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Espaces verts et secteur protégé: une histoire qui dure...

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De nombreuses entreprises ont recours à la sous-traitance auprès d'entreprises adaptées pour l'entretien de leurs espaces verts. Un secteur d'activité idéal pour remplir l'obligation légale du taux d'embauche de personnes handicapées car il nécessite une main-d'oeuvre importante. Décryptage.

«La politique actuelle de la direction immobilière d'EDF est de confier 75 % du montant des prestations de gestion des espaces verts au secteur protégé», se félicite Olivier Courteix, ingénieur au département de la DIG (direction immobilière groupe). A l'instar d'EDF, de nombreuses entreprises ont recours à la sous-traitance auprès d'entreprises adaptées (EA) et/ou d'établissements et services d'aide par le travail (Esat) pour certaines prestations. Rappelons que chaque entreprise de plus de 20 salariés est légalement tenue d'embaucher 6 % de personnes en situation de handicap. Le non-respect de la loi entraîne le versement d'une cotisation à l'Agefiph (Association de gestion du fonds pour l'insertion des personnes handicapées). Et «les entreprises peuvent s'acquitter de cette dernière à hauteur de 50 % en collaborant avec une entreprise adaptée », précise Tierry Turgne, animateur national de la filière métier «Travaux Paysagers et Espaces verts» de l'Unea (Union nationale des entreprises adaptées). Pour Emmanuel Chansou, président du Gesat (Groupement national des établissements et services d'aide par le travail), réseau national du secteur protégé et adapté: «Le secteur des espaces verts constitue une opportunité de sous-traitance idéale, car c'est un domaine qui nécessite beaucoup de main-d'oeuvre. »

Solliciter les réseaux comme le Gesat

Pour aider les donneurs d'ordres à trouver le bon prestataire parmi les entreprises dites du secteur protégé, des réseaux comme le Gesat ou l'Unea (Union nationale des entreprises adaptées) font la promotion de ce secteur et mettent en relation les donneurs d'ordres et les EA et/ou les Esat. L'Unea a notamment mis en place des filières métiers afin de pouvoir mutualiser les offres des entreprises adaptées pour parer à d'éventuelles demandes conséquentes. Habituellement, «les acheteurs travaillent main dans la main avec les chargés de mission handicap. Et la majorité des grandes entreprises disposent d'acheteurs spécialisés dans les achats solidaires, comme France Télécom, Air France, EDF ou Allianz», explique Emmanuel Chansou, président du Gesat. Chez EDF, le recours au secteur protégé s'inscrit dans une politique plus large d'achats responsables. «Près de 80 personnes différentes (soit trois à quatre Esat) travaillent sur l'ensemble de nos espaces verts», témoigne Claude Bijaoui, adjoint au chef du secteur Saint-Denis et rattaché à la délégation immobilière Ile-de-France Nord (DIR IDF Nord) d'EDF. Cette antenne gère 79 sites dont Cap Ampère et Sextant, deux bâtiments situés dans le département de la Seine-Saint-Denis (93), où travaillent près de 3 500 collaborateurs. Pour l'entretien des 1 800 m² de ses espaces verts, la DIR IDF Nord a opté pour une prestation du secteur protégé avec l'Esat «Vivre autrement» depuis 1997, année de création des sites.

@ STUDIOPHOTOPRO/FOTOLIA

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Les espaces verts en chiffres

