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Acheteurs publics: les réseaux s'animent

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Ouverts aux professionnels de tous horizons ou dédiés à un secteur d'activité spécifique, les réseaux d'acheteurs publics français sont nombreux. Mais leur action vise un seul et même objectif: promouvoir l'efficacité de la commande publique et la reconnaissance du métier.

«En adhérant à l'Assiaps, l'Association internationale des acheteurs et approvisionneurs publics et privés de la santé, j ai vite réalisé que les méthodes d'approvisionnement dans les hôpitaux français différaient beaucoup de celles pratiquées à l'étranger», confie Jean-Michel Descoutures, pharmacien à l'hôpital d'Argenteuil et coordonnateur des achats de médicaments pour le compte de 54 établissements du Resah-IDF, le Réseau des acheteurs hospitaliers d'Ile-de-France. «Ainsi, j'ai appris qu'au Québec, les hôpitaux sont approvisionnés via des plateformes regroupant les livraisons de plusieurs laboratoires en une seule et même commande, poursuit-il. En France, au contraire, chaque établissement est livré par une multitude de fournisseurs, ce qui génère des trajets inutiles et un impact défavorable sur l'environnement

A l'image de Jean-Michel Descoutures, de plus en plus d'acheteurs publics adhèrent à des réseaux pour s'inspirer des bonnes pratiques de leurs confrères et faire évoluer leurs propres organisations. «Le métier d'acheteur public est relativement récent mais il évolue rapidement, analyse Jean-Marie Héron, président de l'Association des acheteurs des collectivités territoriales (AACT), qui regroupe 650 adhérents. Pour s'adapter à ces changements, les acheteurs ont intérêt à se regrouper par le biais d'association.»

@ Fotolia/Octus/ld

Des formations remises au goût du jour

Echange d'expériences, benchmarking, sans oublier développement du carnet d'adresses: voilà les arguments qui incitent les acheteurs publics à se mettre en réseaux. Le pluriel est de rigueur, la France comptant plusieurs associations dans ce domaine (lire encadré page 78). Qui, néanmoins, militent dans un même objectif: promouvoir l'efficacité de la commande publique et la reconnaissance du métier d'acheteur public. «La fonction d'acheteur n'est même pas reconnue dans la nomenclature des métiers de la fonction publique territoriale», regrette Jean-Marie Héron (AACT).

Dans cet esprit, son association, créée en 1992, propose une palette de services pour favoriser la professionnalisation: conférences, séminaires ou modules de formations. «Ces dernières sont remises au goût du jour en fonction des problématiques qui apparaissent peu à peu dans le secteur, précise-t-il. Ces évolutions sont généralement liées aux reformes du code des marchés publics.» Les formations sur les accords-cadres, l'une des procédures innovantes intégrées dans le nouveau code de 2006, remportent ainsi un vif succès. Mais la pratique n'est pas oubliée avec, également, des modules sur les techniques de négociation ou l'analyse du besoin.

Aux côtés de l'AACT, l'Association pour l'achat dans le secteur public (Apasp), créée en 1962, est l'autre grande association généraliste d'acheteurs publics. Elle offre, elle aussi, un arsenal de solutions pour professionnaliser davantage le métier d'acheteur. «Nous proposons à nos adhérents des formations dans tous les domaines de l'achat public: renseigner son avis de publicité, apprendre à bien construire son cahier des charges...», illustre Jean-Marc Peyrical, président de l'association et, par ailleurs, avocat spécialisé en droit des marchés publics.

Thierry Hoffmann, directeur de la commande publique dAngers

Thierry Hoffmann, directeur de la commande publique dAngers

- Témoignage
«Grâce à notre réseau, nous abordons le développement durable de façon concrète»

