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Eclairage public: le bilan mitigé des leds

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Si la technologie de la diode électroluminescente (led) s'impose peu à peu pour les illuminations de Noël ou la mise en valeur de monuments, elle est loin de constituer, pour l'ensemble de l'éclairage public, une alternative globale aux systèmes actuels dits «à décharge».

 

- Contrairement aux systèmes d'éclairage traditionnels, les leds diffusent une lumière blanche et froide.

- Contrairement aux systèmes d'éclairage traditionnels, les leds diffusent une lumière blanche et froide.

Difficile de trouver une collectivité qui n'a pas encore entendu parler des leds pour l'éclairage public. D'une grande technicité, les diodes électroluminescentes se distinguent en effet largement des systèmes traditionnels d'éclairage public à décharge (appareils au sodium haute pression, à iodure métallique...). «La led n'est pas une lampe mais une technologie importée du monde de Vélectronique, explique Christian Remande, expert à l'Association française de l'éclairage (AFE), qui regroupe l'ensemble des acteurs du secteur (fonctionnaires concernés, experts, distributeurs...). Son originalité réside dans sa capacité à dégager des rayonnements lumineux particulièrement intenses, voire colorés.» C'est pourquoi nombre de communes plébiscitent depuis longtemps ce type d'appareils pour leurs illuminations spécifiques comme les décorations de Noël ou la valorisation de monuments. Les leds équipent également les feux tricolores.

Arguments marketing

Si ces composants électroniques ne sont donc en rien une inconnue pour les collectivités, ils n'ont pas fait leurs preuves en matière d'éclairage public global. Pourtant, de nombreux revendeurs de leds cherchent désormais à établir la valeur ajoutée de leurs produits dans ce domaine. Leurs arguments marketing? Ces diodes consommeraient moins d'électricité que les autres technologies et leur durée de vie serait plus longue que les systèmes d'éclairage à décharge, très répandus actuellement. Un discours qui attire l'attention des collectivités locales, dans un contexte où elles recherchent des solutions innovantes pour réduire leurs coûts d'éclairage urbain. Ces derniers représentent en effet près de 40% de leur facture d'électricité, selon l'AFE. Sans oublier que, depuis le Grenelle de l'environnement, les communes ont de nouveaux impératifs d'économies d'énergie, qui rendent quasi obligatoire une rénovation ou un renouvellement de leur parc. «Les réglementations européenne et nationale ont planifié la disparition progressive des lampes énergivores, rappelle Christian Remande (AFE). Dès 2015, les ballons fluorescents à vapeur de mercure, qui équipent 30% des points lumineux en France, seront, par exemple, interdits sur le marché.» L'échéance approche donc à grands pas.

Mais les leds constituent-elles, pour autant, une alternative intéressante? «Depuis quelques années, les fabricants investissent des sommes considérables pour perfectionner les leds, affirme Christian Remande. Mais, pour Vheure, les modèles existants ne génèrent pas assez d'énergie pour se substituer à tous les appareils traditionnels» affirme Christian Remande. Un avis que partage Alain Chardigny, président de la division éclairage extérieur au sein du Syndicat de l'éclairage, qui regroupe les fabricants : «La norme EN 13 201, mise en place il y a quelques années, réglemente les niveaux d'éclairage public minimum à maintenir tout au long de la vie des installations. Or, les performances actuelles des leds parviennent difficilement à satisfaire toutes ces exigences.» Explications en chiffres données par l'AFE: si la valeur moyenne des lampes au sodium haute pression, traditionnellement utilisées pour l'éclairage public, atteint 100 à 120 lumens/watts, l'efficacité lumineuse maximum d'une led ne dépasse pas 80 lumens/watt. Cette dernière aurait besoin de consommer 20 à 30% d'énergie supplémentaire pour éclairer autant que les systèmes traditionnels. D'autant que cette diode s'avère également sensible d'un point de vue thermique. «Nombre de fabricants déterminent les puissances d'éclairage de leurs leds en se référant à des températures de laboratoire, ne dépassant pas 25° C. Mais, en fonctionnement réel, ces composants chauffent davantage et éclairent moins bien», observe Alain Chardigny (Syndicat de l'éclairage). Autre point à considérer: le prix. «Pour remplacer une seule source de lumière, il faut prévoir un très grand nombre de ledsSelon l'AFE, 60 leds de 100 watts sont généralement nécessaires pour remplacer une lampe de 6000 lumens.. Au final, cela génère un coût quatre à dix fois supérieur au prix d'une lampe à décharge, et ce, pour un éclairage pas toujours satisfaisant» renchérit Christian Remande (AFE).

