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Concilier confort et économies dans les locaux tertiaires

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Obligation légale, contraintes de coût, management responsable, les immeubles de bureau doivent continuer de diminuer leur consommation d'énergie. De l'éclairage au chauffage, les pratiques des salariés s'en trouveront radicalement modifiées.

Denis franchit la porte de son bureau, accueilli par une agréable sensation de fraîcheur. Comme le jour n'est pas encore levé, un éclairage léger se déclenche, tout juste suffisant pour l'aider à y voir clair et à allumer son ordinateur. Sur son écran apparaît sa consommation énergétique de la veille. Ce scénario n'est pas une fiction. Il préfigure ce que sera la vie de bureau dans les années à venir. Conscients que le bâtiment est responsable du quart des rejets de CO2 dans l'atmosphère et représente 43 % de la consommation énergétique française, les pouvoirs publics veulent imposer de bonnes pratiques environnementales dans l'immobilier. « La loi Grenelle 1 sur l'environnement a fixé un objectif de réduction d'au moins 38 % des consommations d' énergie pour les bâtiments existants, d'ici à 2020 », explique Sébastien Delmas, chargé de mission chez Effinergie, association de promotion de la performance énergétique du bâtiment. D'ores et déjà, ces travaux sont soumis depuis 2007 aux réglementations thermiques globaux et élément par élément, qui imposent, selon le profil des locaux, le respect de performances énergétiques minimales. La loi Grenelle 2, dont le décret d'application est attendu dans le courant de l'année, va encore plus loin et s'avère très exigeante pour les constructions neuves (lire l'encadré p. 18).

Economies d'énergie

Dans ce contexte sont nés des labels, aidant les maîtres d'ouvrage à anticiper l'obligation réglementaire naissante. Le label BBC (bâtiment basse consommation)- Effinergie Rénovation impose ainsi un seuil maximal de consommation de 80 kWhepLes kWhep concernent l'énergie primaire, par opposition aux kWh facturés par le fournisseur (type eDF). l'énergie primaire = l'énergie consommée - les pertes d'énergie durant le transport + l'énergie nécessaire à la transformation de l'énergie primaire en centrale./m2/an, pour la rénovation des bâtiments tertiaires. Dans la construction neuve, le seuil requis descend même à 50 kWep/m2/an. « Pour obtenir de tels seuils, les postes impactés sont le chauffage, l'eau chaude sanitaire, le refroidissement, la ventilation, l'éclairage et les auxiliaires », indique Sébastien Delmas. Par «auxiliaires», entendez par exemple les circulateurs (pompes nécessaires pour faire circuler la chaleur). Pour le chauffage et l'eau chaude, tout d'abord, il est possible de faire baisser la consommation en utilisant des pompes à chaleur géothermiques. Ce système consiste à puiser l'énergie contenue dans le sous-sol des locaux, pour la réchauffer par le biais d'une pompe et la réinjecter dans le circuit de chauffage de l'immeuble. « Lors de la construction de nos nouveaux locaux en 2007, nous avons choisi une pompe à chaleur récupérant l'énergie dégagée par nos presses », indique Maryse Dematté, dirigeante de l'imprimerie Pure Impression de Mauguio (Hérault). Labellisés HQE (lire le zoom ci-contre), les nouveaux locaux de l'imprimerie ont fait baisser leur facture annuelle d'électricité de 460 kWh/m2 à 390 kWh/m2.

Eric Mazoyer, Bouygues Immobilier

« Nous livrerons au mois de juillet notre premier immeuble de bureau sous la marque Green Ofce. »

zoom
HQE: pour une basse consommation d'énergie

Démarche visant à améliorer la qualité environnementale des bâtiments, le label Haute qualité environnementale est basé sur 14 cibles à atteindre. Il peut s'agir notamment de l'harmonie du bâtiment dans son environnement ou du confort acoustique. La cible n°4 porte sur une gestion économique de l'énergie, elle va donc dans le sens d'une construction ou d'une rénovation à basse consommation.

