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Cartouches usagées : les enjeux de la collecte

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Grandes marques de cartouches d'un côté. Fabricants de compatibles de l'autre. Les unes oeuvrant pour leur recyclage, les autres prônant leur réemploi. Ces acteurs se disputent la collecte des consommables, qui constitue pour eux un marché stratégique. Explications.

Impression obligatoire en mode recto/verso, limitation du nombre de pages imprimées, formation des salariés pour mieux utiliser les imprimantes... nombre d'entreprises françaises emploient les grands moyens pour rendre plus vert le bilan écologique de leurs impressions. Reste, pourtant, un point où elles sont en général peu performantes : la collecte des cartouches en fi n de vie. « Certaines études montrent que le taux de collecte des consommables en France atteindrait environ 20-25 % », explique Jean-Pierre Exposito, président de la commission environnement du Syndicat national des entreprises de systèmes et de solutions d'impression (Snessi). Un résultat décevant, mais qui doit être interprété avec précaution. « Ce type d'indicateur reste, aujourd'hui, très flou car nous n'avons pas encore la maîtrise sur l'ensemble des flux de cartouches existants », nuance-t-il. Entre les fabricants de cartouches de marque, comme HP ou Canon, les spécialistes du «compatible», tels Pelikan ou Armor, et récemment les éco-organismes, autant dire que les acteurs de la collecte se conjuguent au pluriel, engendrant une forte diversité des modes de récupération.

Valorisation des consommables

Pionniers en matière de collecte, les grands constructeurs disposent en général de leurs propres circuits. « Nous collectons les cartouches depuis le début des années quatre-vingt-dix, et ce au niveau mondial, au travers de notre programme de récupération que nous avons baptisé Planet Partners », explique Catherine Martial, responsable environnement chez HP. Une fois récupérés, les consommables sont ensuite valorisés. «Nous travaillons en partenariat avec des spécialistes du recyclage, 100 % certifiés, qui réutilisent le plastique pour créer de nouvelles cartouches. Parfois, ils incinèrent les consommables pour favoriser une récupération énergétique », précise-t-elle. Si HP a donc développé un programme de collecte dédié, d'autres fabricants, comme Canon, Konica Minolta, Xerox, Epson et Lexmark, ont misé sur la création d'un consortium mutualisé : Conibi. Son objectif est de favoriser le recyclage des consommables usagés via des Ecobox pouvant contenir entre 20 et 30 cartouches multimarques. « Une fois le carton plein, le client doit prévenir Conibi afin qu'il vienne le vider », explique Jean-Pierre Exposito (Snessi). Ensuite, un tri est effectué par marque, par type de consommables, et selon les instructions fixées par chaque fabricant. « Certains constructeurs acheminent leurs cartouches vers leurs propres usines de recyclage, certifiées ISO 14001, poursuit-il. D'autres passent directement par des prestataires certifiés et spécialisés dans la valorisation des matières utilisées pour fabriquer les cartouches. »

Au-delà de ce système de collecte «groupée», les entreprises ayant de faibles volumes peuvent également opter pour une collecte «individuelle» des consommables, via La Poste. « Les cartouches doivent être déposées dans des colis prépayés (carte T) que le client peut trouver dans l'emballage de la cartouche. Il peut aussi commander le matériel d'expédition, voire l'imprimer directement à partir du site internet du fabricant », indique Jean-Pierre Exposito (Snessi).

Gil Orfila, Pelikan

«La collecte est indispensable à notre coeur de business : elle nous permet de réutiliser les consommables d'origine pour en créer de nouveaux.»

Un système gratuit pour le client

Quel que soit le système de collecte, celui-ci est 100 % gratuit pour le client. « Tout s'effectue de manière transparente, le client n'a absolument rien à débourser car tout est pris en charge par le fabricant », explique Catherine Martial (HP). Un service sans frais que propose également Pelikan, fabricant de cartouches compatibles. Et l'on comprend aisément pourquoi : « La collecte est indispensable à notre coeur de business : elle nous permet de réutiliser les consommables d'origine pour en créer de nouveaux », souligne Gil Orfila, directeur général France de Pelikan. Un bémol toutefois pour les fabricants de compatibles : environ 30 % des consommables collectés ne peuvent être réemployés, en raison de leur fort endommagement.

S'il récupère en l'état la coque extérieure de la cartouche, le fabricant de compatibles change certains composants mobiles, davantage sollicités lors du processus d'impression. « Une fois le consommable démantelé, nous remplaçons certaines pièces par de nouvelles, créées au sein de nos propres usines. Nous vidons aussi les résidus d'encre ou de toner pour y injecter nos propres solutions », détaille Gil Orfila (Pelikan). Désormais doté de la marque du fabricant de compatibles, le produit n'est réutilisé qu'une seule fois, et il est surtout vendu à un tarif bien moins élevé que celui des cartouches d'origine, au grand dam des fabricants de marque. Ces derniers cherchent alors à récupérer leurs parts de marché en faisant la promotion du recyclage face au réemploi.

