurs représentent près de 60% de nos relations. Il y a cinq ans, ce pourcentage ne dépassait pas 20%. Cette évolution suit celle de la fonction achats qui se développe dans les entreprises», explique Daniel Muckenhirn.

Au-delà de la technicité de cette prestation, l'achat d'expertise comptable se heurte au marché fournisseurs, relativement restreint. «Très peu d'acteurs en France sont susceptibles de répondre aux demandes de grands comptes et leur proposer leurs services», confirme Daniel Muckenhirn. Par exemple, chez Primexis, le pôle dirigé par ce dernier emploie 80 collaborateurs exclusivement dédiés à ces missions d'assistance d'expertise comptable ponctuelle et met des collaborateurs opérationnels à disposition des grands groupes. Au total, seule une petite dizaine de cabinets d'expertise comptable seraient susceptibles de répondre aux besoins des grandes entreprises selon Daniel Muckenhirn.

Daniel Muckenhirn, Primexis

« Les acheteurs sont devenus nos principaux interlocuteurs.»

Les prestations proposées par ces cabinets sont très diverses. Il peut s'agir de la préparation et de l'établissement des comptes annuels (bilan, compte de résultat et documents annexes), des comptes consolidés, de situations comptables périodiques ou encore des comptes prévisionnels de l'entreprise. Cela concerne également la production de documents comptables (journaux, grand livre, balance, etc.) permettant de suivre régulièrement la santé de l'entreprise. Enfin, les prestataires peuvent participer au processus d'élaboration de l'information comptable et financière, étape essentielle permettant aux tiers de l'entreprise (salariés, actionnaires et banquiers) d'en savoir davantage, de prendre les bonnes décisions et d'optimiser leurs investissements.

Dans la majorité des cas, les acheteurs interviennent en binôme avec leurs homologues de la direction comptable et financière. Ceux-ci expriment leurs besoins, à charge pour les acheteurs de trouver le cabinet correspondant et de négocier les conditions tarifaires. Dans certains secteurs, les cabinets d'expertise comptable sont directement contactés par les services achats. «C'est notamment le cas dans l'industrie automobile où les achats sont très matures, témoigne Daniel Muckenhirn (Primexis). Avec ces entreprises, nous ne traitons même plus avec les opérationnels!» Outre les conditions tarifaires, la réactivité du cabinet est l'un des principaux critères d'achats d'une prestation d'expertise comptable. Car les remplacements en cas d'assistance ponctuelle s'effectuent souvent au pied levé lors d'une absence prolongée d'un salarié, de surcroît de travail, de restructuration technique ou de capacités inexistantes en interne nécessitant l'intervention rapide d'un expert-comptable. «La réactivité est un aspect primordial, insiste Daniel Muckenhirn. D'où l'importance d'avoir une équipe dédiée.» La connaissance des outils et du système d'information de l'entreprise est un plus. Les acheteurs s'intéressent également de près au profil des consultants et à l'encadrement de ces derniers.

Armand Angeli, Grant Thornton

« Désormais, les services achats assurent le suivi de la prestation d'expertise comptable. »

Mettre en place des contrats-cadres

Pour réduire le coût de chaque intervention, les services achats des grandes entreprises cherchent notamment à mettre en place des contrats-cadres avec les cabinets d'expertise comptable. «L'objectif est aussi de créer les conditions d'une relation pérenne avec le donneur d'ordres», souligne Daniel Muckenhirn. Le contrat-cadre ne porte pas sur les seuls aspects tarifaires, mais aussi sur les conditions d'exercice de la prestation (règlement intérieur, accès au système d'information de l'entreprise, confidentialité, etc.). «Les acheteurs ne se contentent plus de rechercher les fournisseurs susceptibles de répondre aux besoins de l'entreprise. Ils assurent désormais le suivi de la prestation», analyse Armand Angeli, directeur développement externalisation du cabinet Grant Tornton. «Un acheteur peut s'intéresser à tous les aspects d'une prestation», confirme Daniel Muckenhirn (Primexis). Une fois le contrat-cadre signé, l'acheteur ne négocie plus avec le ou les cabinets référencés. L'opérationnel choisit le prestataire en fonction de son besoin. Le service achats se contente alors de valider la lettre de mission et vérifie que les tarifs négociés précédemment sont bien respectés. «Les conditions étant préétablies, les relations entre le cabinet et l'entreprise s'en trouvent simplifiées, se félicite Daniel Muckenhirn (Primexis). L'opérationnel a moins de choses à gérer.» Et se concentre sur son coeur de métier.

André-Paul Bahuon,président de l'Ordre des experts-comptables de la région Paris Ile-de-France

André-Paul Bahuon,président de l'Ordre des experts-comptables de la région Paris Ile-de-France

Expertise

«Rechercher la meilleure adéquation entre la taille de l'entreprise et celle du cabinet»
Avec plus de 18 000 experts-comptables en Fr ance et 120 000 salariés, le marché de l'expertise comptable est très vaste. Pour choisir son cabinet spécialisé, André-Paul Bahuon, président de l'Ordre des experts-comptables de la région ParisIle-de-France, conseille de tenir compte de plusieurs facteurs. Il faut en premier lieu rechercher la meilleure adéquation entre la taille de l'entreprise et celle du cabinet. «Un cabinet qui a un raisonnement artisanal ne pourra pas répondre aux besoins d'une grande entreprise. Et à l'inverse, une petite société n'a pas intérêt à faire appel à un prestataire organisé pour répondre à des besoins colossaux», explique André-Paul Bahuon. Et si les acteurs spécialisés dans les services aux grands comptes s'avèrent peu nombreux, «les cabinets moins importants mais travaillant en réseau représentent une alternative intéressante, poursuit André Paul Bahuon. D'autant qu'ils font preuve d'une plus grande réactivité.»
Mais pour le président de l'Ordre en région parisienne, la relation interpersonnelle entre les représentants de l'entreprise dirigeants ou acheteurs et le cabinet d'expertise comptable constitue un facteur-clé et un gage de qualité. «Pour obtenir un bon résultat, la confiance entre les intéressés est essentielle», assure-t-il. Quant à la proximité, «elle n'est pas importante pour les grosses structures, pour lesquelles le conseil et le pilotage vont prédominer», ajoute André-Paul Bahuon.

Mot clés : Gestion |

Romain RIVIERE