Eviter les ponts thermiques

L'installation de panneaux photovoltaïques permet également de produire de l'électricité «verte». A l'intérieur du bâtiment, les plafonds rayonnants, notamment, font baisser les dépenses d'énergie par une bonne répartition de la chaleur. La ventilation des locaux de bureaux s'inscrit également dans ce processus d'économie. Elle est d'ailleurs préférable à la climatisation, jugée trop énergivore. La bonne ventilation d'un bâtiment passe ainsi par un réseau de bouches (ventilation à double flux), réparties dans les locaux et que l'on peut ouvrir la nuit pour rafraîchir le bâtiment au moment où les températures sont les plus basses. Grâce à cela, les salariés arrivent le matin dans un environnement tempéré. De façon générale, un immeuble à basse consommation est doté d'une bonne isolation, de préférence extérieure, pour minimiser le phénomène de «pont thermique» (zone de déperdition de chaleur due à la jonction de différents matériaux, par exemple entre deux parois murales ou près des fenêtres). L'éclairage est un autre poste fondamental dans le quotidien du bureau. L'idéal est de pouvoir installer des détecteurs de présence qui déclenchent automatiquement l'allumage d'ampoules à basse tension. «Nous livrerons au mois de juillet notre premier immeuble de bureau sous la marque Green Office, qui abritera siège de la SSII Steria à Meudon, explique Eric Mazoyer, directeur général délégué du constructeur Bouygues Immobilier. Doté de 40000 capteurs, il sera éclairé en fonction de la présence dans les locaux. La gestion technique du bâtiment permettra même d'aller encore plus loin. » Cette dernière se matérialise par un logiciel piloté par le gestionnaire des locaux. Il permet l'automatisation de certains postes (éclairage, débit d'eau des lavabos, etc.), la mesure des consommations et leur analyse, mais également un arbitrage très fin des équipements à solliciter pour optimiser la dépense énergétique. «Par exemple, si une baie vitrée exposée plein sud génère de la chaleur, le logiciel calculera s'il est judicieux de baisser le store, quitte à allumer la lumière ou pas», explique Eric Mazoyer. Bien entendu, les bâtiments à basse consommation doivent être construits et exposés de façon à profiter au mieux de l'ensoleillement (exposition sud, ouest). Les experts estiment qu'ils coûtent entre 7 % et 12 % plus cher. « Mais le retour sur investissement se fait en quelques années, via les économies d'énergie engendrées », précise Sébastien Delmas (Efnergie).

Pauline Mispoulet, Gesec

« Nous avons sensibilisé les salariés, qui ont désormais adopté des éco-gestes. »

Maryse Dematté, Pure Impression

Nous avons choisi une pompe à chaleur récupérant l'énergie dégagée par nos presses.

Bien-être et productivité

Enfin, un projet de rénovation ou de construction à basse consommation ne serait rien sans l'adhésion des occupants des locaux. « Parallèlement à ces travaux, nous avons sensibilisé les salariés, qui ont désormais adopté des éco-gestes, explique Pauline Mispoulet, p-dg du Groupement économique sanitaire électricité chauffage (Gesec) à Saint-Avertin (Indre). Les imprimantes ont été mises en commun, l'éclairage est muni de détecteurs de présence, les produits éco-labellisés sont privilégiés, etc.» Grâce à la rénovation de son siège et à l'installation d'équipements appropriés (panneaux photovoltaïques, pompe à chaleur réversible, isolation par l'extérieur, etc.), le groupement d'entreprises a fait diminuer sa consommation de 211 kWhep/m2/an à 47,7 kWhep/m2/an. Dans des locaux plus respectueux de l'environnement, bien-être et confort des salariés sont directement liés à la productivité. Chez Pure Impression, qui a amélioré l'insonorisation des locaux, favorisé la lumière naturelle et optimisé la gestion de ses déchets, la croissance atteint les 30 % par an.

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Le neuf bientôt soumis à la RT 2012

Issue de la loi Grenelle 2 sur l'environnement, la Réglementation Thermique 2012 (RT 2012) s'appliquera à tous les permis de construire déposés à partir du 28 octobre 2011. Elle impose des niveaux de consommation d'énergie primaire réduits dans cinq postes précis: le chauffage et l'eau chaude sanitaire, l'éclairage, la climatisation, les auxiliaires (par exemple les moteurs de traitement de l'air ou les circulateurs). Le niveau de consommation ne doit pas dépasser 60 kWhep/m2/an pour les bâtiments tertiaires, dits «CE1», et 120 kWhep/m2/an pour les constructions dites «CE2». La loi prévoit un contrôle du respect de la RT 2012, et des agents de l'état sont susceptibles de vérifier les chantiers, de façon aléatoire. Enfin, la loi prévoit qu'un tiers assermenté (organisme certificateur, contrôleur technique ou architecte) vérifie la conformité des travaux avec la RT 2012 à chaque livraison de bâtiment neuf.