Pourtant, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) semble elle-même aller à l'encontre des détracteurs du compatible. L'Agence reconnaît que, grâce à la fabrication de cartouches reconditionnées ou rechargées, il est possible d'exploiter les mêmes matières premières pour plusieurs cycles d'utilisation, tandis que dans le cadre du recyclage d'une cartouche, les process eux-mêmes nécessitent de l'énergie, de l'eau, et génèrent également certains déchets. « Or l'analyse du cycle de vie d'une cartouche usagée montre qu'en termes d'énergie, de matières premières et de déchets économisés, il serait jusqu à deux fois plus avantageux de la réutiliser plutôt que de recycler ses composants », indique Anne-Laure Legendre, chargée de mission au sein du service Eco-conception et consommation durable de l'Ademe.

Un marché hautement convoité

Loin d'avoir dit leur dernier mot, les grands constructeurs soulignent à l'unisson les limites du réemploi. « La valorisation des matières est toujours inévitable car il est impossible de réutiliser une cartouche ad vitam aeternam », souligne Jean-Pierre Exposito. Ce dernier affirme ainsi que certains remanufacturiers renvoient les consommables usagés aux marques. « Or, il ne s'agit plus de nos cartouches ! Nous n'acceptons d'en recycler qu'une faible part, au maximum 5 % », déclare-t-il. Une situation tendue qui ne doit pas éclipser le comportement vertueux de certains acteurs du compatible, à l'instar de Pelikan. En effet, celui-ci assure la destruction et la valorisation des cartouches via des partenaires certifiés et selon les normes et certifications en vigueur - recours à des bordereaux de suivi des déchets industriels, respect de la réglementation ICPE (Installation classée pour la protection de l'environnement), etc.

Toutefois, pour mieux structurer la collecte des cartouches en France, marché stratégique et hautement convoité, les pouvoirs publics devraient bientôt mettre la main à la pâte. « Le gouvernement français, l'Union européenne ainsi que les organisations représentatives des constructeurs planchent actuellement sur un accord volontaire qui permettrait de mieux organiser le traitement des cartouches en fi n de vie, et surtout d'améliorer le taux de collecte », indique Jean-Pierre Exposito (Snessi). Il s'agirait d'une grande première ! Car pour l'instant, aucune réglementation, ni même la fameuse directive DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques) ne prend en compte la collecte des consommables.

Christine Derop, acheteuse au sein de l'OCDE

Christine Derop, acheteuse au sein de l'OCDE

Témoignage
«La collecte des cartouches reflète nos valeurs citoyennes»

Depuis près d'une quinzaine d'années, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) veille à recycler ses cartouches laser et jet d'encre, qu'elles soient de marque ou compatibles. «En tant qu'organisation internationale animée par la volonté de promouvoir une croissance économique durable, le respect de l'environnement constitue une valeur forte que nous souhaitons également intégrer dans nos propres habitudes de travail », explique Christine Derop, acheteuse au sein de la structure. Si, auparavant, l'OCDE sous-traitait la livraison et la collecte de ses cartouches auprès d'un seul et même distributeur, ce travail est accompli désormais par deux acteurs différents. «Notre ancien prestataire n'était pas assez réactif, se souvient l'acheteuse. Collectes des cartouches trop espacées, consommables qui débordent des box... pour mettre fin à ces problèmes, nous avons décidé de confier la collecte à Pelikan, fabricant de cartouches compatibles, alors que la livraison est assurée par un autre distributeur.»
Une nouvelle organisation qui satisfait largement le client. «Nous n'avons plus aucun problème. Pelikan collecte à temps toutes nos cartouches, qu'elles soient de marque ou compatibles.» Chaque mois, le fabricant se rend en effet sur le site de l'OCDE pour récupérer les cartouches vides entreposées près des photocopieurs à chaque étage. Il se déplace également sur demande, dès qu'un container est rempli. «Tout ce service est assuré gratuitement, se réjouit l'acheteuse. Au-delà de la collecte, Pelikan envoie systématiquement des bordereaux de suivi des consommables, des fichiers sur leur traçabilité, ainsi que des reportings d'activité mensuels. Cela nous permet de savoir quelle part des cartouches est recyclée, incinérée, ou réutilisée par Pelikan pour créer des cartouches compatibles»

OCDE

ACTIVITE Organisation internationale de coopération et de développement économiques
EFFECTIF 2 500 agents
VOLUME D'ACHATS 100 millions d'euros
EFFECTIF ACHATS 12 collaborateurs