Mon compte Devenir membre Newsletters

«Notre fonction s'est considérablement professionnalisée»

Publié le par

A la tête de la direction achats depuis sa création en 2003, Santiago Fornaguera a vu la fonction prendre de l'ampleur. Notamment grâce au changement de stratégie opéré en 2005 lors de la privatisation du groupe. Aujourd'hui, les achats d'Aéroports de Paris représentent près d'un milliard d'euros. Explications.

Pierre Graff, p-dg d'Aéroports de Paris, s'est félicité des bons résultats du groupe en 2007. Dans quelle mesure les achats ont-ils contribué à cette performance?

Santiago Fornaguera: Nos services ont permis de réaliser en 2007 près de 38 millions d'euros d'économies sur un volume d'achats d'un milliard d'euros. Depuis la création de la fonction en 2003, et particulièrement depuis la privatisation du groupe en 2005, notre fonction s'est considérablement professionnalisée. Elle est en pleine évolution. Aussi, en 2008, nous devrions permettre une économie de l'ordre de 47 millions d'euros.

L'entreprise

Aéroports de Paris
CHIFFRE D'AFFAIRES 2007 2,3 milliards d'euros
EFFECTIF 11 400 collaborateurs
VOLUME D'ACHATS 1 milliard d'euros
EFFECTIF ACHATS 70 collaborateurs
FOURNISSEURS 5 100 fournisseurs actifs

Concrètement, par quoi se traduit cette professionnalisation?

Aujourd'hui, notre direction couvre 73% des achats, contre 35% en 2003. Nous étions alors plus nombreux, mais avec moins d'acheteurs et davantage de personnes dédiées à l'administratif. Nous avons décidé de recentrer cet effectif. La professionnalisation se traduit également par une meilleure formation et une recherche des compétences accentuée. Ainsi, nous avons établi un partenariat avec l'IUT de Sceaux, au sein duquel nous intervenons régulièrement et dont nous prenons en charge la formation en alternance des apprentis qui sont par la suite intégrés dans notre structure.

Et qu'en est-il de vos processus d'achats?

Nous avons mis en place un référentiel achats prêt à être certifié ISO 9000 en interphase avec d'autres fonctions. Notre portail fournisseurs, lancé début 2007, a généré, pour sa première année, plus de 4 000 commandes à travers 27 catalogues. Ce chiffre est en constante augmentation. Nous avons également déployé, il y a deux ans, un Intranet achats avec lequel nous communiquons en interne sur l'évolution de nos processus.

« Notre travail repose sur la collaboration. Nous devons apporter une réelle valeur ajoutée à nos clients internes.»

Avez-vous des contacts avec les directions achats des autres aéroports européens?

Nous avons créé une société commune avec les aéroports de Londres et de Copenhague pour mettre en place un système dématérialisé de traitement des appels d'offres. Celui-ci offre la traçabilité et le niveau de confidentialité exigés par les directives européennes. Grâce à ce type de partenariat, nous avons pu réaliser plusieurs appels d'offres communs qui nous ont permis, outre la consolidation des volumes, la standardisation des cahiers des charges et l'accès à de nouvelles sources d'approvisionnement, notamment en Chine.

Quels domaines reste-t-il à conquérir?

Les achats de faibles montants, que nous contrôlons, sont réalisés par un réseau de quinze correspondants et délégués aux achats en interne. Mais notre objectif est d'accentuer le rôle de notre fonction et d'atteindre un taux de couverture de 80% de ces achats dès cette année. Pour cela, nous souhaitons développer leur externalisation et les piloter en renforçant les contrats-cadres.

ADP s'est récemment dotée d'une nouvelle signalétique. Les achats sont-ils intervenus?

Bien sûr, nous avons même été très impliqués. Les études des différentes solutions techniques que nous avons réalisées ont engendré un gain de 38% par rapport aux montants initialement prévus.

Aujourd'hui, comment est perçue la fonction achats au sein du groupe?

Nous avons obtenu toute notre légitimité grâce à l'apport de services aux clients internes. C'est-à-dire non pas en réduisant leurs coûts à tout va, mais en cherchant à optimiser leur qualité. Notre travail repose sur la collaboration. Pour nos plus gros projets, nous adoptons le mode d'organisation en «plateau projet», très courant dans l'industrie automobile. Nous avons adopté ce mode de travail en 2004 et nous recommençons cette année avec le projet du satellite S4. Deux acheteurs et un juriste sont ainsi affectés à 100% de leur temps au sein de l'équipe projet, avec l'objectif de satisfaire le cahier des charges du directeur de projet, tout en reportant les économies obtenues et le respect des budgets à la direction financière.

Votre direction est-elle devenue incontournable?

Depuis 2003, nous avons franchi plusieurs niveaux de maturité. En 2005, le comité de direction a souhaité consolider le travail réalisé et positionner les achats au coeur de la performance dans la maîtrise des charges de l'entreprise. A cette occasion, nous nous sommes vu confier la délégation de pouvoir et de signature pour environ 70% des contrats d'achat, tout en augmentant nos moyens humains et matériels pour atteindre ces objectifs.

Outre l'élargissement de la couverture des achats, quelles sont vos priorités pour 2008?

Indiscutablement, accompagner l'évolution de l'entreprise vers une société de services où la qualité délivrée à nos clients doit égaler, voire dépasser, le niveau de service des meilleurs aéroports du monde. Par ailleurs, nous venons de finaliser un appel d'offres international concernant la gestion des services aux personnes handicapées et à mobilité réduite. ADP assurera ce service à travers deux prestataires à compter du 26 juillet prochain.

Pensez-vous procéder prochainement à de nouveaux recrutements?

Dans le cadre de notre projet Performance 2010 destiné à maîtriser les charges afin de respecter le business plan d'ADP d'ici à 2010, nous avons obtenu l'accord, compte tenu des enjeux, de renforcer nos équipes. Le recrutement d'une dizaine de personnes, acheteurs principalement mais également juristes, est en cours. Ils rejoindront nos 70 collaborateurs actuels.

@ ARNAUD OLSZAK

Biographie

Santiago Fornaguera
Directeur achats.
50 ans.
Doctorat en sciences économiques (université de Paris 1).
Expériences professionnelles: Renault, Club Méditerranée et, depuis 2003, Aéroports de Paris.