Mon compte Devenir membre Newsletters

Dans la jungle des papiers bureautiques

Publié le par

Se repérer dans l'offre pléthorique des papiers de bureau n'est pas chose facile. Fabricants et distributeurs rivalisent d'imagination pour étendre leur gamme. Et si la demande en papier recyclé ne cesse de croître, elle ne représente encore qu'une petite partie des ventes.

Pour les entreprises qui tentent de réduire leur impact environnemental, l'optimisation des achats de papier de bureau représente une étape incontournable. Mais elle peut aussi s'avérer compliquée. Il suffi t d'ouvrir un catalogue de fournitures pour constater l'étendue des gammes proposées par les fabricants et les distributeurs. Le seul papier d'impression compte souvent plus d'une trentaine de références. Avec, pour les acheteurs les moins avertis, le risque de se perdre dans les niveaux de blancheur, le grammage, ou encore les labels associés au produit qu'ils achètent.

Conscients de ces difficultés, certains fabricants tentent de clarifier leur off re. Le Finlandais M-Real a ainsi choisi de réduire sa gamme à deux sortes de papier, l'une pour l'impression en couleur, l'autre pour le noir et blanc. Antalis, l'un des principaux fournisseurs de papier sur le marché français, a quant à lui établi un classement de 1 à 5 pour ses produits, le papier numéro 1 étant destiné à des impressions courantes et aux travaux internes, le numéro 5 à des impressions couleur de haute qualité.

@ FOTOLIA / KRISTIAN PEETZ

Trois niveaux de qualité officiels

Ces repères propres à l'un ou l'autre fabricant ne doivent pas être confondus avec les niveaux de qualité A, B et C, reconnus par l'ensemble de la profession. «Le papier de qualité A possède une forte blancheur et une bonne «main», c'est-à-dire qu'il n'est ni trop rigide ni trop souple, et passe bien dans les imprimantes, explique Nicolas Berthou, président de l'Association française des distributeurs de papier (AFDP). Le papier B est un compromis d'un peu moins bonne qualité, et le C une solution purement économique.» Quant au grammage (poids d'un papier au mètre carré), il varie en fonction de l'usage recherché. Dans les entreprises, pour des impressions en noir et blanc, un papier de 80 grammes par mètre carré est le plus courant. Pour des documents commerciaux ou des présentations en couleur, les gammes débutent à 90 grammes et peuvent aller jusqu'à 350 grammes.

Si le papier de qualité supérieure A représente l'essentiel des ventes en Europe, la tendance est à la montée en gamme. En effet, il n'est pas rare aujourd'hui de trouver dans les catalogues des distributeurs des niveaux de qualité «A+» ou «Premium», destinés notamment aux nouvelles imprimantes couleur. Ces papiers sont caractérisés par un indice de blancheur plus élevé ou par un plus fort grammage. Suffisant pour modifier les habitudes? Pas si sûr. «Dans les entreprises, les acheteurs sont plutôt fidèles à une marque. Une fois qu'ils sont satisfaits du prix, du rendement et de la qualité du papier, ils ne voient pas la nécessité de rechercher un autre fournisseur», constate Tirawit Leetavorn, vice-président exécutif de Double A, un fabricant de papier de bureau.

L'essor des papiers recyclés

Autre catégorie en plein essor: le papier recyclé. Si les ventes de produits à 80% ou 100% recyclés représentent aujourd'hui moins de 10% du marché français du papier de bureau, elles sont en progression constante. Tous les fabricants se positionnent sur ce marché, à l'image d'Arjowiggins qui vient de lancer une gamme de papiers off set extra-blancs 100% recyclés baptisée Cocoon. «Le lancement de cette gamme correspond à notre volonté de développer des papiers «verts» en Europe. Nos clients sont à la recherche de papiers éco-responsables de haute qualité, ce qui suppose un fort investissement en matière de R&D», commente Christophe André, directeur général de la branche papiers graphiques et recyclés chez Arjowiggins.

