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«Ecolos» jusqu'au fin fond de leurs espaces verts...

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De l'utilisation de la biodiversité à celle des produits d'entretien respectueux de l'environnement, la gestion des espaces verts des entreprises se veut plus écologique que jamais. Que proposent les prestataires de ce domaine? Décryptage.

Depuis 2007, nous avons intégré la gestion différenciée pour l'entretien écologique des 12 hectares d'espaces verts de notre site industriel de Wettolsheim», explique Laurent Cardot, directeur hygiène sécurité environnement, utilités et services généraux chez Ricoh Industrie France. « L'association régionale pour l'initiation à l'environnement et à la nature en Alsace (Ariena) nous a aidés à formaliser notre cahier des charges. » Ricoh Industrie France a donc renouvelé le contrat d'exploitation de ses espaces verts avec son prestataire local, Gardenland, dans le respect de ce cahier des charges.

Les entreprises sont sensibles à une gestion «écologique» de leurs espaces verts. « Cela paraît lié à la future obtention du label HQE Exploitation», témoigne Pierre Darmet, chef de produits innovations végétales aux Jardins de Gally. Pour répondre à cet engouement, des associations (Lire l'encadré p. 30) proposent aux entreprises de les aider à rédiger un cahier des charges qui sera soumis aux prestataires de l'entretien de leurs espaces verts. « Le service environnement et les services généraux d'une entreprise ont un vrai rôle de sensibilisation à jouer auprès des acheteurs», insiste Laurent Cardot.

Une gestion différenciée

Attention portée à la préservation de la biodiversité, outillage visant à réduire les nuisances sonores, utilisation de produits organiques... telles sont quelques-unes des mentions qui peuvent figurer dans le cahier des charges des entreprises. On y parle aussi «gestion différenciée». Une démarche selon laquelle certains espaces sont entretenus régulièrement tandis que d'autres sont simplement fauchés, une ou quelques fois par an, afin de permettre que se créent des refuges de biodiversité. Autres pratiques respectueuses de l'environnement, proposées par les acteurs de cette filière: l'installation de ruches, la suppression de pesticides, ou encore l'utilisation d'outillages électriques plutôt que thermiques.

Depuis deux ans, les Jardins de Gally formalisent cela par des éco-contrats basés sur 32 actions concrètes allant de la gestion des ressources en eau au maintien de la biodiversité. Ces engagements s'appuient sur deux volets distincts: d'une part, une offre technique alternative «vers le 0 pesticide»; d'autre part, une approche pédagogique pour aider les responsables achats à valoriser leur démarche.

Pour pallier les nuisances sonores et réduire leur bilan carbone, les prestataires misent sur le retour aux anciennes méthodes telles que le ramassage manuel des feuilles. Plutôt que d'opter pour l'usage du gros matériel, les petits outils électriques d'entretien des espaces verts sont privilégiés (tondeuses, sécateurs, tronçonneuses, débroussailleuses, etc.).

Le paysagiste Marc Loiseleur montre l'exemple en utilisant un outillage portatif fonctionnant sur piles électriques. Cela permet de diminuer de façon considérable le bruit, notamment autour des écoles et des hôpitaux.

Des «hôtels à insectes» au coeur de nos entreprises

Côté réglementation, la limitation de l'usage des pesticides est rendue obligatoire au niveau législatif par une directive adoptée par le Parlement européen le 13 janvier 2010, incitant les pays membres à mettre en place un plan de réduction. De même le projet de loi relatif à la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement (Grenelle I) prévoit de réduire de 50 % en dix ans l'usage des produits phytosanitaires, sous réserve de la mise au point et de la diffusion de techniques alternatives. « N'oublions pas que la protection de nos salariés est également en jeu avec l'utilisation de produits phytopharmaceutiques nocifs pour l'environnement », rappelle Pascal Serpinet, directeur de la zone lyonnaise chez ISS Espaces Verts.

Les effets engendrés par l'arrêt des pesticides peuvent donc être combattus par l'utilisation de produits organiques, mais aussi en (réintroduisant des insectes auxiliaires ennemis des parasites (lutte biologique intégrée). Les Jardins de Gally proposent des «hôtels à insectes» pour favoriser l'installation de coccinelles ou chrysopes (dites mouches aux yeux d'or) pour détruire les pucerons. La lutte biologique pouvant tout aussi bien être pratiquée dans les paysages intérieurs d'entreprise comme le fait le prestataire Vert déco. Pour pallier l'arrêt des désherbants, le dépôt de déchets de végétaux broyés au pied des massifs ainsi que le désherbage thermique pour brûler les mauvaises herbes sont appelés à devenir des pratiques courantes. Autres initiatives: la récupération des eaux de pluie pour l'arrosage et le compost des déchets verts.

La biodiversité? Les entreprises en font leur miel !

Comme dans toute démarche novatrice, la communication est un vecteur essentiel du changement. «Pour les salariés, un terrain laissé en friche, dans le cadre d'une gestion différenciée, peut signifier un certain laisser-aller dans l'entretien des espaces verts. Pour lever toute ambiguïté, communiquer avec eux sur un sujet comme celui-ci semble donc essentiel», explique Pierre Darmet, chef de produits innovations végétales aux Jardins de Gally En avril 2010, ce prestataire a installé deux ruches sur le toit de l'entreprise Danone, boulevard Haussmann, en plein Paris, et cinq ruches en septembre de la même année sur celui de Bouygues Telecom à Meudon. Deux fois par an, l'entretien des ruches est l'occasion d'animations à l'issue desquelles les salariés repartent avec du miel fait maison. « Ce genre d' initiative constitue un bon levier pour sensibiliser les collaborateurs d'une entreprise à l'importance de la préservation de la biodiversité», commente Pierre Darmet.

