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Bien comprendre la charte des bonnes pratiques achats

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235 grandes entreprises et organismes socioprofessionnels sont désormais signataires de la charte régissant les relations entre grands donneurs d'ordres et PME. Ce document se veut être un référentiel en matière de gestion de la relation fournisseur. Décryptage.

En septembre 2008, la médiation du crédit remet un rapport sur la détérioration des relations entre donneurs d'ordres et fournisseurs depuis la crise financière. Les mauvaises pratiques sont courantes: ruptures unilatérales des relations commerciales sans indemnités, évolutions des prix à la baisse imposées sans contrepartie sur les volumes, transferts de technologies vers d'autres fournisseurs basés dans des pays à bas coûts... Face à ce constat, le médiateur du crédit et la Compagnie des dirigeants des acheteurs de France (Cdaf) rédigent la charte des «dix engagements pour des achats responsables», qui contient une série de points-clés qui se veut avant tout pragmatique.

Redéfinir les relations clients-fournisseurs

Les entreprises signataires s'engagent à respecter un cadre précis pour les relations commerciales avec leurs fournisseurs. Certains articles complètent les textes juridiques afin de s'assurer que les donneurs d'ordres ne déforment pas l'esprit de la loi, notamment la LME. Par exemple, assurer une équité financière ou réduire les risques de dépendance. D'autres articles ont une influence directe sur la gestion de la relation fournisseur (SRM), ou sur la politique achats des grands groupes concernés. Il s'agit pour les adhérents de favoriser la collaboration avec les fournisseurs stratégiques, de prendre en compte l'impact environnemental, ou encore de veiller à la responsabilité territoriale de leur entreprise. Selon Jean-Claude Volot, médiateur des relations interentreprises industrielles et de la sous-traitance, cette charte répond à un triple objectif: «Réhumaniser la relation entre les clients et les fournisseurs, responsabiliser les grands groupes leaders de filières et assurer l'indépendance stratégique des fournisseurs.»

Un comité de suivi, constitué des directeurs achats des grands donneurs d'ordres signataires, en assure le déploiement sous l'égide d'un comité de pilotage, coprésidé par Jean-Claude Volot et la Cdaf. Ils se réunissent au moins deux fois par an pour s'assurer de la réalisation effective des engagements. Les grands donneurs d'ordres doivent en outre désigner au minimum un correspondant PME «pouvant être saisi par les fournisseurs, à défaut de résolution du conflit avec l'acheteur local, de façon à privilégier la médiation», ainsi que mettre en place des indicateurs de suivi (sans définition précise).

Malgré cela, plusieurs PME ont déjà fait part de leurs inquiétudes quant au respect de cette charte. L'accumulation de règlements, de recommandations et autres bonnes pratiques au cours des dernières années n'ayant eu que peu d'incidences sur les mauvaises pratiques. Les enjeux sont en tout cas considérables pour notre économie, le volume d'achats effectués en France par les entreprises signataires représentant 25 à 30 % du volume global réalisé par les grandes entreprises françaises.

Les clés

- La crise a renforcé les mauvaises pratiques des donneurs d'ordres par rapport à leurs fournisseurs stratégiques - Une démarche et un suivi tripartite (donneurs d'ordres, sous-traitants et Etat) - Responsabiliser les donneurs d'ordres et assurer la pérennité des fournisseurs.

Olivier Wajnsztok

Olivier Wajnsztok

Par Olivier Wajnsztok, directeur associé du cabinet AgileBuyer, spécialisé dans les équipiers achats, le conseil stratégique et le coaching d'acheteurs.