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« Sensibiliser les ministères aux bonnes pratiques achats »

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Le responsable ministériel achats des ministères financiers vient d'être nommé. Un ancien du privé converti depuis longtemps au public, qui croit dur comme fer à la nécessité d'optimiser les achats de l'Etat en mettant en place un certain nombre de bonnes pratiques achats. Rencontre.

Votre nomination, fin mai, correspond à une création de poste. Pourtant, les ministères de l'Economie ou du Budget sont déjà les moteurs de la professionnalisation et de l'optimisation des achats de l'Etat. N'est-ce pas paradoxal ?

Laurent Denoux : Vu de l'extérieur, oui. Mais en réalité, si mon titre de responsable ministériel achats (RMA) n'existait pas au sein de ces ministères, la fonction était occupée par Jean-Baptiste Hy, le directeur adjoint du Service des achats de l'Etat (SAE), dont le ministère de tutelle est justement celui du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'Etat. L'activité du SAE étant de plus en plus importante, il est apparu opportun de recruter un RMA pour les ministères dits financiersMinistère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi et ministère du Budget des Comptes publics et de la Réforme de l'Etat.. Avec une différence notable : contrairement aux autres RMA qui dépendent de leur ministère de tutelle, je suis directement rattaché au directeur du SAE (Jacques Barrailler, NDLR).

Quel est votre périmètre d'intervention ?

Il concerne tous les achats, directs et indirects, des ministères financiers et des entités publiques qui leur sont rattachés, des organisations telles que les Douanes ou l'Insee. Au total, cela représente un volume d'achats de plus de 3,4 milliards d'euros. Les principales familles sont l'immobilier (1,4 milliard d'euros), les prestations informatiques (650 millions d'euros), les prestations générales dont les prestations intellectuelles (525 millions d'euros), sans parler des achats purement métier (300 millions d'euros). A ce jour, on peut estimer à 30 % environ la mutualisation au sein des ministères financiers. Le potentiel d'intervention est donc évident.

Quel est votre objectif ?

Je souhaite réaliser 3 % d'économies par an sur un périmètre d'achats d'environ 2 milliards d'euros, soit 60 millions d'euros de gains annuels. Mon action se concentrera notamment sur les achats liés à l'immobilier (travaux, assistance à maîtrise d'ouvrage, aménagement, etc.) et sur les prestations informatiques et intellectuelles (tierce maintenance applicative, études, formation, conseil, communication...).

« Je souhaite réaliser 3 % d'économies par an sur un périmètre d'achats d'environ 2 milliards d'euros, soit 60 millions d'euros de gains annuels. »

Pour atteindre les objectifs d'économies, le SAE a été "accusé" d'encourager le regroupement des achats ministériels au niveau national et d'exclure les PME locales des marchés publics. Qu'en pensez-vous ?

Je n'étais pas là à l'époque (l'an dernier, NDLR), mais j'en ai entendu parler. Aujourd'hui, je peux vous dire que cette polémique n'a plus lieu d'être, si tant est qu'elle ait été un jour justifiée. A quelques marchés près, la mutualisation à l'échelon national a atteint, à mon sens, ses limites en termes de performance. C'est vrai qu'elle peut être aussi source de tension par rapport aux marchés fournisseurs mais c'est aussi aux entreprises de saisir les possibilités de regroupement. Je pense que la région, voire le département, est le bon échelon pour préserver une certaine proximité. Dès lors, les PME locales sont en mesure de répondre aux marchés que nous passons, même si le fait d'appartenir à une circonscription n'est pas un critère de sélection en soi.

Au-delà de l'accès des PME aux marchés publics, avez-vous des objectifs en matière d'achats responsables?

Tout à fait. La promotion des achats responsables, comme pour tous les autres ministères, fait partie de mes priorités. Le SAE exerce d'ailleurs un formidable travail en la matière. Toutefois, je n'ai pas d'objectif global. Les possibilités sur certains marchés, notamment les prestations intellectuelles, sont relativement limitées. A l'inverse, d'autres secteurs s'y prêtent formidablement comme l'entretien des espaces verts ou le nettoyage des uniformes confiés, pour une large partie, à des Esat (Etablissement ou service d'aide par le travail).

Quel est votre rôle auprès des ministères financiers?

Je sensibilise les grandes directions des ministères et de leurs ramifications aux bonnes pratiques achats en termes de définition du besoin, de sourcing, de négociation, de raisonnement en coût complet, etc. Mais j'anime également ce réseau en développant la compétence des acheteurs. Je suis, en quelque sorte, «un commercial» de la fonction achats. Dans le jargon de la profession, on parle plutôt de «coordinateur».

Ces directions sont-elles, pour l'instant, sensibles à votre discours?

Je le pense car elles ont conscience que leurs budgets, dès 2011, vont diminuer sensiblement et qu'il leur est d'ores et déjà nécessaire d'optimiser les dépenses. Je suis là pour les aider et je souhaite instaurer de vraies alliances par des pratiques d'achat concrètes et efficaces. C'est comme construire un «contrat de confiance» mutuel. Nous allons les former à ces meilleures pratiques et leur démontrer que réaliser des économies ne revient pas à rogner sur la qualité d'un service ou d'un produit.

Quels sont les autres axes de progrès que vous avez identifiés?

Il faut davantage travailler en mode projet avec les prescripteurs internes. Certains services le font déjà mais ils interviennent souvent trop tard, uniquement pour organiser la passation d'un marché. Pour dégager de la valeur ajoutée, l'acheteur doit intégrer l'équipe projet dès sa création, ce qui lui permet notamment de travailler sur le besoin, d'apporter des solutions, d'alerter des risques fournisseurs et, in fine, de réaliser des économies. Autre axe de progrès: l'achat en coût complet. Trop de services raisonnent par exercice budgétaire ; pourtant, un achat peut se révéler performant sur plusieurs années s'il prend en compte l'ensemble des coûts inhérents à la durée de vie d'un produit ou à la fourniture d'un service.

@ STUDIO GEO

Biographie

Laurent Denoux (38 ans) est diplômé de l'ESCP et titulaire du mastère spécialisé achats internationaux (MAI) de Bordeaux Ecole de management. Depuis mai, il est le responsable ministériel achats (RMA) des ministères financiers au sein du Service des achats de l'Etat (SAE). Ancien responsable des achats et du contrôle de gestion de Trufaut (1996-2001), puis du groupe Score (20012004), Laurent Denoux devient coordinateur des achats à la Cité des Sciences (2004-2006), avant d'en devenir le chef du département achats (2006-2010).

zoom Le SAE en quelques mots

Créé par décret le 17 mars 2009, le Service des achats de l'Etat (SAE) définit et veille à la mise en oeuvre de stratégies pour tous les achats courants des administrations de l'Etat (centrales et déconcentrées), c'est-à-dire des achats communs liés au fonctionnement des services. Sa mission est ainsi de professionnaliser l'ensemble des achats, en collaboration avec les responsables ministériels des achats (RMA) au sein de chaque ministère.

Sébastien De Boisfeury