Pratiques écologiques = économies ?

Une telle gestion écologique des espaces verts engendre-t-elle des coûts supplémentaires ou des économies inattendues ? Laurent Cardot, directeur chez Ricoh Industrie France est affirmatif : «Plutôt que de dépenser 25000 euros par an pour l'entretien de nos espaces verts, nous avons réduit de 30 % la surface à tondre et par conséquent avons réalisé 30 % d'économies. Cela nous a ensuite permis de financer de nouveaux aménagements. » D'autres économies peuvent être réalisées. Olivier Bedouelle, de Vert-Déco, explique :«Les déchets verts utilisés en compost permettent à la fois de ne pas payer de frais d'enlèvements tout en réduisant la consommation d'engrais».

Cette gestion différenciée des espaces verts apparaît idéale pour les grands espaces, mais pour les petits sites «ce type d'entretien engendre trop souvent des modifications d'aménagement et donc des frais supplémentaires», reconnaît Pierre Darmet des Jardins de Gally. Pour Pascal Serpinet, directeur de la zone lyonnaise chez ISS Espaces Verts : «Les concepteurs réfléchissent trop souvent au coût d'investissement sans penser au coût de fonctionnement, de possession. » Dans ce domaine aussi, les choses sont en train de changer.

Pierre Darmet, Les Jardins de Gally

«Pour les salariés, un terrain laissé en friche peut signifier un certain laisser-aller dans l'entretien des espaces verts.»

zoom
La classification de l'AITF

Un label certifiant la gestion écologique d'un espace vert public pourrait voir le jour au printemps 2011. C'est à ce projet que s'attelle la plate-forme nationale d'expérimentation, d'innovation et de conseil «Plante & Cité». Une première phase de test a été menée auprès d'une trentaine de structures (collectivités territoriales et entreprises du paysage) durant l'été 2010. « Ce label validera la gestion d'un site, via des audits externes », explique Camille Jouglet, chargée de mission chez Plante & Cité. Associé à un référentiel, il concernera les espaces verts publics ou ouverts au public (bailleurs sociaux, golfs, jardins d'hôpitaux, etc.), ainsi que les cimetières, les terrains de sports, selon la classification établie par l'Association des ingénieurs territoriaux de France (AITF). Ils porteront sur des critères aussi divers que la réduction de l'eau, celle des déchets verts ou encore la non-utilisation de produits phytosanitaires.

La Croix des Archers, La Gallicy (Morbihan)

La Croix des Archers, La Gallicy (Morbihan)

Valérie Terrien, Yves Rocher

Valérie Terrien, Yves Rocher

Expérience
«Sensibiliser les salariés est indispensable»

« Tout a commencé en 2008 avec la signature d'une convention avec la Ligue pour la Protection des oiseaux (LPO) pour notre site de production à Ploërmel dans le Morbihan», explique Valérie Terrien, chargée de projets chez Yves Rocher. L'idée de ce partenariat a germé au département développement durable de l'entreprise avant d'être gérée conjointement par une chargée de projets et par les équipes qualité environnement sécurité. Le service achats n'est entré en scène que pour la sélection des prestataires des entretiens d'espaces verts à la suite de la rédaction d'un cahier des charges, basé sur les recommandations émises par la LPO. Dans ce contexte, le site de Ploërmel a fait le choix du prestataire biologique Technatura de Ponchateau. Après un inventaire de la faune et de la flore existantes, un plan de gestion a été établi sur cinq ans par la LPO. Ce plan comporte des conseils de gestion des espaces verts spécifiques à chaque site. Il précise les opportunités d'aménagement d'une mare ou d'abris pour favoriser l'installation de certaines espèces, ou encore de nichoirs pour les faucons présents sur le site de Ploërmel. «Financièrement, il faut compter environ 13000 euros sur cinq ans pour un site de 10 hectares. Une fois les aménagements réalisés, la gestion quotidienne n'induit pas de coût supplémentaire », précise Valérie Terrien. La LPO forme également les agents techniques à l'aménagement des espaces verts, aux alternatives aux produits phytosanitaires et aux méthodes de gestion différenciée. La communication n'a pas été oubliée, car, pour Valérie Terrien, : «sensibiliser les salariés est indispensable». Du matériel pédagogique pour l'animation, des visites, ainsi que des supports d'information à destination des salariés complètent ce projet. Pour mesurer l'efficacité d'une telle gestion, des revues de suivi sont régulièrement effectuées. Et les premiers résultats paraissent satisfaisants puisqu'un autre site industriel - La Croix des Archers, à La Gacilly (Morbihan) - a signé ce même type de partenariat en 2009, tout comme, fin 2010, celui de l'usine de production de produits cosmétiques du site des Villes Geffs.


YVES ROCHER
ACTIVITE
Cosmétique
CHIFFRE DAFFAIRES 2009
1,3 milliard d'euros
EFFECTIF GLOBAL
8 000 personnes dans le monde chiffres Groupe Yves Rocher)
VOLUME DACHATS 2009
NC
EFFECTIF ACHATS (HORS PRODUCTION)
NC

Mot clés :

Marie-Amélie Fenoll