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Comment les collectivités luttent contre les tags

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Pour faire disparaître les graffitis de leurs murs, les collectivités privilégient un nettoyage a posteriori par leurs services plutôt qu'un traitement préventif. Et recourent ponctuellement à des prestataires spécialisés.

Réagir vite et faire en sorte que le nettoyage ne dégrade pas le support. Pour lutter contre les tags, graffitis et autres affichettes, les collectivités consacrent une partie de leurs ressources humaines et de leurs achats de produits de lavage au nettoyage. Cette partie curative recouvre plusieurs réalités. Les matériaux souillés sont très variés et nécessitent un nettoyage spécifique: bois, métal, carrelage, matériaux poreux (béton, pierre naturelle, enduits monochromes...). Les techniques doivent donc s'adapter. Elles sont au nombre de trois: l'hydrogommage (projection de granulat doux) ou le jet haute pression; le recouvrement par la peinture; et le traitement chimique au travers de produits à appliquer sous forme de gel ou par pulvérisation. «Nous n'utilisons de traitement chimique qu'en dernier recours car les produits sont très nocifs», explique Pascal Thomas, gérant de Pro Gomme, un prestataire spécialisé dans le nettoyage de graffitis. Cette partie curative constitue l'essentiel des budgets de lutte contre les tags. Les traitements préventifs, comme les peintures spécifiques, restent résiduels. «Du point de vue des collectivités, la construction et l'entretien des bâtiments coûtent déjà très cher, observe Pascal Thomas. Au stade de la prise de la décision, la nécessité d'un traitement anti-tags, même partiel, sur les murs à hauteur d'homme par exemple, n'est pas la règle.»

Glossaire

- Le tag est une signature monochrome. Il se caractérise sa réalisation très rapide. On le trouve surtout dans les lieux publics.
- Le graffiti est un tag agrandi qui couvre plusieurs mètres carrés et dont l'aspect et la finition sont plus élaborés.

Créer un service spécifique

Dans la grande majorité des cas, le nettoyage des graffitis est effectué par le service de propreté urbaine. Dans les plus grandes collectivités, ou dans certaines communautés d'agglomérations (CA) compétentes, l'importance des surfaces à nettoyer conduit à la création d'un service dédié. C'est le cas à la CA Plaine Centrale Val-de-Marne, qui regroupe trois communes (Créteil, Alfort-ville et Limeil-Brévannes). Créé en 2001, son service anti-tags compte aujourd'hui huit agents et dispose de cinq véhicules équipés de nettoyeurs haute pression et d'hydrogommeuses. «En 2007, nous avons traité plus de 15 000 m2 , indique Raphaël Colas, responsable du service propreté urbaine. Les lieux les plus exposés sont ceux soumis à de fortes fréquentations publiques, notamment les passages souterrains menant aux transports en commun. Nous les nettoyons au moins une fois par semaine.»

L'hydrogommage et le nettoyage à l'aide de produits chimiques sont les modes de traitement privilégiés par ces équipes. «La plupart des murs souillés sont des surfaces peintes ou crépies, indique Raphaël Colas. Dans ces cas de figure, l'hydrogommage permet d'enlever les tags sur tous les supports - sauf l'aluminium et le carrelage - mais laisse parfois, sur des peintures anciennes, des «spectres» ou «fantômes», qui obligent à repeindre.» En conséquence, des stocks de peinture sur les trois ou quatre tons les plus répandus dans les communes sont constitués. Les hydro-gommeuses sont employées sur les surfaces non peintes ou vernies. Enfin, les produits chimiques sont limités au traitement des très petites surfaces, par exemple pour nettoyer des petits tags au feutre.

