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Ces entreprises qui chouchoutent leurs salariés

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Crèches d'entreprise, conciergeries, salles de sport... Tous les moyens sont bons pour améliorer le quotidien des collaborateurs. Un créneau sur lequel surfent de plus en plus de sociétés, aussi bien pour fidéliser leurs salariés que pour les rendre plus performants.

Le bien-être des collaborateurs? Un sujet qui préoccupe de plus en plus les grands comptes comme les PME. Et pour cause: pas moins de 97 % des salariés français rencontreraient aujourd'hui des difficultés pour conjuguer vie professionnelle et familiale, selon un baromètre réalisé en mars 2010 par l'Observatoire de la parentalité en entreprise auprès de 1 000 salariés parents. Pire: 72 % d'entre eux pensent que leur entreprise ne fait pas grand-chose pour les aider à surmonter ce problème. Un constat particulièrement sombre qui ne doit pourtant pas cacher une certaine réalité: les efforts entrepris par de plus en plus de sociétés pour améliorer le quotidien de leurs salariés. En misant notamment sur les services aux collaborateurs. Une expression qui regroupe traditionnellement les crèches d'entreprise et les conciergeries, auxquelles viennent s'ajouter des solutions plus récentes, telles que les salles de sports.

Une disparition de la frontière domicile/travail

Plébiscitées par un tiers des salariés selon ce même baromètre, ces prestations, qui font partie intégrante des services à la personne, ont désormais le vent en poupe auprès des grands comptes. Notamment parce qu'au-delà de leur fonction «sociale», elles constituent également un levier non négligeable de performance pour l'entreprise. « En facilitant la vie de ses salariés, l'employeur s'entoure de collaborateurs plus sereins et donc plus investis dans leur travail», souligne Thierry Pillon, sociologue du travail. Des services qui constituent également un juste retour des choses pour l'expert. «Si les salariés, notamment les cadres, acceptent désormais de faire des heures supplémentaires à leur domicile, ils demandent, en contrepartie, de pouvoir exercer certaines activités domestiques durant leur temps de travail», reprend le sociologue du travail. Une revendication qui reflète surtout une certaine évolution sociale: la disparition progressive de la frontière entre le bureau et le domicile. Et pour se mettre à la page, les entreprises doivent intégrer cette réalité sans tarder.

La conciergerie, simple phénomène de mode?

Le concept anglo-saxon de la conciergerie d'entreprise se développe peu à peu en France. Les acteurs de ce marché adaptent aujourd'hui leurs offres, notamment vis-à-vis des PME. Objectif: proposer aux salariés de nombreux services à la personne, directement sur leur lieu de travail.

Depuis 2008, les collaborateurs de la société de conseil en immobilier d'entreprise CB Richard Ellis (CBRE) bénéficient d'une conciergerie. Pour cela, l'entreprise a fait appel à un spécialiste: le prestataire To Do Today. Parmi les services proposés, les plus utilisés sont: le pressing, la cordonnerie, les soins esthétiques, la coiffure, les retouches mais aussi les cours à domicile, les conseils pour le bricolage ou encore l'accès au marché virtuel de Rungis. « Nous avons souhaité montrer l'exemple alors que, selon la Fédération française de la conciergerie d'entreprise, moins de 1 % des sociétés seraient dotées d'une conciergerie », confie Virginie Aubert, directrice générale de CBRE et présidente également de l'association Entreprise et Convivialité. Pour cette dernière, la conciergerie fait partie d'une quête plus large, celle d'une entreprise agréable à vivre pour ses salariés. « L'idée est que s'il y a un besoin, on essaye d'y répondre», précise-t-elle. Pour les collaborateurs, l'adhésion aux services de la conciergerie, dont les prix des prestations sont souvent inférieurs à ceux du marché, est de 5 euros par an. Selon CBRE, 85 % des salariés sont aujourd'hui satisfaits.