Une durée de vie plus longue

Par ailleurs, contrairement à une idée reçue, selon laquelle les leds ne nécessiteraient aucune opération d'entretien, il semblerait que le bilan de leur maintenance, rapporté à leur durée de vie, ne soit pas moins onéreux. En effet, si ces diodes affichent une longévité (50000 heures, soit 12 ans) plus importante que les lampes au sodium haute pression (16000 heures) ou à iodure métallique (8000 heures), «Vencrassement quelles subissent au fil du temps, en milieu urbain, nécessite des cycles de maintenance de trois ans maximum pour garantir une meilleure sécurité et efficience énergétiques» complète l'expert de l'AFE.

Joël Lavergne, responsable du service éclairage public, Ville de Toulouse

Joël Lavergne, responsable du service éclairage public, Ville de Toulouse

Enfin, un dernier élément d'ordre «esthétique» peut jouer en défaveur des leds: la couleur que ces dernières dégagent paraît peu appropriée à l'éclairage urbain. «Les modèles les plus performants émettent aujourd'hui une couleur blanche et froide, très différente des teintes dorées et chaudes qui prévalent généralement» rappelle Alain Chardigny. Malgré ce constat mitigé, le spécialiste de l'éclairage extérieur prédit un bel avenir à cette technologie: «Certes, le recours aux leds pour l'éclairage public reste pour l'heure très prématuré. Mais les nombreux progrès à venir devraient permettre à cette technologie d'atteindre un degré de maturité suffisant dans les prochaines années.»

Alain Chardigny, Syndicat de l'éclairage

«Les performances actuelles des leds satisfont difficilement à la norme qui réglemente l'éclairage minimum à maintenir pendant toute la vie des installations.»

Témoignage «Seuls les produits bas de gamme semblent moins énergivores»

Habituée à recourir aux leds pour faire scintiller ses décorations de Noël et mettre en valeur ses bâtiments, la Ville de Toulouse a décidé, cette année, de tester l'efficacité de ces produits en matière d'éclairage urbain. «Sur les 67305 points lumineux de la ville, fonctionnant traditionnellement avec des appareils au sodium haute pression ou à iodure métallique, nous en avons équipé une vingtaine avec des leds», explique Joël Lavergne, responsable du service éclairage public de la Ville rose. Pour conférer à cette étude une plus grande valeur ajoutée, différentes gammes d'appareils à leds ont été analysées, des plus qualitatives aux plus bas de gamme, généralement importées de Chine. La commune a testé ces installations dans divers endroits stratégiques aux conditions et niveaux d'éclairement variés: quartier piétonnier, rue dortoir peu passante, route en sortie de ville... Premier enseignement: si les leds s'avèrent efficaces pour réduire la pollution lumineuse, c'est-à-dire les flux dirigés vers le ciel, leur performance énergétique est loin d'être aussi satisfaisante. «Dès qu'elles fonctionnent avec des niveaux d'éclairement acceptables, conformes à la norme EN 13201, les leds consomment autant d'énergie que les systèmes traditionnels, reprend Joël Lavergne. Seuls les produits bas de gamme semblent moins énergivores, mais leur qualité d'éclairage est bien inférieure.» Même logique concernant le prix de ces solutions: «Si les modèles les moins performants ne génèrent aucun surcoût par rapport aux systèmes d'éclairage à décharge, les produits plus efficaces restent, quant à eux, bien plus chers.» Et quid de l'impact sur la maintenance, un aspect non négligeable pour une commune qui effectue environ 14000 opérations d'entretien par an sur ses luminaires? «Il est encore trop tôt pour établir un constat sérieux, les leds ne fonctionnant que depuis quelques mois. Mais dès que possible, nous essaierons de dresser un bilan sur ce point», conclut Joël Lavergne.