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BRIGITTE BERNARD-MOLMY, JURISTE MARCHES PUBLICS A L'INRA: « Exemplarité et bonnes pratiques »

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Il y a deux ans, l'Inra a intégré des critères de développement durable dans l'appel d'offres renouvelant le marché de la billetterie. Une initiative, à l'époque innovante, que l'institut vient de déployer sur l'hôtellerie.

Dans quel contexte avez-vous été amenée à intégrer des critères de développement durable dans la politique voyages de l'Inra?

Brigitte Bernard-Molmy: Dans la foulée du Grenelle de l'environnement, l'Etat nous a demandé de faire preuve d'exemplarité et d'impulser de bonnes pratiques. Nous avons donc décidé, il y a trois ans, d'initier une démarche de développement durable dans toutes nos familles d'achat. C'est dans ce contexte que nous avons intégré des critères responsables lorsque nous avons relancé notre marché billetterie en 2010, un segment qui pèse 7 MEuros par an. Et nous avons fait de même pour l'hôtellerie que nous venons juste de déployer pour un montant qui représente chaque année environ 2 MEuros.

Comment avez-vous procédé?

Nous avons opté pour le recours à un cabinet spécialisé afin de nous faire accompagner sur une démarche qui, à l'époque, était innovante. Après avoir lancé une consultation classique, trois sociétés spécialisées dans le conseil en développement durable se sont positionnées. Pour des raisons de pertinence de l'offre et de prix, nous avons retenu la candidature de Factea durable.

Quels étaient ces critères?

Sur la billetterie, ils nous ont suggéré d'imposer aux candidats la mention de la consommation de CO2 sur chaque proposition de voyage, aérienne ou ferroviaire. En revanche, nous n'avons pas souhaité que ce critère soit déterminant dans le choix du voyageur. Il s'agit simplement d'une information qui doit l'interpeller. Sur la partie hôtels, les candidats devaient nous indiquer dans leur offre le nombre d'hôtels éco-labellisés référencés dans leur base de données. Nous leur avons également demandé d'afficher dans leur interface de réservation le nombre d'hôtels éco-labellisés dans les dix villes les plus visitées par nos voyageurs et de lister l'ensemble de ces hôtels afin de faciliter l'accès à cette information. Comme pour la billetterie, ce critère n'est pas déterminant pour le voyageur qui reste libre de choisir en fonction du prix, en sachant qu'à prix égal, on préconise de s'orienter vers les établissements éco-labellisés.

@ Imprimé sur du papier recyclé.

Brigitte Bernard-Molmy, Inra

« Les bénéfices de la mise en place de critères de développement durable viennent essentiellement des changements de comportement de nos voyageurs. »

Avez-vous intégré d'autres critères?

Tout à fait. Pour évaluer les différentes offres, les candidats devaient nous expliquer comment ils allaient procéder pour afficher les critères imposés et sensibiliser les usagers sur leur interface internet, les vouchers et les plateformes téléphoniques de soutien.

Sur la partie hôtels, nous nous sommes aperçu qu'il y avait relativement peu d'hôtels éco-labellisés, mais que le phénomène était en fort développement. Cela nous a conduits à intégrer un engagement de progrès signé par tous les candidats qui les invitait à référencer un maximum de nouveaux établissements éco-labellisés lors de la passation des marchés et après. Il nous a semblé important de promouvoir une démarche d'amélioration continue sur un marché qui évolue très vite.

Quelle place avez-vous accordée à ces deux critères dans le choix de l'offre?

Nous avons sélectionné les candidatures en fonction de la valeur technique de l'offre et du prix. Nous n'avons, sur ce point, pas suivi la recommandation de Factea durable qui souhaitait que le développement durable soit un critère à part entière. Nous avons préféré l'intégrer dans la valeur technique. Ceci étant dit, je remarque que cette nouvelle préoccupation est entrée en ligne de compte dans notre choix puisque sur le marché de l'hôtellerie, le candidat retenu est celui qui avait le plus d'hôtels éco-labellisés dans sa base. Il ne s'agissait donc pas d'un affichage. D'autant plus que Factea durable nous a accompagnés pendant la phase d'analyse des candidatures et lors des négociations avec les prestataires.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de cette démarche?

Comme nous voulions absolument aboutir sur ces deux marchés, nous ne voulions pas d'un dispositif trop strict et contraignant. Il ne fallait, en effet, pas perdre de vue l'objectif principal qui était de satisfaire nos clients internes. Et pour cela, nous devions avoir des candidats qui nous proposent des prix corrects. Si nous avions intégré trop de critères, nous aurions peut-être eu moins de postulants. J'observe d'ailleurs que lorsque nous leur avons présenté nos exigences, les prestataires n'étaient pas du tout prêts à y répondre, et il leur a fallu mettre en place rapidement un affichage spécifique sur leur plateforme.

Quels bénéfices avez-vous pu enregistrer depuis la mise en place de ces critères de développement durable?

Sur le marché de la billetterie, nous avons constaté une baisse des réservations sur l'aérien au profit du fer, mais la consommation de CO2 a progressé car les trajets étaient des longs courriers. Les bénéfices viennent donc essentiellement des changements de comportement de nos voyageurs. Le marché de l'hôtellerie vient, lui, d'être déployé. Il est donc trop tôt pour en tirer des enseignements.

Allez-vous étendre la démarche à d'autres familles d'achat?

Nous sommes effectivement en train de la généraliser à tous nos segments d'achats, y compris au bâtiment à travers la norme HQE. Nous venons d'ailleurs de le faire sur le marché des télécommunications... Nous avons aussi des efforts à faire dans des univers comme les fournitures courantes, afin d'éviter trop de livraisons et trop d'emballages.

Jean-Louis Haie, Factea durable

@ JEAN-PIERRE LLOPIS

Jean-Louis Haie, Factea durable

Avis d'expert
«La démarche de l'Inra incite les fournisseurs à anticiper la réglementation»

« Trois aspects sont particulièrement intéressants dans la démarche de l'Inra, explique Jean-Louis Haie, manager chez Factea durable. D'abord, l'institut a voulu montrer aux fournisseurs que le développement durable était important à ses yeux. Pour ce faire, nous avons été associés au cahier des charges, qui était rédigé de manière très précise, mais aussi lors des auditions avec les prestataires. Et la présence d'un expert des achats responsables a contribué à marquer l'esprit des fournisseurs. Le deuxième point que je retiens, c'est le parti pris de l'Inra qui a décidé de démarrer sur la billetterie. En effet, le voyage n'est pas la famille achats la plus facile à traiter. En général, la plupart de nos interlocuteurs démarrent avec des segments plus classiques comme le papier, l'impression ou les fournitures de bureau. Enfin, la démarche de l'Inra a eu une vertu. Elle a incité les fournisseurs du secteur à anticiper les répercussions de l'obligation de publication de bilans d'émission de gaz à effet de serre pour toutes les entreprises et les organismes de plus de 500 salariés, à partir du 31 décembre 2012. A cette date, il y a fort à parier que les grandes centrales de réservation devront produire des statistiques très fines sur les émissions de gaz à effet de serre de leurs clients, par unité, par département, voire par personne... », conclut Jean-Louis Haie.