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Cap sur les voyages verts

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La vague verte n'épargne pas le monde du voyage d'affaires. Des calculateurs d'émissions de CO2 par type de déplacement au suivi trimestriel de l'impact écologique, tour d'horizon des dernières innovations et solutions proposées par les agences.

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Les émissions de CO2 imputables aux voyages d'affaires représentent entre 5% et 30% du bilan carbone d'une entreprise», indique Eric Audoin, directeur commercial d'American Express Voyages d'Affaires. C'est dire l'enjeu que représente la mise en place de déplacements écologiques au sein des grands groupes et des PME. Et pour se mettre au diapason de cette configuration environnementale, les agences de voyages ne sont pas en reste. La grande majorité d'entre elles, à l'instar d'Avexia Voyages, Frequent Flyer Travel Paris ou Egencia, ont mis en place, sur leur portail de réservation en ligne, un lien vers un calculateur permettant aux collaborateurs de mesurer les émissions de CO2 dégagées par chaque mode de transport (avion, train ou voiture). «Une solution qui sensibilise le voyageur en l'incitant à comparer les différentes formules et à opter pour la plus écologique», affirme Christophe Renard, vice-président corporate marketing et business intelligence chez Carlson Wagonlit Travel.

Compensation carbone

Très en vogue, ce type d'outils est proposé par les agences via des partenariats avec des sociétés spécialisées telles que Terra Pass ou Action Carbone. Au-delà du calcul des émissions, ces spécialistes du développement durable permettent aux entreprises de «compenser» leur empreinte carbone. «Pour contrebalancer leur impact sur l'environnement, les clients qui le souhaitent peuvent financer, via ces organismes, des programmes écologiques, par exemple la plantation d'arbres en Amérique du Sud. Les sommes engagées par les sociétés sont généralement proportionnelles à leur taux d'émission», explique Christophe Pingard, vice président Europe d'Egencia.

Une fois les calculs effectués, les agences proposent également d'établir des repor- tings complets des quantités de CO2 émises par voyageur, par mode de transport, etc. Si Carlson Wagonlit Travel ou encore Frequent Flyer Travel Paris peuvent faire appel à des spécialistes tels que The CarboNeutral Compagny pour fournir ces tableaux de bord, d'autres agences, à l'instar d'American Express Voyages d'Affaires, ont mis au point leurs propres solutions de diagnostic. «Nous envoyons quatre rapports trimestriels et un rapport annuel. Pour inciter nos clients à adopter ce type de service, nous délivrons, dans un premier temps, ces statistiques gratuitement», indique Eric Audoin.

@ EIDA01102009-08-10.pdf

Harmoniser les standards

Malgré l'intérêt suscité par ces calculateurs et autres reportings, reste un hiatus de taille: le manque de fiabilité de ces solutions. «Il n'existe pas aujourd'hui de norme ou de méthode d'évaluation des émissions de CO2 universellement acceptée. Chaque organisme se réfère donc à ses propres standards», alerte Christophe Drezet, consultant au sein du cabinet Espa, spécialisé dans les achats hors production. Si certains s'appuient sur la méthode de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), d'autres s'inspirent des normes édictées par des institutions étrangères et notamment le Defra, le ministère britannique de l'environnement. Sans oublier certaines agences, à l'image d'American Express Voyages d'Affaires, qui ont conçu leur propre méthode. D'où les forts écarts de résultats d'un calculateur à un autre. Exemple probant: «Sur un aller-retour Paris-Singapour, certains organismes évaluent le volume d'émissions à 1,86 tonne alors que d'autres affichent 4,2 tonnes!», constate Marc Leidelinger, président fondateur de Frequent Flyer Travel Paris. Une disparité non négligeable qui peut s'expliquer par la variabilité des paramètres utilisés d'un calculateur à l'autre (âge, poids et chargement de l'avion, classe de voyage...).