Longtemps réputés de moins bonne qualité, les papiers recyclés sont désormais quasi-identiques aux papiers classiques. «Auparavant, les produits recyclés avaient un aspect grisâtre aisément reconnaissable, note Nicolas Berthou (AFPD). Aujourd'hui, on atteint les mêmes niveaux de blancheur - et de prix - qu'un papier de qualité A.» Paradoxalement, cette blancheur n'est pas du goût de tous les clients: certains souhaitent conserver l'aspect grisâtre comme preuve visible de leur engagement environnemental, d'où la subsistance de papiers ternes.

L'importance de la traçabilité

Les fabricants mettent également l'accent sur un autre aspect de la démarche environnementale: la traçabilité. «L'essentiel du papier consommé en France provient de forêts européennes durablement gérées. Toutefois, une faible partie est issue de l'importation et on ne sait pas dans quelles conditions elle a été fabriquée», souligne Nicolas Berthou (AFPD). Différents labels permettent de s'assurer de l'origine et du mode de production d'un papier, parmi lesquels celui du Forest Stewardship Council (FSC) et la Pan European Forest Certification (PEFC), les plus répandus. Tous deux attestent de l'exploitation durable des forêts dont est issu le papier, dans le respect de critères environnementaux et sociaux. «Depuis des années, l'éco-conception, la gestion durable des forêts, la réduction des émissions de gaz à effet de serre sont devenus inévitablement des enjeux essentiels», témoigne Christophe André (Arjowiggins).

Jean-François Hoden, directeur des achats généraux Europe, Rhodia

Jean-François Hoden, directeur des achats généraux Europe, Rhodia

D'autres labels comme l'Ange Bleu, Le Cygne Nordique ou l'éco-label européen visent à limiter l'utilisation de produits chimiques et les rejets polluants au cours du processus de fabrication. «Les acheteurs tiennent compte de l'environnement dans leurs achats de papier mais il s'agit d'une préoccupation générale, nuance Tirawit Leetavorn (Double A). Ils ne se focalisent pas sur une problématique environnementale précise, qu'il s'agisse de la pollution atmosphérique, de la déforestation ou encore de la pollution de l'eau.» Selon une étude récente réalisée par le fabricant auprès de 500 entreprises françaises, le prix, le rapport qualité/prix et les qualités propres du papier (blancheur, épaisseur, etc.) restent ainsi les trois premiers critères d'achat de papier lors des appels d'offres.

Nicolas Berthou, AFPD

« L'essentiel du papier consommé en France provient de forêts européennes durablement gérées. »

Témoignage «Nous n'utilisons que du papier recyclé»

Le développement durable fait partie intégrante de la stratégie d'entreprise de Rhodia et se manifeste à tous les niveaux du groupe de chimie. L'achat de papier bureautique a donc logiquement intégré cette donne. «Depuis deux ans, nous n'utilisons plus que du papier recyclé, dont nous avons également réduit le grammage», précise Jean-François Hoden, directeur des achats généraux Europe du groupe. Ainsi, les grammages utilisés sont désormais de 80 et 75 grammes, contre 100 grammes auparavant. Ce changement n'a pas eu d'incidence au niveau des impressions. En effet, il laissait craindre d'éventuels bourrages de papier dans les imprimantes. «Nous n'avons pas eu de plaintes à ce sujet de la part de nos clients internes», se félicite Jean-François Hoden. Par ailleurs, les imprimantes multifonctions ont été programmées pour une utilisation recto verso. «Cela a permis de réduire la consommation de papier de 40% sur nos sites pilotes», précise Jean- François Hoden. Le dispositif est en cours de déploiement sur l'ensemble des sites du groupe. En 2008, l'achat de papier de bureau a représenté un budget d'environ 500 000 euros.


Rhodia


ACTIVITE
Industrie chimique


CHIFFRE D'AFFAIRES 2008
4,763 milliards d'euros


EFFECTIF MONDE
15 000 collaborateurs


VOLUME D'ACHATS 2008
3,5 milliards d'euros


EFFECTIF ACHATS
350 collaborateurs