Jacques Garçon , Aix-en-Provence

« Pour nettoyer le centre-ville historique, nous avons recouru à un prestataire pour nettoyer les murs à la chaux. »

Faire appel à des prestataires spécialisés

Si les collectivités prennent à bras-le-corps le nettoyage des tags, elles font parfois appel à des prestataires de services spécialisés. En général, elles y recourent au coup par coup: pour des nettoyages spécifiques nécessitant un délai particulièrement rapide (tags insultants ou localisés dans des emplacements sensibles comme devant des écoles) ou dans des endroits difficiles à atteindre. La personne publique passe alors un marché non formalisé, plus rarement un marché à procédure adapté (Mapa), déclenché à partir d'un seuil de 4 000 euros. «L'absence de matériel adapté, par exemple une hydrogommeuse, est un autre cas de recours à nos services», explique Pascal Thomas (Pro Gomme).

A Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) qui compte 120 000 habitants, la municipalité passe depuis plusieurs années un contrat annuel avec un prestataire spécialisé qui intervient sur un périmètre restreint: le centre-ville, qui regorge de monuments historiques. «La plupart des bâtiments sont en pierre poreuse et nécessitent un nettoyage spécifique, avant un traitement à la chaux, explique Jacques Garçon, maire-adjoint chargé de la propreté urbaine et de la lutte anti-tags. C'est pourquoi nous avons choisi de recourir à un prestataire, mais uniquement pour le centre-ville.» Entre 2005 et 2007, le coût total du recours à un prestataire s'est élevé à 1,4 million d'euros. En 2007, celui-ci a procédé à 10 700 interventions sur 11 800 m² de surface.

Tout le reste de la ville est traité par le service municipal anti-tags, qui compte 11 agents dotés d'équipements spécifiques: trois hydrogommeuses, un nettoyeur haute pression, un appareil pour le recouvrement de peinture et deux véhicules légers pour l'enlèvement des affichettes sauvages. L'importance du service se justifie par le nombre d'interventions, au nombre de 1 460 en 2007, ce qui représente près de 28 000 m² de surfaces traitées. Dans le même temps, il a fallu procéder à l'enlèvement de 30 000 affichettes sauvages. «Il nous faut aussi agir le plus rapidement possible, souligne Jacques Garçon. Car les tags appellent les tags.» Dans les cas extrêmes (propos racistes, insultants, etc.), l'intervention se fait dans la journée même.

Expérience Clichy-la-Garenne a monté une brigade anti-tags

La lutte contre les graffitis est un pan à par tentière de la politique de propreté de la ville de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), qui a créé une brigade de cinq agents dédiés à ces tâches de nettoyage dès la fin des années 1990. Le nettoyage concerne aussi bien l'espace public que privé, après autorisation du syndic. Afin de raccourcir les délais d'intervention sur les domaines privés, des conventions d'autorisation permanente, renouvelées chaque année, ont, en effet, été élaborées avec les syndics. Les agents sont répartis en deux équipes, chacune disposant d'un véhicule avec un nettoyeur haute pression pour faire disparaître les graffitis, mais également les autres nuisances qui se développent: les signatures au feutre sur les murs ou les affichettes collées sans autorisation, notamment sur le mobilier urbain. «Nous avons découpé Clichy-la-Garenne en cinq secteurs d'intervention, détaille Gérard Dumont, responsable du service. Globalement, la ville est passée en revue dans sa totalité chaque semaine.» En moyenne, la brigade effectue plus d'un millier d'interventions par an: nettoyeur haute pression ou peinture de recouvrement et, quand le graffiti le nécessite, recours aux produits chimiques de nettoiement. «Nous recommandons au maximum l'usage des produits non volatils, par exemple les gels avec pinceau, souligne Gérard Dumont. De plus nos agents ont à disposition l'ensemble du matériel de sécurité: masque, visière, habit de protection jetable.» Le service recourt parfois à un prestataire spécialisé pour l'enlèvement des tags situés à plus de 2,50 mètres de hauteur. «A cette hauteur, nous ne disposons pas de l'équipement nécessaire pour effectuer le nettoyage», explique Gérard Dumont.


Clichy-la-Garenne


DEPARTEMENT
Hauts-de-Seine


NOMBRE D'HABITANTS
51 000


BUDGET MUNICIPAL
175 millions d'euros

Mot clés :

Florent MAILLET