Mais un autre facteur peut aussi rentrer en ligne de compte: «Certains organismes, à la fois calculateurs et compensateurs de l'empreinte carbone, pourraient dans une logique mercantile avoir intérêt à surévaluer les résultats, tandis que d'autres éditeurs de solutions, proches des compagnies aériennes, pourraient plutôt chercher à les sous-évaluer», analyse Marc Leidelinger (Frequent Flyer Travel Paris). Une situation encore très floue qui peut donc générer une certaine méfiance de la part des entreprises. «En l'absence de programme officiel d'évaluation et de compensation, nombre d'entreprises hésitent à investir dans ce type d'actions écologiques, par manque de visibilité ou de certitude quant au sérieux de certains prestataires», renchérit Christophe Drezet (Epsa). L'un des grands défis de ce secteur consiste donc à harmoniser ces standards pour aller vers des calculs plus cohérents.

Christophe Drezet, Epsa: «La limitation des voyages d'affaires répond surtout à une logique d'optimisation des coûts.»

Panel de fournisseurs verts

Ceci étant, malgré les doutes autour de ce type de solutions, certaines agences n'hésitent pas à adopter une démarche plus appuyée encore en matière de développement durable, à l'instar d'American Express Voyages d'Affaires: «Nous avons rédigé un Livre Blanc pour que nos clients puissent s'informer et se former rapidement sur le management des voyages verts. Plus encore, nous avons conçu des fiches qui permettent aux entreprises de comprendre en un coup d'oeil les spécificités d'une politique de déplacements écologiques», se félicite Eric Audoin. Autre action non négligeable mise en place par l'agence: la constitution d'un panel de fournisseurs verts. L'objectif? Orienter les entreprises vers les compagnies aériennes équipées d'appareils récents et donc moins polluants, privilégier les hôtels dotés de systèmes de cartes-clés économiseurs d'énergie, ou encore identifier les loueurs de voiture proposant des modèles hybrides. Une pratique encore marginale sur le marché, mais qui marque en profondeur les premiers pas de cette mutation écologique. «Certes, le secteur est encore aujourd'hui en phase d'observation, de compréhension et de sensibilisation concernant le développement durable», rappelle Christophe Derumez, p-dg d'Avexia Voyages. Mais les prochaines années seront sans aucun doute celles de la consolidation des démarches établies et du déploiement d'actions de plus grande envergure. n

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Bilan mitigé pour les voyages écologiques

Seules 30% des entreprises prennent en considération la problématique environnementale au sein de leur politique voyages, en préférant prendre le train (76%), ou en louant des voitures ayant des consommations réduites (34%). Tel est le résultat du baromètre européen American Express Voyages d'Affaires réalisé en 2008. Parmi les entreprises interrogées, certaines déclarent également adopter des mesures plus complexes de choix d'appareils moins consommateurs de carbone, ayant adopté une politique de recyclage, ou encore de location de véhicules hybrides. A ce titre, les pays nordiques (Pays-Bas, pays scandinaves et Allemagne) font figure de véritables précurseurs. En complément de ces actions vers les fournisseurs, les entreprises mettent en avant, pour 62% d'entre elles, l'utilisation de la visioconférence. Ici encore, l'Europe du Nord est en tête.
Les déplacements de courte durée seraient d'ailleurs les premiers remplacés par les solutions technologiques, à en croire les résultats de l'étude «Qui sont les voyageurs d'affaires?» réalisée en 2008 par B&P. Une tendance qui se généralise de plus en plus dans un contexte de crise. Ainsi, selon le baromètre d'American Express Voyages d'Affaires, 32% des budgets ont été revus à la baisse en Grande-Bretagne, 24% dans le nord de l'Europe et 23% en Espagne. Impactées plus tardivement par la récession, la Belgique et la France se situent respectivement à 19% et 17%. «Ces politiques internes de restriction du nombre de déplacements ou de voyageurs s'inscrivent davantage dans une logique d'optimisation des coûts que dans une véritable démarche de développement durable» rappelle Christophe Drezet, du cabinet Espa. La preuve: selon une étude réalisée par Amadeus, éditeur de logiciels de réservation en ligne, plus de 50% des directeurs financiers ne sont pas encore aujourd'hui totalement convaincus des avantages générés par le recours aux voyages verts.