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«Le cost killing est une pratique du passé»

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A la tête de la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France (Cdaf) depuis trois ans, Pierre Pelouzet entend lutter contre les mauvaises pratiques qui nuisent à l'image de la fonction, particulièrement en cette période de Crise. Rencontre.

Vous venez d'annoncer votre intention de créer un Club des managers achats au sein de la Cdaf. Quel est l'objectif de ce club?

Pierre Pelouzet: Nous voulons que des managers de proximité, issus de l'univers des achats, puissent se rencontrer et échanger sur un certain nombre de problématiques communes, principalement en matière de management. En effet, j'ai réalisé que les directeurs achats dans les PME et les responsables achats dans les grandes entreprises, qui représentent entre 20 et 25% de nos membres, ne se retrouvaient pas nécessairement dans les problématiques très opérationnelles abordées lors des rencontres que nous organisons dans nos délégations régionales.

La Cdaf

La Compagnie des dirigeants et acheteurs de France (Cdaf) a été créée en 1944. Son rôle est de promouvoir la fonction achats dans les entreprises et de contribuer à sa professionnalisation.
Elle est organisée en cinq délégations régionales et dispose d'un bureau national. Elle compte actuellement 1 600 adhérents.

Pourquoi créer cette nouvelle structure alors qu'il existe déjà un Club des directeurs achats au sein de la Cdaf?

Là encore il ne s'agit pas de la même population. Les membres du Club des directeurs achats appartiennent tous à de très grandes entreprises. On y parle avant tout de stratégies et de politiques achats, très loin des préoccupations quotidiennes du middle management.

Quand le Club des managers achats verra-t-il le jour?

J'espère d'ici à la fin de l'année. Ses membres se réuniront environ tous les deux mois. L'objectif, à terme, est également de recruter de nouveaux adhérents.

Pensez-vous, comme beaucoup d'observateurs, que 2009 est l'année des acheteurs?

Il est certain qu'en période d'incertitude économique, les achats sont mis en avant. Mais, comme j'ai l'habitude de le dire à mes propres acheteurs, la crise ne va pas s'arrêter le 31 décembre à minuit. Alors oui, 2009 est une année propice au développement de notre fonction. Cependant, il ne faut pas s'arrêter en chemin et revenir à la case départ une fois la reprise amorcée. En tout état de cause, les acheteurs devront également répondre présents en 2010, voire en 2011.

@ Studio Géo/François Girard

«Les relations avec les fournisseurs s'inscrivent désormais sur le long terme, preuve que la profession a beaucoup mûri.»

Comment vos adhérents ressentent-ils cette mise en avant?

Lors des différentes réunions que nous organisons dans nos délégations régionales, nous observons que les acheteurs sont à la fois enthousiastes et inquiets. Enthousiastes car les projets ne manquent pas. Inquiets dans la mesure où les objectifs fixés par les directions générales sont très élevés.

Justement, ne risque-t-on pas d'assister à un retour du cost killing?

Le cost killing est une pratique qui appartient au passé. Aujourd'hui, de plus en plus d'acheteurs raisonnent en coûts complets et cherchent à nouer des partenariats avec leurs fournisseurs stratégiques. Les relations avec ces derniers s'inscrivent désormais sur le long terme. De ce point de vue, la profession a beaucoup mûri. Les enjeux que représente le développement durable, par exemple, font désormais partie des préoccupations d'une majorité d'acheteurs.

@ Studio Géo/François Girard

Tout de même, dans le contexte actuel, certaines entreprises n'ont pas le choix...

Je conçois parfaitement qu'une société luttant pour sa survie soit contrainte, parfois, de faire du cost killing. Mais, pour beaucoup d'entreprises, ce n'est pas le cas. Pour réduire les coûts, il faut avant tout acheter plus intelligemment. Par exemple, se demander si l'achat correspond aux besoins de son entreprise. Ou encore ne pas s'arrêter à la valeur faciale d'un produit ou d'un service, mais prendre en compte sa valeur d'usage. Si le rôle d'un acheteur est de diminuer les coûts, il lui appartient également de ne pas mettre en péril la santé financière de ses fournisseurs. Lorsque la croissance reviendra, ces derniers se souviendront de ceux qui ont exercé une pression excessive sur les coûts. Pour un acheteur, il est tout aussi important de préparer la sortie de crise.

Beaucoup d'entreprises réduisent leur panel fournisseurs. Comme pour le cost killing, n'y a-t-il pas d'alternative?

Tout d'abord, je préfère parler d'optimisation plutôt que de réduction du panel fournisseurs. Dans certaines entreprises, il existe plusieurs dizaines de prestataires pour un même service, ce qui n'a aucun sens. L'optimisation d'un panel est alors pleinement justifiée. Toutefois, comme pour le cost killing, une telle stratégie correspond avant tout à une vision uniquement fnancière qui n'a pas forcément lieu d'être. Beaucoup de donneurs d'ordres cherchent au contraire à élargir leur panel à la recherche de produits innovants. C'est pourquoi la Cdaf s'implique énormément autour du Pacte PME Dispositif qui vise à faciliter les relations d'affaires entre les grands donneurs d'ordres et les PME dites innovantes. Cinquante-trois grandes entreprises ont signé le Pacte PME. .

La fonction achats souffre d'un certain déficit d'image dans les entreprises. Comment votre organisation entend-elle inverser cette tendance?

Nous devons mieux faire connaître notre fonction. Depuis mon élection à la présidence de la Cdaf, j'ai souhaité me rapprocher d'autres organisations professionnelles, telles l'Arseg - l'Association des directeurs et des responsables des services généraux - ou l'AFDCC - l'Association française des crédits managers et conseils - pour que les différents métiers apprennent à mieux se connaître. De plus, je suis persuadé que nous arriverons à mieux sensibiliser nos directions générales aux bonnes pratiques si notre démarche est collective.

En est-il de même vis-à-vis des pouvoirs publics?

Tout à fait. Je dois reconnaître que nous avons beaucoup de mal, aujourd'hui, à faire entendre notre voix. Nous sommes rarement écoutés alors que certaines décisions impactent directement notre quotidien. Par exemple, nous n'avons pas été consultés pour l'élaboration de la LME [loi de modernisation de l'économie, NDLR]. Là encore, nous espérons qu'une action collective avec d'autres associations nous permettra, à l'avenir, d'être pris en considération. Idem dans les grands médias nationaux. Malgré nos tentatives, la presse économique ne s'intéresse que très peu à notre métier. J'espère que cela changera dans les années à venir.

Biographie

Pierre Pelouzet, 46 ans, est président de la Cdaf depuis août 2006.
Titulaire d'une maîtrise en sciences économiques et en économétrie, diplômé de l'ISG et de l'Insead, Pierre Pelouzet est également directeur achats de la SNCF depuis avril 2007. Auparavant, il a notamment occupé la fonction de directeur achats monde de Cegelec de 2004 à 2007.