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E-learning : misez sur la complémentarité

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Près de 10 ans après son apparition, le marché de l'e-learning tend de plus en plus à jouer sur la complémentarité avec les autres modes d'apprentissage. Zoom sur les avantages et des limites de cette solution, mais aussi des erreurs à ne pas commettre au moment de choisir son prestataire...

Principal avantage de l'e-learing: améliorer la maîtrise du budget formation. En effet, quand une formation présentielle coûte environ 50 euros de l'heure, avec le-learning un tarif bien négocié peut se limiter à 5 ou 10 euros de l'heure. » A travers ce constat, Pascal El Grably, directeur général de CrossKnowledge, l'un des leaders du secteur aux côtés des grands acteurs généralistes (Cegos et Demos), définit le principal levier de croissance de ce mode d'apprentissage à distance. Un essor qui a également été boosté par la facilité de son déploiement. Contrairement à la formation résidentielle, qui nécessite une logistique lourde, quelques heures suffisent pour mettre en place des formations individualisées auprès de milliers de collaborateurs disséminés dans le monde entier. « L'e-learning a la particularité de s'adapter plus facilement au rythme d'évolution des entreprises, complète Pascal El Grably. Ce mode d'apprentissage est un moyen de toucher plus de personnes, plus souvent et sans faire exploser les budgets. » Dernier argument en sa faveur. Grâce aux technologies, les prestataires sont aujourd'hui capables de réaliser des évaluations à distance sur les connaissances et les compétences, en amont et en aval de la formation, et mesurent ainsi précisément le retour sur investissement.

Avec tous ces avantages, l'e-learning aurait dû prendre des parts de marché substantielles aux autres modes d'apprentissage. Or, en 2010, il ne représentait que 144 millions d'euros, une goutte d'eau au regard des 20 milliards d'euros estimés pour le marché global de la formation. «Si l'e-learning a du mal à se développer, c'est parce que les entreprises se sont aperçues que seul, il ne fonctionnait pas. L'apprentissage doit impérativement être tutoré, avance Matthieu Collas, président fondateur de Berlan, une société de courtage en formation. Sans cela, le taux d'utilisation ne dépasse pas 5 %. J'observe que depuis trois quatre ans, personne n'achète de formation en ligne sans accompagnement. Les entreprises privilégient le «blended learning» qui combine apprentissage à distance et formation en présentiel »

Constat confirmé par Pascal El Grably (CrossKnowledge): «Si nous avions pensé que l'enseignement asynchrone à distance pouvait se suffire à lui-même, nous n'existerions plus depuis longtemps. Tous nos programmes 100 % à distance incluent des ingrédients comme des modules multimédias, des évaluations, des lectures, des fiches outils, mais aussi des interactions avec un professeur. Grâce à ce mix pédagogique, on peut aujourd'hui aborder des thématiques managériales comme la délégation, le recrutement, l'évaluation ou la gestion du temps. Autant de sujets réputés il y a peu inadaptés à l'e-learning »

Pascal El Grably, CrossKnowledge

« L'e-learning s'adapte plus facilement au rythme d'évolution des entreprises.»

Impliquez la direction des systèmes d'information

Sur ce marché encore récent, qui a vu éclore pléthore d'acteurs, mieux vaut s'appuyer sur un cahier des charges bien construit. «Le premier conseil que je donnerais à un directeur des achats, c'est de se rapprocher de son homologue de la formation, afin de déterminer précisément le besoin, surtout si la formation touche à l'ADN de la société ou à ses process, souligne Matthieu Collas (Berlan). Il faut ensuite rédiger un cahier des charges classique qui rappelle le contexte, les objectif, le budget, le mode d'apprentissage retenu (e-learning simple ou tutoré), le retour sur investissement attendu, etc. Il doit également comprendre une partie technologique. D'importants projets d'e-learning ont en effet avorté ou pris du retard parce que la direction des systèmes d'information n'avait pas été impliquée...»