Attirer et fidéliser les salariés

Repassage, retouches, cordonnerie, journaux mais aussi réservations de vacances ou de rendez-vous médicaux, etc. La mission d'une conciergerie d'entreprise est de délester les salariés de leurs tracasseries quotidiennes pour leur permettre de se concentrer sur leur travail. Sa création vient souvent en compensation des désagréments causés lors du déménagement d'une entreprise, d'un centre-ville vers la périphérie. Dans d'autres cas, c'est aussi une manière d'attirer et de fidéliser de jeunes salariés. Au final, c'est d'abord une réponse aux problèmes de stress et d'absentéisme qui découlent de la difficile conciliation entre la vie professionnelle et les contraintes personnelles quotidiennes. Des problèmes qui peuvent générer des coûts non négligeables. A ce titre, les efforts des pouvoirs publics en la matière (plan Darcos contre le stress au travail, rapport sur la prévention du stress «Bien-être et efficacité au travail», etc.) pour sensibiliser les entre prises à l'amélioration de la qualité de vie au travail ne sont pas étrangers au développement des conciergeries.

Ce concept anglo-saxon a connu un véritable effet de mode en France ces dernières années. A côté des spécialistes du secteur (To Do Today, Bien-être à la carte, etc.), beaucoup de nouveaux acteurs se sont lancés sur ce créneau jugé porteur, à l'image des entreprises de facility management ou des agences d'accueil, voire des entrepreneurs indépendants. Ingénieur chez Capgemini jusqu'en 2005, Agnès Maurin a, par exemple, créé sa propre conciergerie d'entreprise, Ma concierge bien aimée, à Sophia-Antipolis près de Nice (Alpes-Maritimes). « Je suis partie d'un double constat: d'abord qu'il était très difficile de gérer les urgences personnelles au bureau et ensuite que ce type de services était encore très confidentiel en province », explique-t-elle. Aujourd'hui, le secteur est beaucoup plus structuré, avec notamment la création, en mars 2009, d'un syndicat professionnel: la Fédération française de la conciergerie d'entreprise (FFCE).

Un marché également tourné vers les PME

Car désormais, de plus en plus d'entreprises s'intéressent à ce type de services à la personne. « Lors du salon Siseg, en mars 2010, beaucoup de responsables des services généraux étaient mandatés par leur direction pour mettre en place une conciergerie », se félicite Olivier Villeneuve, président fondateur de la FFCE et cofondateur de Service Personnel. Si les grands comptes, comme L'Oréal, sont les premiers demandeurs, les plus petites entreprises se montrent également intéressées. « En province, je m'adresse surtout à des organisations d'une cinquantaine de salariés », témoigne Agnès Maurin (Ma concierge bien aimée), qui a intégré un kit spécial PME dans son offre commerciale, avec un certain nombre de services par mois. La mise en place de conciergeries mutualisées au sein de parcs d'activités permet également aux salariés des petites structures de bénéficier de tels services, de même que les collaborateurs nomades des grandes entreprises qui peuvent s'adresser à des agences régionales relais.

Certains prestataires vont même plus loin pour répondre à la demande des petites structures. « Certaines entreprises n'ont pas la place pour avoir une conciergerie sur leur site. Nous avons donc créé des espaces mobiles et éphémères pour faciliter l'accueil et la confidentialité des demandes », indique Olivier Villeneuve (Service Personnel). Pour être accessible à tous, le prix moyen est de 40 centimes d'euro à 1 euro par jour et par salarié. L'off re de services évolue également. « Je suis en train de développer le Car Caring, un service de vidange et révision automobile », indique Agnès Maurin. Une nouvelle prestation qui devrait répondre à la demande toujours plus grande des salariés.

Olivier Villeneuve, FFCE

« Lors du salon Siseg, en mars 2010, beaucoup de responsables des services généraux étaient mandatés par leur direction pour mettre en place une conciergerie. »

Les crèches promises à un bel avenir

Plébiscitées par les salariés, les crèches d'entreprise permettent de mieux conjuguer vie professionnelle et vie personnelle. Un service, subventionné en partie par l'Etat, sur lequel misent de plus en plus de sociétés.