Directeur des affaires juridiques et de la commande publique de la capitale de l'Anjou, Thierry Hoffmann adhère au Réseau Grand Ouest (RGO) depuis sa création, en 2006. «La ville d'Angers, la région Pays de la Loire et la mairie de Nantes sont à l'origine de cette association spécialisée dans la promotion des achats publics durables», explique-t-il. Impliqué dans la vie du réseau, Thierry Hoffmann prend part, chaque année, aux groupes de travail organisés lors des assemblées générales. Grande originalité du RGO, ces ateliers fédèrent la réflexion de différentes collectivités autour d'un marché en particulier: le textile, les produits d'entretien... «Au cours de ces réunions, nous dressons un état des lieux, dégageons diverses problématiques, rencontrons différents spécialistes et fournisseurs... Parfois, des documents opérationnels tels que des cahiers des charges types ou des clauses directement intégrables dans les marchés sont rédigés», détaille Thierry Hoffmann. Après chaque atelier, un compte rendu est remis à tous les adhérents du réseau. Un moyen simple et efficace de s'informer et de se former rapidement sur des thématiques précises. «Au travers de cette démarche, nous pouvons aborder le développement durable de façon concrète et donc mieux faire face aux difficultés que nous rencontrons chaque jour.» Preuve du dynamisme de la ville d'Angers au sein du réseau, celle-ci a été désignée cette année «collectivité pilote» d'un groupe de travail, qui porte sur l'introduction d'aliments certifiés bio dans la restauration collective. Sa mission? Animer l'atelier et de réaliser la synthèse des travaux et réflexions menés par les participants.


Angers
(Maine-et-Loire)
POPULATION 156000 habitants
BUDGET 2009
278 millions d'euros

Fournir une analyse prospective du métier

Au-delà du volet «formation», les réseaux mettent en avant leur volonté de fournir à leurs adhérents une analyse prospective de leur métier. «Il faut les informer au mieux sur les mutations qui vont les concerner, comme la nécessité d'apprendre à bien négocier avec le relèvement des seuils, complète Jean-Marc Peyrical. Nous organisons donc des séminaires, des sessions d'étude et des petits déjeuners auxquels peuvent être conviés des acheteurs privés et des fournisseurs.»

Ce rapprochement entre le monde très procédural des acheteurs publics et celui des entreprises privées, davantage porté sur la rentabilité et la négociation, est l'un des leitmotivs de l'Apasp. «Les fournisseurs peinent à répondre aux appels d'offres publics, jugés trop complexes, tandis que les collectivités établissent parfois des cahiers des charges peu adaptés aux exigences des entreprises privées, regrette Jean-Marc Peyrical. Pour légitimer notre métier, il faut créer des ponts avec le monde privé, afin que ce dernier nous intègre dans son environnement.» L'Apasp compte d'ailleurs quelques entreprises privées dans ses rangs.

Cette volonté de transcender le clivage traditionnel public/privé est le fer de lance d'une autre association historique: la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France (Cdaf), créée en 1945. Si 80% de ses membres sont issus du secteur privé, 20% oeuvrent dans des entreprises publiques et administrations. A commencer par le président du réseau lui-même, Pierre Pelouzet, qui dirige les achats de la SNCF: «Nous n'avons pas la vocation de représenter un secteur d'activité en particulier, annonce-t-il. La Cdaf est avant tout une association d'acheteurs. Aussi, la plupart des problématiques que nous abordons lors de nos réunions bimensuelles sont transversales.»

Le clivage public/privé semble donc s'atténuer. Signe des temps? Le «groupe d'étude et benchmarking» achats publics de la Cdaf est actuellement mis entre parenthèses. «Le tronc commun entre les différents acheteurs est suffisamment large pour qu'ils puissent plancher ensemble sur des sujets multiples, tranche le président de la Cdaf. Par exemple, à la SNCF, je suis confronté à des problématiques similaires à celles que je devais gérer auparavant en tant qu'acheteur privé: achat en coût total, choix de prestations durables, suivi des matières premières, outils informatiques de standardisation...» Selon Pierre Pelouzet, seul le cadre d'achat diffère. Lui-même oeuvre ainsi sous le régime de l'ordonnance de 2005.

