«L'environnement est un critère d'achat à part entière»

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Informatique, services généraux, politique voyages, gestion de flotte, prestations intellectuelles, etc. Emmanuel Erba supervise l'ensemble des achats hors production du groupe SFR. Un volume d'achats d'environ un milliard d'euros, où les critères environnementaux ont pris une place significative.

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@ YVES DENOYELLE

SFR Entreprises a signé, le 23 janvier dernier, le Pacte PME dont l'objectif est de faciliter les relations entre les petites entreprises dites innovantes et les grands comptes. Les PME représentent-elles une part importante de votre panel fournisseurs?

«La culture achats de SFR est basée sur l'innovation, pas uniquement sur la réduction de coûts.»

«La culture achats de SFR est basée sur l'innovation, pas uniquement sur la réduction de coûts.»

Emmanuel Erba: Les petites et moyennes entreprises constituent environ 30% de notre panel fournisseurs. Ce pourcentage est relativement important mais pas surprenant. L'univers des télécoms est, en effet, un univers où l'on retrouve de nombreuses start-up avec lesquelles SFR est en relation permanente. Nous accompagnons tous les jours des petites entreprises innovantes et les aidons à se développer. En outre, la culture achats de SFR est basée sur l'innovation, pas uniquement sur la réduction de coûts. Au-delà des aspects achats, comme l'a rappelé Bertrand Mabille, directeur général de SFR Entreprises, lors de la signature du pacte PME, l'objectif est principalement de développer de nouvelles synergies commerciales et technologiques avec les acteurs du marché de l'informatique mobile.

Plus globalement, la politique de développement durable de SFR vous impose de prendre en compte des critères sociétaux dans les grilles de sélection de vos prestataires. Que recouvrent ces critères?

Nous avons défini un code d'éthique et d'engagements. L'objectif consiste à veiller à ce que nos partenaires industriels et commerciaux s'engagent, dans chacun des pays où s'opèrent leurs activités, à respecter les droits sociaux fondamentaux comme l'interdiction du travail des enfants, celle des discriminations de toutes sortes, etc. Nous devons également respecter un certain nombre de critères environnementaux.

Un fournisseur a-t-il déjà été écarté parce qu'il ne respectait pas ces critères?

Non, nos fournisseurs savent que nous sommes vigilants sur ce point. Toutefois, sur certains marchés, nous allons choisir, par exemple, de favoriser le mieux-disant en termes de développement durable et écarter un autre prestataire. En outre, nous nous inscrivons dans une démarche proactive, c'est-à-dire que nous référençons des acteurs susceptibles de contribuer à la politique de développement de l'entre- prise. Nous travaillons ainsi avec un certain nombre d'ateliers protégés (accueillant des travailleurs handicapés NDLR), par exemple pour des travaux d'impression.

SFR s'est doté d'indicateurs de performance environnementale. Lâchât de papiers recyclés en fait partie. Où en êtes-vous sur ce point?

Aujourd'hui, 100% des papiers utilisés par nos collaborateurs sont recyclés. Idem pour les factures clients. Au total, nous achetons près de 3 000 tonnes de papiers recyclés chaque année. Et nous sommes largement gagnants. Comme vous le savez, le papier non recyclé coûte désormais plus cher que le papier recyclé. Notre objectif est d'étendre l'utilisation de celui-ci à une partie de la documentation commerciale, notamment les documents de promotions ponctuelles, et à le systématiser pour toutes les publications institutionnelles.

Vous avez l'intention de réduire de 10% vos émissions de CO2 liées aux déplacements professionnels. Avez-vous déjà pris des mesures concrètes?

Oui. Par exemple, notre nouvelle politique voyages impose désormais de prendre le train pour les déplacements entre Paris et Marseille. Il s'agit d'une mesure parmi d'autres. Car la réduction de nos émissions de CO2 ne se fera pas en un seul jour. C'est un processus d'amélioration continu. C'est dans la durée que l'on améliore les choses et que l'on décèle les nouvelles possibilités.

Faut-il passer par la contrainte pour faire respecter ces mesures?

Je pense qu'il faut responsabiliser les salariés et qu'il appartient aux acheteurs de leur donner toutes les cartes en main pour prendre leur décision. Par exemple, lorsqu'un collaborateur a le choix entre plusieurs véhicules d'entreprise, il doit en connaître le prix, le niveau d'équipement et de sécurité mais aussi le taux d'émission de CO2, la consommation au kilomètre, etc. L'environnement est un critère d'achat à part entière.

La direction achats est-elle reconnue au sein du groupe SFR?

Nous avons dépassé ce stade. Aujourd'hui, la reconnaissance de la fonction achats n'est plus un enjeu et le positionnement de la direction achats dans l'organisation de l'entreprise ne fait plus débat. Notre priorité est désormais de trouver de nouvelles pistes en matière d'innovations et de création de valeur. Et ce, sans perdre de vue l'optimisation des coûts et une massihcation intelligente de notre panel fournisseurs.

Lors de votre dernière campagne marketing, vous avez imposé une structure de coûts aux agences qui souhaitaient participer à l'appel d'offres. Pensez-vous que cette pratique, courante dans l'industrie, puisse s'appliquer avec succès à des prestations intellectuelles?

Tout à fait. Comprendre la structure de coûts d'un prestataire et essayer de l'optimiser fait partie du b.-a.-ba du métier de l'acheteur. Quel meilleur gage pouvions-nous donner aux agences sinon d'être profitables? Nous avons reçu beaucoup plus de retours positifs que négatifs. C'est un signe de maturité de la relation commerciale entre acheteurs et prestataires. L'objectif n'est pas de réaliser des gains rapidement, mais là aussi, de s'inscrire dans une relation durable.

Biographie

Emmanuel Erba
Directeur des achats de prestations et SI. 38 ans.
Diplômé de Supélec.
Membre du groupe achats Supélec.
1990-1992: PSA
1992-1996: Eurocopter
1996-2004: HP
Depuis 2004: SFR

La fiche
SFR

CHIFFRE D'AFFAIRES 2006
8,6 milliards d'euros


EFFECTIF
Près de 6 100 collaborateurs


VOLUME D'ACHATS 2006»
3 milliards d'euros dont 1 milliard d'euros pour les achats hors production


EFFECTIF ACHATS
60 personnes

Sébastien DE BOISFLEURY

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