Véritable casse-tête pour les salariés parents, le problème de garde d'enfant est souvent générateur de bon nombre de tracas: stress au travail, absentéisme, etc. Aussi, pour aider ses collaborateurs à surmonter ce problème, Danone a trouvé une solution: la crèche d'entreprise. Mise en place en mars 2008, en partenariat avec le spécialiste Babilou, cette crèche est située à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), à 440 mètres de l'entreprise. Ses tarifs varient en fonction des salaires: entre 350 euros et 580 euros par mois. Mutualisée avec L'Oréal, société située à proximité, la crèche compte pas moins de 40 berceaux. « Pour bien dimensionner le lieu, nous avons réalisé en amont une enquête afin de recueillir les besoins de nos 400 collaborateurs. Grâce aux horaires flexibles (8 h-19 h 30) et à la qualité de l'animation, cette solution a été rapidement plébiscitée par les collaborateurs », raconte Margaux Lyons, responsable RH Danone Produits Frais. Preuve du succès de cette formule, dix à quinze salariés sont déjà sur liste d'attente. Conséquence, une autre crèche est en construction. Un nouvel investissement que peut se permettre le groupe, déjà bénéficiaire de diverses subventions de l'Etat (voir encadré). « Grâce aux aides, la facture, pour la première crèche, est passée de 12 000 à 1 400 euros par an et par berceau », précise la DRH.

Des structures qui ont le vent en poupe

A l'instar de Danone, de plus en plus d'entreprises proposent à leurs salariés un service de crèche, qu'il soit mutualisé ou dédié à leur propre structure. Une solution qui se généralise depuis l'adoption de la loi de finance de 2004. En effet, avant cette date, les crèches privées ne bénéficiaient d'aucun financement. Elles étaient donc très coûteuses pour les salariés. Désormais, des aides facilitent l'émergence de structures conventionnées appliquant un barème identique à celui des crèches municipales. Résultat: en quatre ans, ce mode de garde n'a cessé de croître. Preuve de ce succès, la Caisse des allocations familiales comptait, en 2008, environ 5 000 places dans ce type de structures, contre à peine 75 en 2004. « Et depuis le passage du crédit d'impôt famille, de 25 % à 50 %, les entreprises s'impliquent davantage dans ce type de projet », constate Olivier Bret, père de famille qui a réglé son problème de mode de garde... en créant sa propre structure, Tout Petit Monde (groupe Babilou).

A noter que les entreprises les plus investies dans les financements de berceaux pour les enfants de leurs salariés se sont réunies au sein de l'Observatoire de la Parentalité en entreprise (OPE). Forte de 150 adhérents, dont Total, PSA, Danone, Orange, mais aussi des PME, cette association oeuvre d'une manière plus générale pour la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Celle-ci a même lancé, le 16 février dernier, sous l'égide du ministère du travail, un Club Crèches et Entreprises.

ZOOM
Les aides pour les entreprises

- L'aide à l'investissement. De 6 000 à 12 000 euros par place créée, dans la limite de 80 % du montant de la dépense engagée.
- Les subventions d'exploitation. Après agrément du conseil général, une subvention d'exploitation de la Caf du département couvre une partie des charges de fonctionnement, plafonnée à 3,52 euros de l'heure, soit en moyenne 60 % du prix de revient.
- Le contrat Enfance-Entreprise. Ce dispositif complète et permet de couvrir au moins 50 % des dépenses de fonctionnement liées à la création de nouvelles places d'accueil.
- Le crédit d'impôt famille. Il permet la restitution, sous forme de crédit d'impôt, de 50 % des charges engagées.

Quand les salles de sport s'invitent au boulot

Pour aider les salariés à évacuer leur stress, certains grands groupes font la part belle aux salles de sport. Le concept est séduisant mais il n'en est pas moins complexe dans sa mise en place.