- Veille
Les réseaux actifs en achats publics

AACT, l'Association des acheteurs des collectivités territoriales www.aact.asso.fr
650 adhérents. Adhésion individuelle: 30 euros.
Adhésion collectivités: 180 euros pour les villes de plus de 5000 habitants et 80 euros pour celles de moins de 5000 habitants.
Apasp, l'Association pour l'achat dans le secteur public www.apasp.com 3500 adhérents. Adhésion individuelle: 120euros sans assistance technique, 180 euros avec assistance technique. Adhésion organisme: 240 euros pour un à trois collaborateurs, 390 euros pour quatre et 550 euros pour cinq.
Assiaps, l'Association internationale des acheteurs et approvisionneurs publics et privés de la santé
www.assiaps.com
300 adhérents.
Adhésion individuelle: 100 euros. Adhésion organisme: 65euros par personne ou 260 euros, sans limite du nombre de collaborateurs adhérents.
Cdaf, la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France www.cdaf.fr
1 600 adhérents.
Adhésion individuelle: 300 euros pour un directeur achats et 200 euros pour un acheteur.
Adhésion groupée: 150 euros pour un directeur achats et 100 euros pour un acheteur.
Réseau Grand Ouest
www.reseaugrandouest.fr
www.achatsresponsables.com
75 collectivités adhérentes. Tarif d'adhésion proportionnel à la taille de la collectivité (de 50 euros, pour les collectivités de moins de 5000 habitants, à 3500 euros pour celles comptant plus d'un million d'habitants).

Des réseaux par secteur d'activité

Autre organisation partisane du décloisonnement privé/public, l'Association internationale des acheteurs et approvisionneurs publics et privés de la santé (Assiaps), ouverte à tout type de professionnels du secteur sanitaire, quel que soit leur statut. «Pour l'heure, notre réseau recrute essentiellement en France, confie Dominique Legouge, vice-président de l'Assiaps et directeur du Resah-IDF. Mais notre association compte aussi de nombreux acheteurs belges et canadiens issus du secteur privé non lucratif. A terme, notre objectif est de fédérer les personnalités multiples qui composent notre domaine d'activité, quel que soit le cadre juridique dans lequel elles interviennent.» L'association, créée il y a tout juste un an, ambitionne de devenir une fédération de réseaux nationaux. «Nous avons déjà lancé, à la rentrée dernière, l'association française des acheteurs hospitaliers, qui sera officiellement créée en septembre 2010», s'enthousiasme Dominique Legouge, qui vient d'être élu président de cette nouvelle organisation.

Mais pourquoi développer un réseau d'acheteurs propre au secteur hospitalier? «Dans de nombreux pays, les systèmes de santé manquent de ressources. L'optimisation des achats hospitaliers devient donc un enjeu essentiel. Cela nécessite la création d'une association comme la nôtre, afin de fédérer la réflexion dans ce domaine», analyse Dominique Legouge. Qui souligne aussi la singularité de ce marché en termes d'objectifs, de contraintes et de technicité. «Notre différence repose sur nos achats très spécifiques. Les équipements de technologie médicale et des produits de santé représentent plus de 50% de nos achats», rappelle-t-il.

Jean-Marc Peyrical, Apasp

«II faut informer au mieux les acheteurs sur l'évolution de la réglementation et les mutations qui vont les concerner.»

Promouvoir les achats durables

A l'instar de l'Assiaps, le Réseau Grand Ouest (RGO) a pour objectif de regrouper les acheteurs publics autour d'une problématique cible: l'introduction de critères environnementaux et sociaux dans la commande publique. «Avec une dizaine d'autres réseaux régionaux, nous faisons partie d'une plateforme nationale parrainée par l'Agence de développement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et l'association des Eco Maires», explique Gwenaël Le Roux, animateur du RGO. Mise à disposition de cahiers des charges types, création de groupes de travail, animation de forums... Le réseau propose une panoplie de solutions pour former ses adhérents à la problématique complexe des achats durables. «Face à des marchés déplus en plus techniques, les acheteurs ont besoin de retours d'expérience. Plus encore, ils sont largement séduits par l'aspect lobbying de la mise en réseau, qui leur permet d'avoir plus de poids face aux fournisseurs et donc de mieux imposer leurs exigences lors des négociations», commente l'animateur. Autant d'arguments qui confortent l'avenir de ces associations d'acheteurs publics. Et si certaines d'entre elles, telles que Cap 92 - le club des acheteurs publics des Hauts-de-Seine -, sont pourtant mises en sommeil, faute de temps et de moyens, la grande majorité continue de recruter, à mesure que se renforce la professionnalisation du métier.