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«Au-delà de la réduction des coûts, nous apportons un vrai service»

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A l'origine de la création de la direction achats du groupe Altran, Nicolas Rousseau et Cédric Ngo-Van forment un véritable binôme. Leur stratégie, davantage basée sur la qualité du service apporté aux clients internes que sur la réduction des coûts pure et dure, détonne dans le microcosme des achats.

Alors qu'Altran est l'un des leaders européens du conseil en innovation et en hautes technologies, comment expliquez-vous que la direction achats n'existe «que» depuis trois ans et demi ?

Nicolas Rousseau : L'organisation d'Altran, telle qu'on la connaît aujourd'hui, est très récente. Historiquement, il s'agit d'un groupe particulièrement décentralisé, où chaque filiale est indépendante et opérationnelle. Fin 2006, les 26 filiales présentes en Ile-de-France ont décidé de fusionner. Dès lors, il est apparu opportun à la direction générale du groupe de créer un service achats susceptible de mettre en place de bonnes pratiques achats au sein de l'entité nouvellement créée, puis de les promouvoir et de les répartir dans toutes les filiales en France, et désormais en Europe.

Avez-vous eu la possibilité de vous appuyer sur la maturité achats d'une filiale en particulier ?

Cédric Ngo-Van : Non, nous sommes partis de zéro. Pour l'anecdote, les cartes de visite constituent la première famille d'achats que nous avons traitée. A l'époque, chaque filiale avait sa propre façon d'acheter et, bien entendu, auprès de fournisseurs différents. Nous avons donc défini et proposé un processus d'achat commun à toutes les filiales. C'est ainsi que nous avons démarré. Finalement, nous avons fait exactement la même chose pour l'ensemble des familles d'achats hors production, des voyages à l'informatique, en passant par les services généraux ou encore les fournitures de bureau.

Quelle est la dernière famille d'achats hors production que vous avez traitée?

C. N.-V. : La formation. Jusqu'à l'année dernière, chaque filiale achetait des formations pour ses collaborateurs comme elle l'entendait. Les besoins sont globalement les mêmes et tournent autour de domaines principaux comme le management, les langues ou l'informatique. Nous avons constaté que nos filiales siégeant à Paris s'adressaient à près de 85 organismes de formation différents! Nous avons donc recensé et qualifié les besoins de nos filiales, recherché les fournisseurs susceptibles d'y répondre, négocié des contrats-cadres, défini un processus d'achat commun et mis en place un outil de pilotage et de mesure de la performance. Actuellement, nous avons 15 prestataires référencés sur Paris et 30 répartis sur toute la France pour un effectif total de 8 000 collaborateurs.

Quels sont les objectifs d'économies fixés par votre direction générale?

N. R.: Au risque de vous surprendre, nous n'avons pas d'objectifs d'économies particuliers. Bien entendu, nous sommes capables de mesurer les économies que nous réalisons sur telle ou telle famille d'achats, mais ce n'est pas sur ces données que nous communiquons avec la direction générale. En revanche, tous les trimestres, nous éditons une newsletter dans laquelle apparaît la performance achats de toutes nos filiales et notamment les économies qu'aurait pu réaliser une entité si elle avait suivi nos processus achats et si elle s'était adressée à nos fournisseurs référencés.

C. N.-V.: Nous sommes un centre de services partagés. On oublie souvent que la fonction achats est une fonction support. Notre rôle n'est pas de réaliser des économies mais de contribuer au business et donc aux bénéfices de l'entreprise, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. On sait réduire les coûts et faire du cost-killing, mais cela ne correspond pas à notre vision des achats basée sur le long terme.

N. R. : Je vais vous donner un exemple. Lorsque la direction achats a été créée, tout le monde s'attendait à ce que nous traitions immédiatement les équipements informatiques car on savait globalement que nos conditions d'achats étaient 15 % supérieures aux prix du marché. Nous avons préféré prendre notre temps pour recenser les besoins, définir un processus d'achats ou encore créer un outil de pilotage. Cela a duré six mois. Au final, nous avons réalisé plus de 40 % d'économies mais surtout amélioré la qualité des équipements et le taux de satisfaction des utilisateurs sur toute l'Europe.

Quels sont vos projets dans les mois à venir ?

N. R. : Notre principal objectif est de poursuivre la diffusion des bonnes pratiques achats au sein du groupe. Au fond, notre expérience en Ile-de-France a été un formidable laboratoire et nous a servi pour le périmètre France et pour l'Europe. Par exemple, en Allemagne, nous aidons nos filiales à structurer leurs achats. Dans d'autres cas, nous essayons de mutualiser les besoins entre plusieurs pays, à l'image des voyages. Désormais, nous n'avons plus qu'une seule agence de voyages au niveau européen alors qu'auparavant, il arrivait qu'une même filiale en possède plusieurs!

Au-delà des achats hors production, votre direction est-elle impliquée dans des achats en rapport avec le coeur de métier du groupe ?

N. R. : Oui. Le groupe s'est engagé dans une politique internationale de partenariats stratégiques. Il s'agit de collaborer avec des prestataires spécialisés dans des domaines où nous ne sommes pas présents, mais qui nous permettent de répondre à des projets plus globaux. La direction achats est favorable à la recherche et à la sélection de ces prestataires. Pour nous, être impliqué sur ces projets est une reconnaissance de la valeur ajoutée que nous sommes susceptibles d'apporter à l'entreprise et du travail accompli depuis trois ans et demi.

Biographie

Diplômé de l'Ecole nationale des mines de Nancy, Nicolas Rousseau, 34 ans, est le directeur achats du groupe Altran depuis 2006. Après une première expérience chez Elf en tant que chercheur (1998-2000), il intègre Altran en tant que chef de projet informatique. Entre 2004 et 2006, il est nommé en Allemagne, avant de revenir en France pour créer fin 2006 la direction achats du groupe. Depuis 2009, il y occupe également le poste de directeur des systèmes d'information.

Biographie

Titulaire du DESS Management de la fonction achats de l'ESA de Grenoble, Cédric Ngo-Van, 33 ans, est responsable achats France du groupe Altran. Membre fondateur du site E-bazar.fr en 2000, il poursuit sa carrière dans les achats au sein de plusieurs cabinets de conseil, dont K-Buy, avant de rejoindre Altran fin 2006 pour s'occuper des achats hors production.

Altran

ACTIVITE
Conseil en innovation et en hautes technologies
CHIFFRE D'AFFAIRES MONDE 2009
1,4 milliard d'euros
EFFECTIF MONDE
17 150 salariés
VOLUME D'ACHATS
350 millions d'euros
EFFECTIF ACHATS
14 collaborateurs

Mot clés :

Sébastien de Boisfeury