Les espaces verts représentent 25 % du volume de la commande publiqueDonnées issues de l'observation de 200 marchés publics passés entre juillet et décembre 2010. sous-traitée auprès du secteur protégé, selon l'Observatoire de la commande publique outil de veille du réseau Gesat sur les marchés publics réservés aux ESAT et aux EA. L'entretien, la transformation ou la création d'espaces verts caracolent en tête devant la papeterie (21 %) et la blanchisserie industrielle (10 %). Une étude similaire est actuellement menée par le Gesat auprès de 60 grands comptes. Les résultats ne seront communiqués qu'en mars.
En 2010, les appels à projets des donneurs d'ordres au sein du réseau Gesat ne concernaient les espaces verts qu'à hauteur de 12 %. La bureautique, l'informatique (saisie, mise sous plis...), la propreté et l'entretien (ménage des locaux et blanchisserie) arrivaient en tête des demandes avec respectivement 20 et 18 %. Du côté des PME, l'entretien des espaces verts arrive sur la troisième marche du podium dans le domaine de la sous-traitance au secteur protégé. Juste derrière l'informatique/bureautique (58,8 %) et la propreté/entretien (29,1 %). C'est ce que révèle le baromètre Humanis «Entreprises osez l'ESAT» de la sous-traitance avec le secteur protégé et adaptéCf. www.osezlesat.com. Méthodologie: questionnaire envoyé à 708 entreprises représentatives. Entretiens téléphoniques menés auprès de 25 PME clientes d'EA ou d'Esat et de 40 PME non-clientes des entreprises du secteur protégé. Toujours selon ce baromètre, environ deux tiers des entreprises (soit 68 %) ont acheté des produits ou des services à des entreprises adaptées (EA) ou des établissements et services d'aide par le travail (Esat) entre 2010 et 2011. Et 90 % d'entre elles connaissent le recours à la sous-traitance. Les raisons d'un tel choix? La volonté de «faire une action citoyenne en direction des personnes handicapées» (à 70,1 %), mais également de faire baisser leur contribution Agefiph (à 56,7 %).

Des exigences qualitatives identiques

Recourir à des entreprises du secteur protégé engendre-t-il des aménagements spécifiques au niveau du cahier des charges ou en termes de contrôle qualité? «Non», répondent les intéressés chez EDF. Si le contrat et le cahier des charges sont rédigés à titre national, «nous l'avons adapté à nos besoins spécifiques», explique Pascal Jagoudet, chargé d'affaires à la DIR. «Nous leur avons demandé de limiter l'utilisation de produits phytosanitaires et de nous proposer des alternatives. Ils ont choisi des coccinelles ou encore des pièges à phéromones», s'enthousiasme l'adjoint au chef du secteur Saint-Denis. Une marque de professionnalisme que confirme l'Unea: «Les entreprises adaptées répondent à des normes de qualité telles que les qualifications professionnelles Qualipaysage (application de produits sanitaires), ou encore la certification ISO 9001», détaille Tierry Turgne, animateur national de la filière métier «Travaux Paysagers et Espaces verts» de l'Unea. Elagage et abattage d'arbres, création de paysages intérieurs... Les entreprises adaptées fournissent les mêmes services que n'importe quelle entreprise. Et peuvent être soumises à des contrôles qualitatifs et des réunions trimestrielles, comme «Vivre autrement» chez EDF. Si le professionnalisme des entreprises du secteur adapté n'est pas remis en cause, quel peut être le plus de ce type de prestation? «Les salariés de l'Esat sont très impliqués dans la vie de l'entreprise. «Vivre autrement» a tenu un stand sur la journée handicap pour présenter aux collaborateurs son travail sur le site. Nous avons fait intervenir un maître de conférences du Jardin des Plantes et avons organisé des trophées développement durable sur les espaces verts partagés», commente Claude Bijaoui. Au final, ce type de prestation est-il plus cher? «Recourir à une Esat n'est pas forcément plus cher. Le surcoût est en moyenne de 5 à 10 % mais peut également être moins élevé», répond Olivier Courteix, de la DIG.

Et le recours aux Esat ne se limite pas au secteur des espaces verts. Ainsi, d'autres services comme la reprographie, la restauration ou encore la livraison emploient des personnes en situation de handicap. Les évolutions de métiers et de compétences des entreprises du secteur protégé sont souvent méconnues, comme «le reconditionnement D3EDéchets d'équipements électriques et électroniques , les services traiteurs, les plateaux-repas ou encore les services aux particuliers», passe en revue Emmanuel Chansou du Gesat. Autant de raisons et de pistes d'évolution pour une meilleure reconnaissance du secteur du handicap au sein du monde du travail.

Emmanuel Chansou, Gesat

«La majorité des grandes entreprises disposent d'acheteurs spécialisés dans les achats solidaires. »

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Marie-Amélie Fenoll