Un plateau de cardio-training équipé de vélos électriques, des rameurs pour faire de la musculation, sans oublier une salle pour les cours collectifs. Plébiscitées par les particuliers, les salles de sports ont désormais la cote auprès des entreprises, à l'instar de Coca-Cola, Areva, SFR ou encore Canal + qui ont toutes aménagé ce type d'espace pour leurs salariés. La raison d'un tel engouement? « Faire du sport au travail constitue un moyen efficace pour décompresser. C'est un atout non négligeable à l'heure où le stress au bureau est une préoccupation majeure », souligne Sandrine Bigot, directrice de Club Med Gym Corporate, spécialiste haut de gamme dans la conception, l'équipement et le management de salles de fitness. Facteur de bien-être pour les salariés, cette solution contribue également à renforcer la cohésion au sein de l'entreprise. « La salle de sport constitue un lieu de rencontres. Elle contribue, par exemple, à favoriser l'intégration des nouveaux collaborateurs. Mieux, elle dédramatise certaines relations complexes entre salariés en cassant les niveaux hiérarchiques », renchérit Sandrine Bigot.

Un espace mutualisé ou dédié?

Séduisante dans son concept, la salle de sport n'en reste pas moins complexe à mettre en place. Notamment parce que divers modes d'implémentation existent. En effet, si certaines entreprises comme Coca-Cola ou Canal + ont créé une salle de sport dédiée à leur propre structure, d'autres privilégient des solutions mutualisées avec diverses sociétés. C'est le cas de General Electric et Areva, qui partagent, à Belfort, la même salle de fitness. « La société immobilière, propriétaire des lieux, prend dans ce cas tout en charge: le coût d'installation de la salle et les frais d'exploitation (mise à disposition du matériel et de coachs sportifs). La somme finale étant ensuite intégrée dans les charges des entreprises locataires ou financée par les cotisations des adhérents », précise Sandrine Bigot. Initiateur du projet, le propriétaire des lieux gère seul le processus d'achat de la prestation: lancement de l'appel d'offres, choix du fournisseur, négociation des prix...

En revanche, lorsqu'il s'agit d'un fitness «mono entreprise», c'est la société en tant qu'utilisateur final qui prend en charge le projet de A à Z. « Mais en contrepartie, elle récolte seule les bénéfices de son action, notamment en termes d'image », souligne Laetitia Moreau, consultante en conduite du changement au sein du cabinet AOS Studley. Car la mise en place d'un tel service constitue en effet un argument fort pour fidéliser les collaborateurs et recruter de nouveaux talents.

Quel que soit le mode d' implémentation de la salle, le prestataire propose en général une solution clés en main. Elle comprend notamment la mise à disposition du matériel et de coaches diplômés, l'assistance à maîtrise d'ouvrage et la réalisation des travaux, en collaboration avec un architecte DPLG. Une étape primordiale durant laquelle il convient de bien dimensionner l'espace: « Clé du succès de l'opération, le dimensionnement dépend du taux de captation, c'est-à-dire du nombre potentiel de salariés qui seront adhérents », note la consultante. Généralement équivalent à 15 % de l'effectif, il peut atteindre 40 % dans les sociétés situées dans des zones dépourvues d'activité. « Les vestiaires et les douches constituent les lieux les plus stratégiques à aménager, car ils doivent avoir les capacités suffisantes pour accueillir en même temps plusieurs salariés, prévient Laetitia Moreau. Si ces espaces s'avèrent sous-dimensionnés, ils peuvent mettre en péril le succès de la salle de sport. »

Des frais d'exploitation très variables

Mais au-delà de l'aspect aménagement de la salle, quid du coût de cette solution? « Le coût de construction de la salle se situe entre 800 et 1 200 euros le m2 », répond la directrice de Club Med Gym Corporate. L'abonnement à la salle équivaut, pour sa part, à 150 euros en moyenne par salarié et par an, tandis que les frais d'exploitation peuvent varier d'un prestataire à l'autre, selon le niveau de service proposé. « Quoi qu'il en soit, le coût d'une salle de sport n'est pas démesuré », rappelle Laetitia Moreau (AOS Studley). Pour une entreprise de 1 000 salariés, il équivaut généralement à 150 000 euros, hors coût des travaux d'installation, ce qui revient à un peu plus de 10 euros par salarié et par mois. « Toutefois, cette solution est aujourd'hui bien plus à la portée des grands comptes que des PME », estime Laetitia Moreau.