Autre point essentiel: se montrer très clair sur le modèle économique souhaité, car si l'accès à la plateforme d'e-learning s'effectue le plus souvent en SaaS, le mode de commercialisation, lui, change en fonction de la nature des modules achetés. «Lorsqu'il s'agit de formations sur étagères (NDLR: des offres standard, disponibles immédiatement), les éditeurs privilégient la location pure et simple au forfait ou en fonction du nombre d'utilisateurs, explique Jérôme Lesage, p-dg fondateur de Place de la formation, une société spécialisée dans les achats et la gestion de la formation professionnelle. Il faut savoir que l'on s'oriente de plus en plus vers des logiques illimitées, comme dans la téléphonie. En revanche, lorsque la plateforme est conçue sur mesure, l'éditeur cède ses droits au client, en lui proposant éventuellement d'héberger, administrer et maintenir le produit. Sur ce segment, les éditeurs sont là encore en train de se rapprocher du modèle économique de la téléphonie, avec des entreprises qui achèteront demain des packs d'heures de formation. »

Mutualisez pour économiser

Pendant la phase de négociation, la marge de manoeuvre se révèle toujours plus importante sur les produits sur étagères qui, a priori, ont déjà été amortis. Mais c'est en centralisant les achats et en les mutualisant dans tous les pays et toutes les business units que les grands groupes ont le plus à gagner. En adoptant de telles pratiques, certains ont généré des réductions de coûts de un à dix par rapport à ce qu'ils achetaient auparavant en mode projet. Au moment du choix du partenaire, plusieurs éléments entrent en ligne de compte, comme le rappelle Jérôme Lesage (Place de la formation): «Sa dimension internationale, lorsque le projet est porté par un grand groupe, sa solidité financière, ses références, sa capacité à assumer les trois grands piliers de l'e-learning que sont le contenu, les technologies et les services. » Le choix doit enfin s'effectuer par rapport au retour sur investissement espéré. «Aujourd'hui, un prestataire doit être capable de formuler dans sa proposition des garanties par rapport à ses concurrents, mais aussi par rapport à une formation classique. L'entreprise peut même aller jusqu'à prévoir des pénalités si ces engagements ne sont pas tenus», conclut Matthieu Collas (Berlan).

Marie-France Delachaux, Dessange International

Marie-France Delachaux, Dessange International

Témoignage

Dessange forme ses coiffeurs dans un lounge virtuel


Pour former ses 5 000 collaborateurs répartis au sein de 500 salons dans 40 pays, Dessange a investi dans une plate-forme d'e-learning : le "Dessange Learning Lounge". «Dans le cadre de notre engagement en faveur du développement durable, explique Marie-France Delachaux, responsable marketing franchise chez Dessange International, nous avons réfléchi à des solutions pour diminuer nos émissions de CO2 et les frais de déplacement pour nos franchisés. L'objectif était également de limiter les pertes de chiffre d'affaires occasionnées par l'absence des collaborateurs en formation. Nous avons donc décidé d'investir dans ce lounge développé par CrossKnowledge, avec la volonté de l'inscrire en complément de nos formations présentielles. Nos coiffeurs, nos coloristes et tous nos collaborateurs continueront de se rendre dans les six-centres de formation, que le groupe possède à travers le monde, pour y apprendre leur métier et découvrir de nouvelles astuces.»
Les premiers retours d'expérience ont été positifs. Dans les deux mois qui ont suivi le lancement, plus de 1 000 heures de formation avaient déjà été suivies et 1 000 collaborateurs s'étaient inscrits. «Après une première phase d'appréhension, les utilisateurs sont devenus accrocs au lounge. Les managers l'ont d'ailleurs bien compris et l'utilisent comme un outil de management intégré dans le planning de travail des coiffeurs. Ce succès nous a d'ailleurs incités à ouvrir en septembre dernier des versions anglaise, japonaise, russe, espagnole et néerlandaise», conclut Marie-France Delachaux.

Dessange

ACTIVITÉ
Franchise coiffure
CHIFFRE D'AFFAIRES 2010
750 millions d'euros sous enseigne
VOLUME D'ACHATS 2010
NC
EFFECTIF TOTAL
5 000 salariés
EFFECTIF ACHATS
NC